6 milliards d’euros investis par Qiddiya Investment Company, une filiale du fonds souverain saoudien Public Investment Find dédié au divertissement, au sport et à la culture, pour la création de trois parcs d’attractions. Dit autrement la dictature saoudienne, pétromonarchie de référence, cherche à maximiser la rentabilité de ses capitaux issus de la rente pétrolière afin d’assurer la pérennité économique et politique de la famille royale, ses affidés et son régime.
Pays où sévit la charia, les opposants, blogueurs et autres journalistes y sont traités par le prince héritier Mohammed ben Salmane à l’image du journaliste Jamal Khashoggi assassiné le 2 octobre 2018 dans le consulat d’Arabie saoudite à Istanbul, en Turquie. Le 14 juin dernier, le journaliste saoudien Turki al-Jasser était exécuté au terme de sept ans d’emprisonnement arbitraire.
Le tapis rouge donc à l’Elysée pour MBS, le tapis rouge pour MBS en Ile-de-France.
Un grand projet destructeur dont se réjouit Valérie Pécresse, la présidente LR de la Région Ile-de -France, qui, pendant 18 mois dans le plus grand secret, a contribué à cet accord. Pour Valérie Pécresse ce projet va renforcer l’attractivité de la France, première destination mondiale du tourisme, celle de l’Ile-de-France et va, « plus que le Val d’Oise, transformer la région Ile-de-France ».
« Un paysage transformé, avec un triangle d’or des parcs, avec Disney à l’Est, Astérix au Nord et ces parcs à l’Ouest » … se réjouit sur un plateau de BFM TV Maxime Guény, fondateur de Parcs et Loisirs Magazine.
16 millions de visiteurs pour Disney en 2025, pour ce qui concerne le projet la Région estime la fréquentation à 7 millions de visiteurs en vitesse de croisière avec une clientèle internationale.
Oubliés Jamal Khashoggi, Turki al-Jasser comme les 356 exécutions capitales recensées en 2025 (décapitations, lapidations), record historique pour le royaume.
Chacun ses oublis ou plutôt ses dénis.
L’esprit d’EuropaCity ressuscité par Macron, Pécresse et une pétromonarchie
Bras dessus, bras dessous, Macron et Pécresse célèbrent non pas un nième grand projet simplement inutile mais un nouveau grand projet destructeur. Le montant de l’investissement est à la hauteur de l’envergure des nuisances et impacts à venir.
En 2019, Europacity était abandonné. Une filiale d’Auchan, Ceetrus et un investisseur chinois Wanda Group avait prévu d’injecter 3 milliards d’euros pour, sur 80 hectares de terres agricoles, y réaliser un mégacomplexe de loisirs et de commerce comprenant 500 boutiques, un parc aquatique, une piste de ski indoor ainsi que les hôtels et restaurants afférents.
Aujourd’hui c’est donc le double d’investissement qui est prévu. L’esprit qui prévaut n’a pas changé. Celui d’Europacity. On persiste, malgré le désastre caniculaire, ses morts, la sécheresse, les incendies, à promouvoir des projets fortement émetteurs de Co2. Un modèle, un entêtement mortifère, destructeur de l’environnement, du vivant.
Une vision de court terme dopée aux promesses. 22 000 emplois. Et, dit-on, le renforcement – espéré – des infrastructures de transport.
Etude d’impact ? Enquête publique ? Evaluation environnementale ? Pas un mot. Une annonce triomphaliste alors même que la question des droits d’utilisation image et autres de Dragon Ball n’est pas réglée. Au crépuscule de son second mandat présidentiel Macron utilise toutes les opportunités pour redorer son blason.
Notre maison brule… et nous entretenons le brasier
Tout cela est-il compatible avec le projet d’une ile-de-France qui doit renforcer son adaptation au réchauffement climatique, préserver ses espaces agricoles, renforcer sa trame verte, réduire les nuisances sonores et atmosphériques, ses émissions directes et indirectes de Co2 ?
Se préoccupe-t-on de l’état du site aujourd’hui. De ce qu’est devenu le site de Mirapolis ? De ce qui va être détruit ? L’emprise foncière du projet atteindrait 200 hectares (quasiment la moitié de la surface du parc de la Couneuve). Le site de Mirapolis s’étendait sur 55 hectares dont 35 pour le parc d’attraction et 20 consacrés aux parkings. Aujourd’hui la nature a repris ses droits. Et à proximité y vivent des gens du voyage qui se sont sédentarisés et leurs enfants scolarisés.
Tout cela est-il compatible avec le SDRIF-E ? A sa lecture, si une programmation dans ce secteur apparait sur un document graphique : « créer un espace vert et/ou un espace de loisirs d’intérêt régional » que signale un pictogramme (trèfles à quatre feuilles), l’ampleur du foncier impacté (200 hectares), la nature du projet – destination de tourisme international – outrepassent largement les intentions de programmation du SDRIF-E. Sans compter l’incompatibilité du projet avec les objectifs en matière de sobriété foncière et autres préoccupations environnementale affichées dans le SDRIF-E. Comment juridiquement justifier ce projet au regard de l’adoption formelle de ce document stratégique par un décret (n°2025-517) du 10 juin 2025.
Une certitude aujourd’hui. Celle de l’accroissement gigantesque des flux d’un projet en cohérence avec les perspectives d’agrandissement de Roissy-Charles-de- Gaulle. Le projet de Terminal 4 abandonné, tout est mis en œuvre du côté d’ADP pour poursuivre néanmoins dans la même voie, celle de l’augmentation du trafic aéroportuaire, vecteur du tourisme, du gigantisme, du flux permanent des marchandises comme des personnes. Un projet nourrit l’autre. Une tribune à l’initiative d’Eugénie Ponthier, présidente de l’association CECCT4et de Romain Eskenazi, député du Val-d’Oise parue dans le Monde en février 2026 en dénonçait la logique [1] .
Le maire PS de Cergy et président de l’agglomération Cergy-Pontoise, Jean-Paul Jeandon, rêve lui d’une liaison directe avec Roissy.
6 milliards d’euros d’investissement à Roissy Charles de Gaulle pour 14 millions de passagers supplémentaires d’ici à 2034. 6 milliard d’euros pour 3 parcs d’attractions. L’un et l’autre sont des contresens historiques.
D’autres certitudes. Celles de l’accroissement des logements destinées à la plateforme AirBnb et la montée des prix de l’immobilier. Des atteintes à la biodiversité, le sacrifice de terres agricoles, à la lisière du parc naturel du Vexin.
Oui, des contresens historiques. Au détriment de quoi ? De qui ? Au profit de qui ? Le secteur des parcs d’attraction a multiplié par deux (113%) son chiffre d’affaires en 10 ans. Les marges y sont très confortables sauf en cas de fortes perturbations. Une crise sanitaire par exemple comme celle du Covid…
L’annonce a fait réagir les élus de Courdimanche. Que va peser cette commune de 7300 habitants où se situe la friche Mirapolis, parmi les 13 qui constituent la Communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise face au rouleau compresseur des intérêts rassemblant Macron, MBS, la présidente de la Région Valérie Pécresse, celle du Val d’Oise, Marie-Christine Cavecchi (LR) et Jean-Paul Jeandon (PS) ?
D’autant qu’au conseil régional IDF le groupe "Gauche communiste écologiste et citoyenne" salue la nouvelle : « Dragon Ball Paris : une bonne nouvelle si… ». Le groupe dénonce l’absence totale de « concertation avec les élus et habitants concernés », pointe « la fragilité chronique » de cette branche du RER A, parie sur « l’opportunité historique » de renforcer les transports publics et réclament pour finir « des garanties sociales et environnementales » mais pas d’opposition sur le fond à ce modèle de développement. Une « bonne nouvelle » assortie de conditions dont tout laisse à croire… qu’elles n’engagent que ceux qui y croient.
Seules voix discordantes aujourd’hui s’exprimant contre ce projet, celles du groupe écologiste à la Région, des élus LFI de Cergy et celles d’associations environnementales.
L’ouverture du parc est projetée à l’horizon 2032. La crise climatique, son accélération, son approfondissement et les mobilisations politiques et citoyennes en ile-de-France auront-ils raison de ce modèle de développement qui n’est au final qu’une fuite en avant ?
