Hébergement d’urgence. « Evidemment, en lien avec l’hôpital, dont je préside le conseil de surveillance, ces femmes et ces enfants sont chaque soir mis à l’abri au sein de l’hôpital » déclarait Mathieu Hanotin lors du dernier conseil municipal. Qu’en est-il vraiment ?

, par La Rédac’

Le 30 janvier, Mathieu Hanotin a ouvert le dernier conseil municipal par un long plaidoyer en défense de la politique de solidarité menée par la municipalité pour les personnes en errance, pour ceux qui (sur)vivent à la rue. Le lendemain un article du Monde rendait compte des politiques et actions concrètes menés sur le sujet par des villes comme Rennes, Nantes, Grenoble ou Pantin et y compris par des communes de 2800 habitants. Etat des lieux.

A l’issue d’un long plaidoyer de Mathieu Hanotin, en défense de la « Nuit de la solidarité » organisé par la municipalité le 23 janvier, celui-ci a été interpellé par la conseillère municipale du groupe Saint-Denis à gauche, Sophie Rigard, sur la situation des femmes et enfants réfugiés depuis des mois, chaque nuit, dans l’enceinte de l’hôpital Delafontaine.

Une situation que n’ignorent ni le maire ni son adjointe aux solidarités Oriane Filhol puisque le collectif combat pour l’hébergement, créé par des femmes à la rue qui se réfugiaient dans l’hôpital Delafontaine l’hiver dernier a été reçu par la municipalité mais s’est heurté à un mur sinon d’indifférence en tout cas dans les faits à un refus catégorique de porter assistance aux femmes et enfants du collectif, ainsi qu’à une absence de solutions concrètes en matière d’hébergement d’urgence.

Jamais avare d’une caricature des propos ou des interrogations de l’opposition, Mathieu Hanotin n’a cessé d’opposer aux interrogations de la conseillère municipale la question certes légitime d’une contribution équitable de chaque collectivité aux politiques de solidarités mais sans répondre concrètement sur la situation connue depuis longtemps de ces femmes et enfants à l’hôpital Delafontaine.

Mise à l’abri ? Comment ?

Q’en est-il de la mise à l’abri dont a parlé le maire : « Evidemment, en lien avec l’hôpital, dont je préside le conseil de surveillance, ces femmes et ces enfants sont chaque soir mis à l’abri au sein de l’hôpital  » ?

C’est dans un hall, ouvert à tous les vents parce qu’une des portes du sas ne fonctionne pas, sans équipement, sans literie même sommaire, sous la lumière de néons et soumis au va et vient permanent de celles et ceux qui rentrent et qui sortent de la maternité que ces femmes et ces enfants passent la nuit, sur des chaises ou à même le sol. Il n’y a pas de douche et si l’accès aux toilettes est possible, in faut faire abstraction de l’état réel de celles-ci après une longue journéede leur utilisation au sein de l’équipement.

Qu’entends donc le maire par « mise à l’abri » ? Dans la réalité elle s’effectue donc dans sa définition la plus rudimentaire : placer dans un endroit protégé des intempéries. La pluie certes mais pas le vent froid qui s’engouffre à chaque ouverture de la porte.

C’est aujourd’hui la réalité de cette « mise à l’abri ».

"Placer dans un endroit sécurisé" est aussi une définition de la « mise à l’abri ». Pour autant une question est loin d’être réglée c’est celle de la mise en sécurité du peu d’affaires dont disposent ces femmes et ses enfants. Des affaires qui sont soient volées, soient souillées.

Un dispositif inexistant à ce jour et des refus de domiciliations

Le maire dans son plaidoyer pour les politiques de solidarité menées à Saint-Denis a cité « la bagagerie » censée pouvoir répondre à ce type de problématique comme un service existant. Renseignement pris, ce n’est aujourd’hui qu’un projet dont nous ne parvenons pas à cerner le calendrier.

Encore plus problématique le refus de solutions concrètes de la part de la municipalité celle-ci s’abritant derrière le nombre de places d’accueil en hôtels sociaux présents sur la ville ou sur le territoire va, dans le cas présent, jusqu’à la négation de la réalité des liens entre ces femmes et la ville pour refuser leurs domiciliations au Centre Communal d’Action Sociale (CCAS), ainsi qu’un suivi social alors que certaines ont des enfants scolarisés à Saint-Denis. Le maire arguant de la présence à l’hôpital Delafontaine de personnes, « sans lien avec la ville », s’y rendant au motif qu’ici « les politiques de solidarité y sont plus fortes » !

Dans son plaidoyer, le fait est si rare qu’il faut le souligner, le maire a parlé des politiques de solidarités qui relèvent de l’ADN dionysien, « héritage du précédent mandat » et qui sont aujourd’hui poursuivies. Les bains douches, la halte de nuit (non accessible aux enfants) viennent compléter les dispositifs existants portées de longue date par la Maison de la solidarité. Dont acte.

La commune nouvelle, de près de 150 000 habitants, sa taille, son poids, appellent à renforcer les dispositifs existants et à les porter au niveau de ce qui peut se faire et se fait ailleurs.

Sans baisser la garde sur les exigences que l’on doit avoir de la part de l’Etat et des politiques de solidarités à l’échelle métropolitaine (y compris par la loi. Une loi Solidarité Hébergement d’Urgence à l’image de la loi SRU ; encore faudra-t-il si elle voit le jour des contraintes autrement plus forte que la loi SRU largement contournée) il demeure possible, souhaitable, nécessaire, indispensable même d’apporter des réponses locales, et cela indépendamment des demandes de la préfecture (à l’exemple de l’ouverture des gymnases dans le cadre d’un plan grand froid).

Nul besoin d’attendre une sollicitation du préfet pour agir. Des opérateurs d’expérience sont capables de gérer, en toute sécurité, l’ouverture d’un équipement. Une semaine après la « Nuit de la solidarité », faut-il malheureusement le rappeler, un SDF décédait la nuit du 31 janvier, dans le parking de Carrefour.

Mathieu Hanotin absent de l’appel de villes qui alertent et aujourd’hui agissent

De multiples initiatives locales sont réalités, ce dont rend compte l’article paru dans Le Monde du 31 janvier.

Ainsi Eric Piolle, le maire de Grenoble, a créé sur fonds propres un site d’hébergement qui accueille des familles sans-abri dans des bungalows. « On a voulu montrer à l’Etat qu’il est possible de faire de l’hébergement de qualité et qui coûte moins cher que des nuitées d’hôtel. Et que ce qui manque, c’est la volonté politique. » relate Le Monde.

Marseille a réussi à créer 400 places en quatre ans, et compte continuer, en embarquant l’Etat : « On lui met à disposition des bâtiments, pour qu’il y installe des petits centres d’hébergement pérennes et qualitatifs ».

A Lyon, ce sont « des terrains ont été équipés de tiny houses, un partenariat public-privé a été signé pour créer un centre d’hébergement dans un immeuble de bureaux ».
Les exemples sont nombreux et pas seulement dans les grandes villes dans l’article intitulé « Hébergement d’urgence : des villes s’engagent, avec ou sans l’Etat » sous la plume de Claire Ané.

S’agissant exclusivement des grandes villes, la même journaliste rendait compte, le 16 novembre 2022, toujours dans Le Monde, de la lettre ouverte de 43 élus de tous bords à Elisabeth Borne afin que « soit concrétisée la promesse de loger ou d’héberger les quelque 2 000 enfants à la rue avec leur famille. ».

Cette lettre ouverte à la première ministre sous l’égide France Urbaine (structure regroupant entre autres les maires de grandes villes et collectivités) et dont Mathieu Hanotin est membre à double titre en tant que maire et président de Plaine Commune ne comportait pas sa signature.

« L’urgence à agir pour les femmes et les enfants », le « cri d’urgence » de 43 élus en direction de l’Etat n’était-il pas parvenu aux oreilles du maire-président en 2022 ?

Le 30 janvier, malgré la question précise posée par la conseillère municipale, Sophie Rigard, on ne sait toujours pas en quoi consiste concrètement « le cri d’urgence » du maire en ce début d’année 2025 ?

PS : En juillet 2024, des membres du Collectif et de l’association Droit au Logement (DAL), ont accompagné en mairie des femmes, toutes « réfugiées à l’hôpital Delafontaine, qui s’étaient vu refuser une domiciliation au CCAS de Saint-Denis. Une délégation sans résultat au motif, pour la municipalité, qu’il n’y avait pas de lien établi avec la ville. La domiciliation a été effectuée par Médecins du Monde.
 Aux vacances de la Toussaint, deux femmes dont les enfants sont scolarisés à Saint-Denis ont été accompagnées l’une après l’autre au CCAS pour une demande de suivi social, une demande refusée elle aussi. A ce jour, ces familles n’ont encore jamais rencontré d’assistante sociale et sont toujours à la rue. Lors de la rencontre en mairie, la municipalité a indiqué que la scolarisation ne suffisait pas pour établir un lien avec la ville…
 Parmi les enfants « réfugiés" actuellement à l’hôpital Delafontaine il y a 5 enfants scolarisés (2 en maternelle, 2 en primaire, 1 au collège), ainsi qu’un enfant de 2 ans, un autre de 18 mois. Une femme enceinte de 8 mois est aussi présente.
 Il y a, selon les jours, entre 10 et 25 femmes et enfants présents à l’hôpital Delafontaine, des femmes du collectif avec enfants se réfugiant selon l’occasion dans d’autres lieux.

– Lors de la campagne présidentielle de 2017, Emmanuel Macron avait pris l’engagement que « plus personnes ne dormirait à la rue ».
– 203 000 places d’hébergement d’urgence sont financées par l’Etat.
– Il y avait en France 2 000 enfants à la rue avec leur famille selon les données recueillies en 2022.

Notre dernier article sur le sujet de l’hébergement d’urgence c’est ici.