Dernier conseil municipal de Saint-Denis. Le service jeunesse en colère. Quand l’adjoint aux sports dérape… le maire ricane. Un rapport d’audit sur la souffrance au travail minimisé par Mathieu Hanotin.

, par Saska Rupert

Comme au temps des seigneurs des fiefs changent de mains. Qui est vassal, qui est suzerain, peu importe. De cette félonie, de ce deal, on connait les victimes, la démocratie, les Pierrefittois et les Dionysiens. Saint-Denis n’a pas disparu, son périmètre s’est étendu absorbant Pierrefitte, ville millénaire elle aussi, dont le maire a décidé, en complicité avec celui de Saint-Denis, de l’effacement d’une collectivité souveraine. Demain 4 janvier 2025, premier conseil de la commune nouvelle. Le jeudi 19 décembre 2024 s’est tenu le dernier conseil municipal dionysien. Insultes et mensonges au menu.

Des agents du service jeunesse au conseil municipal. Des agents et cadres de ce service sont venus manifester leur désapprobation lors du conseil municipal du 19 décembre après l’annulation d’une audience prévue le jour même, les conditions dans lesquelles elle devait se tenir n’ayant pas été respectées par la municipalité.

Avant même toute intervention de leur part, le maire a signifié au public l’impossibilité de prendre la parole et les appelé à se rasseoir alors qu’ils se tenaient symboliquement debout, groupés et silencieux.

C’est à ce moment là, qu’en réaction, une personne, ex-agente de la ville du service jeunesse, a interpellé le maire indiquant que leur intervention, comme elle l’a d’emblée déclarée, était pacifique et qu’ils voulaient être écoutés et entendus. Le maire a immédiatement suspendu la séance.

Dans la foulée du départ des agents, cette personne a tenu des propos qui ont été condamnés par un communiqué de la municipalité le 20 décembre.

L’incident a duré à peine une minute. Le maire a pourtant décrété une suspension de séance qui elle, sans raison, s’est éternisée durant de longues minutes.
Si les propos tenus par l’ex-agente outrepassent l’acceptable, ils doivent être entendus et compris comme le symptôme d’un profond malaise au sein de ce service, d’un désarroi face à l’absence de prise en considération de leur situation, du refus de l’entendre.

Si ces propos, prononcés sous le coup de la colère, ne sont pas acceptables, il serait tout aussi inacceptable qu’à froid ils servent de prétexte au maire pour ne pas prendre en compte la souffrance des agents, leurs attentes et leurs exigences, occulter les multiples dysfonctionnements qui affectent le service jeunesse ou le management à propos duquel de nombreuses questions se posent et qui justifiait la demande d’audience.

Rappelons juste qu’il y a quelques semaine encore, il avait fallu une ferme intervention des agents de l’enfance et de la restauration scolaire à partir des tribunes du public, lors du conseil municipal de novembre, pour qu’après 3 semaines de grève, les personnels soient enfin reçus par le maire.

La colère pourquoi ?

Les agents avaient demandé une audience à la municipalité par l’intermédiaire de deux organisations syndicales, CGT et CFDT. L’audience qui devait se tenir jeudi dans l’après-midi n’a pas eu lieu. La responsabilité en incombe à la municipalité qui a tenté d’imposer la présence du directeur du service jeunesse, alors que seule la présence de l’élue, Katy Bontinck et de deux membres de la direction générale avait été annoncé, la CGT accusant réception de la composition de la délégation de la municipalité par mail le jeudi 19 au matin.

Les agents prévus à l’audience, considérant que le directeur de service, « de par ses pratiques managériales, est au cœur du conflit et du malaise du service », ont choisi, faute pour la municipalité de s’en tenir à la délégation annoncée, d’y renoncer.

Le Blog de Saint-Denis reviendra très prochainement sur le sujet.

Débat sur le sport à Saint-Denis. Carton rouge.

Confronté à de multiples questions dans le cadre du débat consacré à un rapport d’orientation sur la politique sportive de la municipalité présenté à 15 mois de la fin du mandat, l’adjoint au sport, Shems el Khalfaoui, a fini par sortir de ses gonds.

Les élus d’opposition ont été ouvertement insultés. C’est une première au conseil municipal.
Le maire n’est à aucun moment intervenu pour ramener son adjoint à la modération, à la raison, au respect.
On retiendra de ce moment la diatribe antisyndicale de l’élu à l’encontre de la CGT accusée d’avoir avec le parti communiste « privé les habitants de la Plaine d’équipements sportifs » et les ricanements du maire, qui en d’autres circonstances sait au moins feindre l’indignation.

Et toujours la souffrance au travail.

Personnel Communal et questions qui fâchent. C’est à l’occasion du Rapport Social Unique présenté par l’adjoint au dialogue social, Yannick Caillet, que la conseillère municipale Sophie Rigard a demandé quelles suites ont été données au rapport d’audit effectué en 2023 dont le Blog de Saint-Denis a fait part le 2 décembre dans son article intitulé « Souffrance et dégradation des conditions de travail dans le personnel communal. Un audit, réalisé en 2023, en identifie les causes : baisse des effectifs, charge de travail, turnover, méthodes de management ».

La réponse est venue du maire se substituant – comme d’habitude – à l’adjoint présentant le rapport. Elle a été pour le moins « décousue », confuse même, ce que le maire a lui-même reconnu à la fin de son propos attribuant cela à « une fin de grippe ».

La grippe a bon dos, les propos confus et laborieux étant plutôt dus à la tentative du maire de minimiser le rapport de l’audit, d’en circonscrire le contenu à un seul équipement et qu’il ne fallait pas « généraliser » le diagnostic à l’ensemble de la collectivité.

Si le rapport a bien été commandé suite au dramatique décès d’un agent de la Maison de quartier Pierre Sémard, le contexte général, le climat au sein de la collectivité suite à l’arrivée d’une nouvelle équipe en 2020 a fait l’objet d’une description précise occupant 10 pages.

Les extraits du rapport démontrent que tant l’analyse du contexte que les recommandations dépassent le strict périmètre de ce qui a justifié l’audit.

Il n’est qu’à lire aussi les titres de la partie « Recommandations » présentées comme suit pour en comprendre la portée générale :
– Recommandations en matière de politique de prévention des risques professionnels et d’amélioration des conditions de travail ;
– Recommandations en matière de conduites de projet ; 
– Recommandations en matière de dialogue social ; 
– Recommandations en matière de conduite des enquêtes administratives ; – – Recommandations en matière d’organisation du travail, de valorisation du sens au travail et de soutien à l’activité 
– Recommandations en matière de politique de reclassement.

Encore une fois, le maire préfère travestir la réalité en conseil municipal. Va-t-il persister à dire « qu’il ne faut pas généraliser une situation bien particulière » alors que de nombreux services sont en souffrance comme notre article en faisait état ?

De la même manière lors qu’il déclare au conseil municipal que le Rapport Social Unique « a été positivement discuté ce matin au Comité Social Territorial et que sa qualité a été soulignée par toutes les parties prenantes » ! Etonnante déclaration quand on sait que l’Unsa, Sud et la CFDT n’y étaient pas représentés, que la CGT s’est abstenue et que le Snuter-FSU, Fo et le SAFT ont voté contre !

On se souvient de l’alerte lancée par le SNUTER-FSU en mars 2024 concernant des problématiques de maltraitance au travail à la Direction de la prévention. Selon nos informations d’autres services n’y échappent pas. On y reviendra sans aucun doute.

Le droit de questionner.

Interrogé par la conseillère municipale Sofia Boutrih , le maire a été invité à confirmer ou infirmer une rumeur circulant sur une possible vente de la Maison de la jeunesse, connue aussi pour sa programmation musicale sous le nom de Ligne 13. Nous en avions parlé dans notre article du 13 décembre.
Quoi de plus normal que de poser cette question au conseil ?
Le maire a démenti. Dont acte.
Plus étrange est sa réponse consistant à préciser que pour ce genre de questions, l’opposition a connaissance du numéro de téléphone du maire (sic !) et que le conseil municipal n’est pas le café du commerce. Cette information a pourtant un caractère d’intérêt public et a vocation à s’exprimer publiquement et en toute transparence.

Le maire a-t-il l’intention d’effectuer le tri des questions, de déterminer quand, où et comment elles peuvent être posées ? Appel téléphonique ? Sms ? Post Facebook ? Audio WhatsApp ? Et d’en valider le contenu ? On croit rêver !

Pour ce qui concerne le café du commerce on n’en fera pas ici la promotion car on en connait les limites mais il a, au regard du conseil municipal présidé par Mathieu Hanotin un intérêt indéniable, tout le monde peut y prendre la parole et le bistrotier n’a pas la possibilité de couper la chique ou plutôt le micro comme bon lui semble.

Une sorte d’agora bruyante, désordonnée, joyeuse ou bordélique, stérile souvent sans doute mais l’expression libre n’y est pas corsetée comme elle l’est au conseil municipal avec une majorité Playmobil le doigt sur la couture du pantalon et celui du patron prêt à couper le son. Assurément de ce point de vue, nous ne sommes pas au café du commerce.

Qu’en sera-t-il des conseils municipaux de la commune nouvelle ?

Mathieu Hanotin parlera. Il parlera, parlera, parlera d’autant plus que l’opposition municipale élargie avec l’arrivée des Pierrefittois en 2025 s’annonce aussi diverse que pugnace.

A suivre dès demain.