Entre Pleyel et Stade de France, La Plaine-Saulnier. « Territoire d’hospitalités » et transition écologique ? L’esprit d’EuropaCity ressuscite à Plaine Commune

, par Michel Ribay

La Métropole du Grand Paris et Plaine Commune ont dévoilé le 11 mars dernier le projet « 360 », « une expérience urbaine inédite, [d’]espaces de vie, de sport et de loisirs » au cœur de la ZAC Plaine Saulnier à Saint-Denis. Un « futur lieu de mixité à l’architecture ambitieuse », lauréat du concours d’architecture et d’urbanisme « Inventons la Métropole du Grand Paris », avec « pour objectif de créer une destination métropolitaine unique autour des sports urbains ! ». D’où vient l’esprit de ce projet ?

Parler de « 360 » ce projet métropolitain prévu à la Plaine Saulnier, en saisir sa nature, ce qui l’inspire nécessite de faire un retour en arrière de quelques années sur un projet abandonné. Si la dimension et la programmation des projets diffèrent, c’est le même esprit qui les infuse.

EuropaCity est un ancien projet de mégacomplexe regroupant des loisirs, des équipements culturels, des commerces, des hôtels et restaurants ainsi qu’un parc urbain et une ferme urbaine, qui aurait pu voir le jour en 2027 sur le territoire du « Triangle de Gonesse », sur la commune de Gonesse dans le Val-d’Oise, le long de l’autoroute A1, entre l’aéroport de Paris-Charles-de-Gaulle et l’aéroport de Paris-Le Bourget, à la limite de la Seine-Saint-Denis.

C’est ainsi qu’était décrit le projet porté par Alliages & Territoires, filiale d’Immochan (groupe Auchan devenu Ceetrus) et du groupe chinois Dalian Wanda Group liés par un contrat d’investissement pour réaliser ensemble EuropaCity. Dalian Wanda Group contribuant au financement du projet et apportant son expertise et son savoir-faire, en termes de loisirs, d’hôtellerie et de divertissement.

Un projet qui, fortement contesté, a été définitivement abandonné en novembre 2019 par le président de la République tant ce dernier n’a été en définitive soit peu convaincu le qualifiant de "daté et dépassé" ou contraint, devant la protestation, d’y renoncer.
Et cela à quelques mois de l’explosion de la crise sanitaire du Covid de mars 2020. Il s’en est fallu de peu pour que ce soit la crise sanitaire, démontrant in vivo les limites, l’absurdité écologique et économiques d’un modèle basé sur l’accroissement des flux touristiques, qui dissipe le mirage EuropaCity. L’essentiel a été préservé, le projet enterré ce sont des terres parmi les plus fertiles de l’Ile de France qui ont été sauvées.

Loisirs, sports, hôtellerie. L’esprit EuropaCity refait surface.

N’est ce pas aujourd’hui le triptyque vanté par Mathieu Hanotin pour promouvoir un nouveau modèle de développement présenté comme innovant pour le territoire, destiné en particulier au sud de Plaine Commune et concrétisé ici a minima dans un triangle ; non plus celui de Gonesse mais délimité par la A86, l’autoroute A1 et le boulevard Anatole France, en toute proximité du village olympique, de la Cité du cinéma et du Stade de France.

Le site du concours « Inventons la Métropole du Grand Paris »

Porte de Paris pour laquelle on découvrira peut-être au détour d’une consultation d’internet le projet envisagé après la déconstruction des bretelles d’autoroutes, aujourd’hui fermées, comme cela fut le cas pour le secteur de la Plaine Saulnier. C’est en effet, Cécile Gintrac, animatrice du collectif Vigilance Paris 2024 qui faisait part de sa découverte d’un projet qui ne correspond en rien avec ce qui a fait l’objet de l’enquête publique !

Il s’agit donc, à quelques encablures du stade de France facilement accessible maintenant par une passerelle qui enjambe la A1 à partir du Centre nautique olympique, de développer capacités hôtelières, espaces sportifs et lieux d’entertainment le tout en proximité d’un hub de transport non plus ferroviaire à l’image de la Gare du Grand Paris Express de Pleyel mais d’une gare routière (Flixbus et Blablacar ou autres opérateurs) pour laquelle Mathieu Hanotin candidate. Dans la lignée du projet initié à Pleyel, il s’agit de faire aussi de ce secteur un lieu de destination, d’attractivité, un « territoire d’hospitalités », associant services d’hôtellerie, sport, loisirs, entertainment.

On conviendra assez facilement que tout cela entre peu en résonance avec une notion, celle de « transition écologique » du territoire.

Le tourisme, moteur des émissions mondiales de carbone

Cela n’est pas pour nous surprendre puisque c’est d’une manière ou d’une autre l’esprit EuropaCity ressuscité par Mathieu Hanotin et son actuel directeur de cabinet David Lebon, qui fut jusqu’à l’abandon EuropaCity celui qui portait ce projet,en faisait la promotion dans la presse, les salons de l’immobilier et auprès des collectivités au nom de la société Alliages & Territoires.

Le credo de la société Alliages & Territoires tenait en peu de mots quant au sens du projet : une « totale mobilisation pour qu’EuropaCity voie le jour en 2024 dans le Triangle de Gonesse et vienne ainsi renforcer l’attractivité du pays pour remplir l’objectif de 100 millions de touristes en France dans les années à venir, annoncé par le ministre des Affaires étrangères en juillet 2017 ».

Pourtant, on sait que le secteur du tourisme en France a émis l’équivalent de l’empreinte carbone annuelle de 10,5 millions de Français, un sixième de la population française, soit 97 millions de tonnes de CO2 en 2022.
Un article du Monde de décembre 2024 s’en faisait l’écho à l’occasion de la publication d’une étude qui pointait une croissance (hausses d’émissions de 3 % à 4 % par an) insoutenable pour le climat.

Seule entre temps le Covid-19, en 2020, a réduit drastiquement les émissions carbone liées au tourisme (− 58 % en un an), celui-ci représentant les deux tiers de la baisse des émissions mondiales. « Le tourisme est un moteur de la croissance des émissions mondiales » précisait dans cette étude son auteur principal, Ya-Yen Sun, professeure associée de l’université du Queensland (Australie).

Pas une composante, un moteur. Les projets du territoire doivent-ils en être le carburant ? Pas de faux procès, on ne viendra pas en avion, de Roissy, pour faire du BMX à la Plaine Saulnier. Mais…

Territoires d’hospitalités, BMX sur le toit.

Pour autant ce projet s’inscrit dans l’esprit qu’entend développer Plaine Commune en terme d’offres d’hospitalités et de « territoire intense ». Offre qu’elle qualifie d’innovante. Soulignons au passage que si innovation il y a, elle n’est pas dans la « signature architecturale qui crée un véritable signal, notamment par la mise en œuvre d’une piste de descente de vélo en toiture » comme le souligne le communiqué de presse. Cela s’est déjà fait, précisément à Copenhague, sur le toit d’un équipement industriel, une manière d’optimiser le foncier a fortiori dans un petit pays. On y fait là du ski, comme on pourrait y faire du vélo, voire du BMX.

Le projet pour la Plaine-Saulnier. A gauche, le bâtiment signal.
Le bâtiment piste de ski sur herbe l’été et enneigée l’hiver.

A la Plaine-Saulnier, qui viendra y faire du BMX et à quel prix ? Il ne semble pas que le BMX soit en vogue dans nos quartiers. Cet équipement va-t-il lancer/relancer l’intérêt du BMX, des sports urbains de glisse sur le territoire ? Le skatepark du parc Marcel Cachin y contribuera-t-il aussi ?

La Plaine-Saulnier, « futur épicentre du sport dans la Métropole » pour Patrick Ollier, président de la Métropole du Grand Paris deviendra-t-elle un spot prisé de ces activités ? Un spot d’où, – entre A1 et A86, sur un secteur qui, malgré une amélioration notable de la qualité de l’air ces dernières années, reste un des plus pollués, – on pourra s’élancer du haut du « bâtiment signal ».

Valeurs du dioxyde d’azote No2 en 2014. Source AirParif
Valeurs du dioxyde d’azote No2 en 2024. Source AirParif

Pour Mathieu Hanotin, ce secteur « devient un nouveau quartier à part entière de Saint-Denis. Cette renaissance a été amorcée par la construction du Centre Aquatique Olympique et la passerelle piétonne enjambant l’A1 pour la relier le Stade de France. Avec le projet « 360 », nous affirmons collectivement une ambition forte : concevoir un quartier vivant et mixte, où les loisirs, le sport et l’hôtellerie joueront un rôle structurant. Jonction entre deux pôles majeurs, le quartier du Stade de France et le quartier Pleyel, ce nouveau quartier offrira à tous des infrastructures inédites et un cadre de vie animé, renforçant ainsi l’attractivité et le dynamisme Saint-Denis et Plaine Commune. »

On peut se réjouir de l’arrivée du Centre Aquatique Olympique comme on se réjouit de la passerelle piétonne enjambant l’A1. Equiper et recoudre la ville est une nécessité d’intérêt général.

Du Padel au pied du CAO.

Qu’en sera-t-il s’agissant de cet équipement privé porté par le groupe APSYS et Legendre Immobilier ? Les réseaux sociaux annonce l’arrivée prochaine de neuf pistes de Padel dont trois indoor au pied du Centre Aquatique Olympique…

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