Le bilan annuel de fin août 2024 à fin août 2025 – et « les perspectives » – de l’action de la police municipale a été présenté jeudi 25 septembre par l’adjointe au maire Gwenaëlle Badufle-Douchez. Il contient beaucoup de chiffres concernant les interventions de la police municipale, l’activité du CSU, les appels au 3055. Il ne contient en revanche aucun chiffre des dépenses engagées depuis 2020 permettant d’apprécier le rapport coût - efficacité –résultats, c’est à dire de procéder à une évaluation complète de cette politique.
Que nous apprennent ces chiffres ?
Les chiffres avancés, issus des rapports d’intervention et procès verbaux, ne dressent qu’un constat quantitatif, d’année en année, sans en tirer d’enseignements particuliers. Un bilan quantitatif d’où, contrairement au titre du rapport, n’émerge aucune perspective, aucun enseignement, faute de leur analyse.
Certains chiffres avancés présentent d’ailleurs des discordances.
Le rapport indique que « La mission principale confiée à la police municipale est celle de l’assistance », et que « Sur le terrain, quelles que soient les tâches réalisées, les fonctionnaires de police municipale donnent la priorité à l’assistance dans le but de secourir. »
Ainsi, « En 2025, les policiers sont intervenus :
– 28 fois pour mettre en sécurité des mineurs en détresse (enfants perdus ou en fugue)
– 57 fois pour mettre fin à une agression physique
– 34 fois pour des violences conjugales
– 65 fois pour des personnes en détresse psychiatrique et/ou sociale
– 5 fois pour des agressions sexuelles
– 11 fois pour des animaux en situation de maltraitance »
Dans le même temps, il est indiqué que le CSU a apporté en 2025 son soutien à 595 missions concernant des atteintes à la personne. On ne comprend donc pas cette différence entre 96 interventions (57 fois pour mettre fin à une agression physique, 34 fois pour des violences conjugales, 5 fois pour des agressions sexuelles) et le soutien du CSU pour 595 atteintes aux personnes.
Les chiffres indiqués dans le rapport s’agissant de cette « mission principale » apparaissent par ailleurs très faibles (rendent-ils compte de la réalité ?) au regard d’autres missions pour lequel le CSU apporte son soutien, à titre d’exemple, 2681 pour des ventes à la sauvette.
En fait, si l’on s’en tient aux données brutes, beaucoup d’éléments manquent dans ce rapport. Au moins un, significatif, le nombre d’agents armés d’un pistolet semi-automatique 9 mm depuis la décision prise par la majorité municipale d’en doter les agents.
Une arme létale venant compléter une panoplie déjà significative : gazeuse, matraque téléscopique, taser, LBD. Sans compter les chiens de la brigade cynophile qui, formés pour les missions de défense et intervention, sont considérés au regard de la loi comme des armes par destination.
Notons – pour l’anecdote– si l’on peut se permettre ce qualificatif s’agissant de faits aussi graves, que ce rapport a été présenté, à deux jours près, un an après la publication de faits extrêmement graves et dangereux au sein des locaux de la Police municipale et révélés par la publication de photos sur le Blog de Saint-Denis : des agents « jouant » avec leur arme de service, leur 9 mm.
Ce bilan 2024-2025, présenté comme « un outil de transparence et de dialogue » aurait donc aussi pu comporter des données sur les mesures administratives et disciplinaires prises à l’encontre d’agents ayant enfreint le code de déontologie. Il n’en est rien.
Des maires – socialiste et écologiste – font d’autres choix en matière de sécurité
Le rapport indique que le nombre de caméras de vidéosurveillance est passé de 90 en 2020 à plus de 834 programmés au 1er trimestre 2026 !
Cette inflation sécuritaire coûteuse a-t-elle un sens ?
Des maires socialistes, de villes équivalentes à la commune nouvelle ou Saint-Denis, ont fait d’autres choix. Brest (156 000 habitants) pas de police municipale. Nancy (105 000 habitants) 83 agents.
La ville de Brest a une superficie de 49 km2 et 80 caméras. Saint-Denis et Pierrefitte réunis c’est un territoire de 16 km2 doté aujourd’hui en juin 2025 de 722 caméras dont 634 sur Saint-Denis.
Nancy et ses 15 km2 sont couverts par 100 caméras.
Clermont-Ferrand (147 000 habitants) c’est 300 caméras sur un territoire de 42 km2. Clermont-Ferrand a par ailleurs, en 2024, recensé un total de 11 007 crimes et délits. A Saint-Denis le nombre de crimes et délits y est supérieur (12234, 14 417 crimes et délits cumulés avec ceux de Pierrefitte), cela justifie-t-il une telle disproportion de moyens quand on sait que la ville de Clermont-Ferrand déploie 65 agents non armés.
Grenoble, que dirige un maire écologiste, a recensé 18 650 crimes et délits pour une population de 156 389 habitants en 2024. Elle est équipée de 118 caméras et la police municipale n’est pas armée non plus.
A Bordeaux, le maire écologiste, face à un problème d’attractivité pour le recrutement des agents, a tout récemment décider d’armer la police municipale mais uniquement 25% des effectifs.
Alors que signifie à Saint-Denis cette débauche de moyens ? Chaque euro « investi » dans cette dérive de moyens n’est-il pas plutôt à l’image de villes de droite ?
Mathieu Hanotin se met-il dans la roue de Christian Estrosi, – un maire qui entend tout dernièrement baptiser le parvis de l’hôtel de police de Nice, Nicolas Sarkozy ! – avec plus de 5000 caméras, soit une caméra pour 70 habitants !?
Chaque euro « investi » sans retour d’efficacité réelle, évaluée, dans un armement coûteux (et cumulatif : gazeuse, taser, matraque téléscopique, LBD, et 9 mm, brigade cynophile) et la multiplication quasiment par dix du nombre de caméras en 5 ans représente non pas un mais des dizaines, des centaines, des millions d’euros au bout du compte non alloués à d’autres services publics pourtant essentiels : prévention, jeunesse, culture, lien social, solidarité, soutien au mouvement associatif, sportif.
Alors, un pognon de dingue pour quels résultats ?
Les chiffres de la délinquance ont-ils pour autant reculé significativement ? Rien non plus dans ce rapport.
Les trafics demeurent, les chiffres en témoignent, de l’aveu même du rapport : « Située au cœur du grand centre-Ville, la zone englobant la gare de Saint-Denis et la place du 8 mai 1945 constitue à la fois une vitrine urbaine, un nœud de mobilité et un carrefour humain essentiel pour le dynamisme de la commune. Ce secteur stratégique est aujourd’hui exposé à une montée continue de phénomènes de délinquance, porteurs d’atteintes graves à la tranquillité publique, à la sécurité des personnes et à l’apaisement de l’espace public. »
« Les zones concernées connaissent depuis plusieurs années une aggravation constante de ces phénomènes, avec des conséquences multiples » « Depuis trois ans, la police municipale a conduit une action constante et déterminée pour contenir ces phénomènes » « Malgré cet engagement quotidien, les chiffres montrent une résilience forte des réseaux, qui se reconstituent rapidement grâce à un enracinement territorial et social, aujourd’hui difficile à démanteler par la seule action policière. »
La vente à la sauvette, cible privilégiée des interventions, prospère pourtant toujours, seule les ventes alimentaires, qui n’étaient pas le fait de réseau – à l’image de la contrebande de cigarettes ou de produits contrefaits – mais d’habitant.e.s précaires, ont reculé.
Le rapport indique que : « La municipalité, pleinement mobilisée, a obtenu officiellement (de la part du préfet et du procureur de la République) la mise en place d’un Groupe Local de Traitement de la Délinquance (GLTD) afin de répondre de manière transversale et coordonnée à la dégradation de la situation. »
Une reconnaissance explicite non seulement des limites de l’action municipale mais de la dégradation de la situation, malgré les moyens conséquents mobilisés, et à quelques mois de la fin du mandat une annonce officielle (sic !), opportune (?) celle de la mise en place (quand ? « lancé ces prochaines semaines » ) d’un Groupe Local de Traitement de la Délinquance (GLTD).
5 ans donc pour obtenir un engagement du procureur, du préfet ? Mathieu Hanotin n’a t-il pas répété maintes fois que la mobilisation de la majorité municipale sur les questions de sécurité et les moyens accrus accordés à la police municipale (effectifs, armement et vidéosurveillance) étaient les meilleurs gages d’une implication de l’Etat ?
Municipales 2026. Le nécessaire débat démocratique sur les missions de la police municipale
Au vu de ce rapport, de la situation réelle, des attentes des habitants, de quoi notre ville a besoin ? D’une surenchère sécuritaire ? De dépenses d’affichage ? D’une politique du chiffre ?
Ou d’une politique de tranquillité publique construite, financièrement maitrisée, conjuguant efficacement la collaboration avec la police nationale, le renforcement de ses moyens d’investigations pour démanteler des réseaux, des moyens recentrés sur l’assistance aux personnes, une politique de prévention construite avec les professionnels, les associations, les habitants et des moyens municipaux utilisés de façon ciblée et transparente.
C’est dans le cadre d’un changement de majorité municipale, indispensable sur ce plan comme sur bien d’autres, que beaucoup d’éléments devront être repensés, mis en débat, évalués, réévalués (armement, lequel ? pour qui ?) Quelle doctrine d’emploi ? Quel contrôle ? Quelle relation de proximité avec la population ? Comment ?
Autant de questions qui devront accompagner la mise en place d’un comité d’éthique, un dispositif d’identification des policiers municipaux à l’image du RIO de la police nationale, deux éléments « de dialogue et de transparence » que Mathieu Hanotin n’a cessé depuis 2020 de refuser.
Un refus qui s’apparente à une carte blanche, source potentielle de tous les excès, de dérives en tous genres sur le terrain.
Si le rapport évoque « une doctrine d’emploi, document stratégique et opérationnel particulièrement conséquent » dont « la temporalité retenue pour sa rédaction a été volontairement différée afin de garantir sa pertinence. », elle n’est pas annexée au rapport présentée au conseil municipal. Aucun document sur le site de la ville ne permet d’en prendre connaissance.
« Dialogue et transparence » ?