Le séisme et ses répliques

, par Michel Ribay

La journée du 4 avril s’annonçait dotée d’emblée d’une forte charge politique, symbolique. Un conseil municipal attendu avec la nomination des adjointes et adjoints au maire. Les soutiens, des membres des familles de nouveaux élus, les députés Eric Coquerel et Stéphane Peu, la militante Assa Traoré, des personnalités et des inconnus étaient présents et la jauge habituelle pour accueillir le public dans la salle du conseil largement dépassée. Le prélude à un rassemblement monstre.

La nomination des adjointes et adjoints était à l’ordre du jour du conseil du 4 avril. C’est fait et il s’agit maintenant de savoir qui est en charge de quoi. Les nominations se devaient d’abord de traduire ce qui était prévu dans les accords de l’alliance scellée le 4 décembre 2025 entre LFI, le PCF et la SSDAC. Seuls ceux qui ont conclu l’accord peuvent dire s’il a été respecté à la lettre.

Outre les interventions des différentes forces politiques qui ont exprimé leur soutien au maire face au déferlement de haine raciste, deux interventions politiques ont marqué ce conseil.

La première, celle d’Elsa Marcel au nom de Révolution Permanente, qui après avoir dénoncé la décision de la préfecture de s’opposer à l’arrêté anti-expulsions pris par la ville, a annoncé qu’ils voteraient contre la délibération portant sur les frais de représentation du maire.
Ramenés de 15 000 – pour le maire sortant – à hauteur de 10 000 euros annuels pour Bally Bagayoko et fixés à 3500 euros pour le maire-délégué de Pierrefitte Farid Aïd, Elsa Marcel a argumenté sur le fait que cela procède d’un choix, que ce n’est pas une obligation inscrite dans la loi. Poursuivant son intervention elle a indiqué que de nombreux maires communistes militent en faveur de la suppression de ces frais de représentation, le nouveau maire LFI – Alexis Chaussalet –de la ville du Tampon à la Réunion les ayant supprimés.

La seconde, est venue en conclusion du conseil avec celle du maire Bally Bagayoko. Au nom « des enjeux tout aussi importants » à Plaine Commune et des « mesures programmatiques, beaucoup de ces mesures relèvent des compétences de Plaine Commune » et « parce qu’il n’est pas question que les décisions qui ont été validées ici dans nos assemblées puissent être contrariées par un EPT y compris dans le cadre d’une gouvernance » il a annoncé que : « contrairement initialement à ce j’avais prévu je présenterai ma candidature à la présidence de l’Etablissement Public Territorial ».

Une annonce qui a déclenché dans l’assemblée et dans le public des applaudissements nourris. Placé à côté de Bally Bagayoko, Farid Aïd est resté de marbre tout comme les élu.es communistes et citoyens.

A l’image du précédent conseil, la Marseillaise a été entonnée, public et élus debouts. Si la majorité municipale et ses soutiens l’ont chantée, le poing levé, les élus d’opposition, autour de Mathieu Hanotin, se sont cette fois ci eux aussi levés. Ils n’avaient pas bougé le 22 mars dernier.

Les élus de Révolution Permanente n’ont eux pas varié leur posture. Par conviction. L’internationalisme, l’anticolonialisme priment. Ils sont restés assis.

15 mars, le sacrilège. 4 avril, la riposte. 2027, le second tour.

La séance a été suivie, en début d’après-midi, du rassemblement lancé par le maire, Bally Bagayoko, sur son compte Instagram après la déferlante de propos racistes tenus sur les réseaux sociaux à son encontre, à l’encontre de la ville, des propos sans cesse alimentés par la machine de propagande des médias tenus, contrôlés, financés par Bolloré.

Dès le 15 mars au soir la charge était lancée. Car Saint-Denis, fière de son identité de ville populaire, ville d’accueil de multiples et successives migrations, au logo orné d’une étoile rouge, mettait fin au mandat de Mathieu Hanotin et ce dès le premier tour.

D’un coup, une onde de choc politique, initiale, se répandait dans le pays, envoyée par la deuxième ville d’Ile-de-France. C’en était déjà trop pour tout une partie de la classe politique. Pour la droite, pour le gouvernement, pour ceux qui avaient soutenu le mandat de Mathieu Hanotin. Un coup, KO. Un séisme.

Décoration de ce dernier par Gérald Darmanin, visite de Macron, alliance d’élus macronistes et du parti socialiste pour adopter un amendement en vue d’un narratif politique justifiant la fusion absorption de Pierrefitte. Sous entendus et déclarations du maire sortant dans le dernier mois de la campagne et lors du meeting du 12 mars, agitant le spectre du communautarisme, du séparatisme, d’une connivence avec les narcotrafiquants. Toute la porosité politique entre l’édile PS et la Macronie s’est exprimée au fil du mandat.

Cela n’était pas suffisant. Saint-Denis a persisté, récidivé dans sa résistance à l’air du temps en élisant un maire noir.

Une sorte de sacrilège pour l’extrême droite pour qui la ville se résume à la nécropole des reines et rois de France, pays mère de l’Eglise.

Le déchainement de l’extrême droite a engendré la première réplique : connu depuis longtemps à Saint-Denis, Bally Bagayoko, à la faveur de l’offensive réactionnaire et raciste est maintenant connu de toute la France, et au-delà. Une requête à partir de son nom sur internet en montre l’ampleur. Les images de la marée humaine sur les places Victor Hugo, Jean Jaurès, les jardins de l’hôtel Dieu et jusque sur les marches de la Basilique ont fait le reste.

Voulant nier, effacer, piétiner l’histoire, salir le choix démocratique exprimé ici, salir le maire, la ville et l’ensemble de ses habitants, l’extrême droite a suscité une riposte d’ampleur.

La journée du 4 avril 2026 rentre ainsi dans l’histoire dionysienne. Dans l’Histoire.

Comme pour tout séisme, il y aura encore des répliques. La présence de nombreux élus de LFI, de Jean-Luc Mélenchon, de David Guiraud, le maire de Roubaix, de Sébastien Delogu, de nombreux élus venus en soutien, les interventions des uns et des autres, dont celle de Bally Bagayoko ne laissent planer aucun doute, le troisième tour des municipales, la présidentielle, est en ligne de mire.

Ici, on parlera du second tour.

PS : le candidat Quentin Gutierres a lancé une protestation électorale le 25 mars au motif de l’utilisation abusive de l’image de Valérie Pécresse par le candidat Pascal Kouppé de Kermartin. Outre la demande d’inégibilité de ce dernier, et celle du remboursement forfaitaire de ses dépenses de campagne, Quentin Gutierres au nom de la liste AGIR demande au Tribunal administratif de Montreuil « d’annuler ou réformer les résultats du 15 mars » et « ordonner l’organisation d’un nouveau scrutin ».

Suite à notre publication nous avons reçu une demande de Pascal Kouppé de Kermartin que nous publions (article modifié ce lundi 6 avril, 12h40 :) « Je fais suite à votre publication mentionnant la protestation électorale déposée par Quentin Gutierres, dans laquelle est évoquée une « utilisation abusive de l’image de Valérie Pécresse ». Souhaitant contribuer à une information complète et équilibrée, je me permets d’apporter une précision importante.
La mention utilisée dans mes supports de campagne repose sur un élément strictement exact et vérifiable : j’ai été désigné pour représenter la Région Île-de-France en qualité de personnalité qualifiée, par une décision officielle du Conseil régional, matérialisée par un courrier signé de la Présidente de Région. Il ne s’agit donc en aucun cas de la revendication d’un soutien politique, mais bien de la mention d’une responsabilité institutionnelle réelle. ».