Le Blog de Saint-Denis avait révélé, en septembre 2024, des comportement irresponsables et dangereux d’agents manipulant leur arme de service au sein et hors des locaux de la police municipale. Il n’a jamais été porté à la connaissance des Dionysiens les sanctions dont ils ont été l’objet. En revanche, malgré ce comportement, selon nos informations recoupées, vérifiées et diverses constatations ces agents ont continué, dotés de leur arme, à exercer leurs missions dans l’espace public.
Le préfet avait-il été saisi de ces faits par la municipalité, on ne sait pas. L’agrément préfectoral leur permettant de porter une arme ne semblait pas avoir été suspendu. De son côté, la municipalité sortante n’avait pas jugé nécessaire, bien qu’elle avait aussi été interpellée par un communiqué et tribune du groupe d’opposition, « Saint-Denis à Gauche » le 7 octobre 2024, de rendre compte de ses décisions et des sanctions à la mesure de la gravité des faits dont la Direction Générale des Services avait eu connaissance dès la fin du mois d’août.
Dernièrement, d’autres faits qui pourraient porter à de graves conséquences ont eu lieu. Une enquête administrative a été lancée s’agissant de la consommation d’alcool pendant le service.
Manipulation d’armes de services dans et hors les locaux hier, consommation d’alcool pendant le service aujourd’hui, de graves dérives et un cocktail détonnant pouvant conduire à des drames tant au sein du service que lors des missions.
Une consommation d’alcool qui, selon des témoignages, ne serait pas exceptionnelle pour des agents, mais régulière, dans les locaux ou les véhicules de services. Des agents par ailleurs dotés d’armes létales (9 mm).
« Avoir fait ses preuves » !
L’ enquête administrative a-t-elle rendu ses conclusions définitives ? Son périmètre d’investigations va-t-il s’élargir à d’autres faits ? Une enquête qui, à moins qu’elle ne soit pas encore totalement aboutie, semble à ce stade déboucher sur… rien.
Pourquoi sur rien ? Parce que les agents en question n’ont, selon nos informations, fait l’objet, à ce stade, d’aucune sanction ni même a minima de mesures conservatoires le temps de ladite enquête.
Pire même, cela débouche sur une situation incompréhensible qui inquiète, indigne et révolte d’autres agents.
Pourquoi pire ? Parce que les derniers mouvements au sein du service laissent penser que les agents mis en cause sont l’objet d’une exfiltration de leur brigade initiale qui s’apparente à une promotion. Le passage d’une brigade générale dans le groupe de Groupe de Sécurisation et de de Proximité (GSP) ou dans le Groupe de Soutien et d’Intervention (GSI) étant considéré comme telle par les agents de la police municipale. Signalons au passage qu’à l’orée de la campagne électorale des municipales une équipe appartenant au GSI a été dissoute, les agents étant dispersés dans d’autres unités.
En effet, pour intégrer le GSI et particulièrement le GSP il faut « avoir fait ses preuves ». La consommation d’alcool pendant le service ne fait sûrement pas partie des pré-requis pour en être.
Une situation d’autant plus incompréhensible que trois autres agents, issus du Groupe d’Intervention Rapide (le GIR, agents en motos), ont eux fait l’objet ces derniers temps de « mises à l’écart-rétrogradations » pour faute grave pour être sorti du périmètre de la commune sans motif (pas de flagrant délit pouvant le justifier). L’un a été affecté au Centre de Supervision Urbain (CSU), les deux autres en Brigade Générale.
Cela conduit à s’interroger sur ce qui motive les mouvements d’agents ; l’un en affectation au GSP, l’autre sans affectation formelle mais effectuant son service au sein de la GSI. L’exfiltration-promotion serait-elle le résultat d’une grande mansuétude dont n’ont pas bénéficié les agents du GIR, pire d’une protection ?
Ce qui ne pourrait conduire qu’à un sentiment d’impunité pour certains, d’un deux poids deux mesures pour tous. Ni l’un ni l’autre ne sont compatibles avec le fonctionnement normal d’un service de police municipale.
Des alertes anciennes
Bien antérieur au changement de municipalité, il existait un climat où certains donnaient libre cours à des propos racistes jusqu’à la diffusion après le 15 mars dans une boucle WhatsApp d’une video islamophobe ciblant le nouveau maire, d’autres échanges le qualifiant de « fdp », « fils de p… ».
Propos racistes, insultants, video islamophobe, ces éléments sont à apprécier au regard d’un commentaire paru le 7 octobre 2024 sur le Facebook du groupe d’opposition « Saint-Denis à gauche » à l’occasion de la parution de son communiqué concernant la manipulation d’armes (voir dans le portfolio).
Retenons cet extrait du commentaire (de Pmsd Alerte) : « Toujours une drôle de mentalité dans ce service où certains sont protégés même pour des faits graves sur la voie publique mais aussi vis à vis de collègue : racisme, intimidation via une balle posée sur casier, Cutter dans une chaussure, faits remontés à la direction mais étouffés alors que d’autres sont sanctionnés… ».
Ce n’est certes qu’un commentaire anonyme, public, toujours présent sur les réseaux, mais qui n’a donné lieu à aucun démenti ni procédure.
Des agents ont donc tenté en leur temps, à diverses reprises de dénoncer des dérives. Aujourd’hui encore des agents condamnent de tels comportements et propos qui jettent l’opprobre sur le service.
Maintenant, et demain quelle perspective ?
Une nouvelle direction devrait arriver puisqu’aujourd’hui le directeur de la police municipale est sur le départ pour une banlieue cossue de la métropole parisienne. D’autres, qu’ils soient cadres ou agents prendront le même chemin, celui du départ.
Le 4 mai dernier dans un précédent article nous indiquions : « Le bilan de l’activité de la police municipale durant le mandat écoulé reste à faire. Le droit d’inventaire aussi : déontologie ? violences ? ». Cela reste d’actualité.
Beaucoup d’interrogations restent à ce jour en suspens. Beaucoup de plaintes ont été déposées. Des témoignages recueillis entre autres par la Ligue des Droits de l’Homme ont fait l’objet d’une lettre ouverte au Maire en novembre 2025 et d’une saisine du Défenseur des droits. Il est à craindre que ces dérives ont été accompagnées de faits plus graves. Mettre fin à la loi du silence contribuerait à (r)établir un fonctionnement strictement respectueux de la déontologie. C’est indispensable.
Paru dans Les Nouvelles, la semaine dernière, l’éditorial, signé du maire, Bally Bagayoko, indiquait : « Nous souhaitons aussi restaurer la confiance entre la police municipale et la population. Dans cette perspective, le retrait progressif des lanceurs de balles de défense a été engagé, accompagné d’une évolution des pratiques d’intervention afin d’apaiser les relations. ».
Le terme de confiance est ici essentiel. Elle est, sans aucun doute, au sein du service à restaurer au plus vite.
PS : Le directeur de la police municipale et d’autres responsables du service ont été interrogés
– par mail – sur l’enquête administrative, les mouvements intervenus au sein du service, leur connaissance de propos racistes ou de faits contraires à la déontologie.
Signée de la Direction de la police municipale, nous avons reçu ce mercredi 15 mai en début d’après-midi cette réponse que nous publions intégralement :
Madame, Monsieur,
Les sujets évoqués dans votre courriel concernent deux brigades de la police municipale :
Brigade générale
Les faits reprochés à certains agents de cette unité concernent la consommation d’alcool en service. A ce titre, l’exécutif municipal a demandé à la direction des ressources humaines de la ville de procéder à une enquête administrative, actuellement en cours. Cela reste une enquête interne destinée à entendre l’ensemble des agents de manière à déterminer précisément la réalité de ces pratiques.
Pour votre information, et sans lien, le chef de cette brigade a demandé à être affecté comme agent au sein d’une autre unité, ce qui a été récemment fait.
GIR (groupe d’intervention rapide motocycliste)
Trois policiers qui, jusqu’à présent ont exercé leurs fonctions d’une façon exemplaire, ont été mis en cause récemment consécutivement à une faute professionnelle (et non pénale). Après les avoir affectés temporairement au sein d’une autre brigade (pendant 15 jours), ils ont réintégré le GIR car aucune raison objective ne justifie qu’ils ne continuent pas à exercer leurs fonctions en tant que motard. Une procédure disciplinaire est en cours les concernant.
Concernant de manière plus générale la tenue de propos à caractère raciste ou non conformes à l’obligation de neutralité, Monsieur le Maire a saisi récemment le Défenseur des Droits pour déterminer la réalité d’informations qui sont remontées à la fois par des témoignages internes et externes à la police municipale.
La ville est plus que jamais attachée à un comportement exemplaire dans le strict respect du code de déontologie de sa police municipale, tant dans son fonctionnement interne que dans ses rapports avec la population. L’ensemble des informations, témoignages qui parviennent à la direction sont dès lors analysés et vérifiés afin que des suites adaptées soient apportées.
Cordialement,
La Direction de la Police municipale.
