"Dernière grande opération immobilière du Campus Condorcet " ? « Aujourd’hui, on ne doit plus détruire un espace vert dans des quartiers populaires ». Entretien avec des membres du collectif pour un "Campus vert et ouvert"

, par La Rédac’

Nous avons interrogés plusieurs membres du collectif pour un "Campus vert et ouvert" après la réunion d’information qui s’est tenue sur le Campus Condorcet le mercredi 3 décembre. En lutte depuis 2020 et après la parution de l’appel « Pour un campus vert et ouvert » signé par plus de 300 membres de la communauté scientifique en 2021, le combat se poursuit avec un manifeste intitulé « Pour la sauvegarde du parc arboré et de pleine terre de l’îlot 4 du Campus Condorcet ». Entretien.

Le Blog de Saint-Denis – Depuis maintenant plus de quatre ans la mobilisation contre la suppression d’un parc dans un secteur carencé en espace vert a débuté, malgré les contacts et soutiens noués le projet du Campus semble se dérouler sans coup d’arrêt, ou en est la mobilisation ?
Collectif pour un "Campus vert et ouvert – Notre manifeste « Aujourd’hui, on ne doit plus détruire un espace vert dans des quartiers populaires », rassemblent dorénavant non seulement l’intersyndicale du campus, de nombreux membres de sa communauté scientifique impliqués dans le collectif "Campus Vert et ouvert", mais aussi des habitant·es du quartier qui promènent leurs chiens quotidiennement dans le parc (et qui se constituent actuellement en association), des associations environnementales (Environnement 93, MNLE 93, France nature environnement Paris, etc) ainsi que de nombreux groupes politiques et d’élu·es d’Aubervilliers, de Saint-Denis et de Plaine commune, insoumis, écologistes, communistes, socialistes…. Mercredi 3 décembre, deux députés étaient présents en soutien à notre manifeste (Bastien Lachaud et Eric Coquerel), ainsi que des élu·es écologistes et LFI. Alors que nous réclamons que des solutions alternatives soit trouvées pour permettre à l’EHESS et la FMSH de rejoindre le campus, la direction du Campus fait preuve d’une surdité totale face à nos multiples interpellations. Hier soir encore, la condescendance et le mépris avec lesquels les cinq hommes de la tribune (chefs d’établissements et architectes) ont « répondu » à nos diverses questions fait froid dans le dos et reflète l’absence de démocratie sur le Campus.

Le projet architectural est aujourd’hui connu, le calendrier de bouclage du Campus fixe 2030 comme date d’achèvement. Que faire d’ici là ?
2030, c’est loin... et d’ici là, il va se passer beaucoup de choses, à commencer par les élections municipales, dans quelques mois. Or, tous les groupes d’élu·es de l’opposition, à la mairie d’Aubervilliers, mais également à Saint-Denis ainsi qu’une partie d’entre eux à Plaine Commune et même à la Région, se sont emparés de la question et soutiennent notre mobilisation. Certain·es nous ont d’ailleurs fait part de leur projet de mettre dans leurs programmes pour les municipales la nécessité de repenser le projet immobilier pour conserver cet îlot de fraîcheur, indispensable à la santé des habitant·es de ce quartier, particulièrement carencé en espaces verts et touché par la construction récentes de bien trop nombreux immeubles encore vides ! A l’heure de la révision du PLUi de Plaine Commune, il est encore possible de tenir compte des recommandations de l’enquêteur public qui a insisté sur le manque préoccupant d’espaces verts à la Plaine-Saint-Denis et à Aubervilliers. L’opposition à la suppression du parc suscite aujourd’hui une large adhésion. Plus de 20 organisations la soutiennent. La presse locale et nationale s’intéresse désormais à ce combat essentiel pour le droit à des espaces verts dans les quartiers populaires.

Y a- t-il des recours juridiques envisagés compte-tenu des documents stratégiques adoptés par différentes collectivités en matière de politique climatique, de biodiversité, de lutte contre l’artificialisation des sols ?
Face au silence assourdissant et condescendant de la présidence du Campus vis-à-vis de l’intersyndicale, des collectifs d’habitants, des associations environnementales et des partis qui se mobilisent pour une juste cause, seule l’intervention du ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace qui finance cette opération immobilière pourra permettre d’ouvrir des négociations que nous souhaitons constructives. Il est essentiel que le ministère ait toutes les informations sur la fragilité juridique du dossier de construction de cet immeuble de 18 000 m2 sur un espace vert arboré de pleine terre. Ce projet est non seulement une aberration écologique mais il est aussi non conforme avec les orientations réglementaires du SDRIF-E et la jurisprudence du droit de l’environnement. Ce que semble aussi oublier la présidence du campus, c’est qu’à Aubervilliers, il y a déjà eu une précédente victoire juridique, née d’une mobilisation pour la défense des jardins ouvriers du Fort d’Aubervilliers.

On peut lire ici le manifeste « Pour la sauvegarde du parc arboré et de pleine terre de l’îlot 4 du Campus Condorcet ».

Lire ici notre article du 28 juin 2025 intitulé : Les élus de Plaine Commune vont-ils renier les objectifs du Plan Climat – adopté le 17 juin – en acceptant la destruction d’un parc au Campus Condorcet ?

Ci-dessous le dossier de presse du Campus Condorcet sur le sujet. On notera que si le dossier de présentation du projet aurait pu s’intituler sobrement " Un nouveau bâtiment pour l’École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et la Fondation Maison des Sciences de l’Homme (FMSH) ", la formule retenue est "Dernière grande opération immobilière du Campus Condorcet ". Le choix des mots !