Acte I. Le scoop… secret de polichinelle
Le Canard enchainé dans son édition du mercredi 5 août lance la charge. Bally Bagayoko « cumulait ses fonctions d’élu local avec un emploi de cadre à plein temps ». Quel scoop ! Remonter, avec une mémoire d’éléphant, 26 ans en arrière, et cela pour accoucher d’une souris.
Ils sont beaucoup les élus locaux qui cumulent un mandat avec un emploi. Certains, oui, à plein temps. Et c’est le soir, le week-end ou tôt le matin qu’ils se consacrent à leur mandat.
Ils sont aussi pléthore les élus qui au titre de la loi bénéficient d’heures d’absences tout à fait légales pour remplir leur mandat et cela jusqu’à concurrence de 803, 30 heures par an c’est à dire qu’un salarié, titulaire d’un mandat électif peut réduire son temps de travail à un mi-temps. Voire moins car au-delà de ce chiffre tout est affaire de négociations avec son employeur.
A partir de ce scoop, on a eu droit à toutes les inepties, répétées en boucle de rédactions en rédactions, presse écrite, radios, télévisions, un torrent sur les réseaux : « Bally Bagayoko cumulait la rétribution de deux emplois publics ! »
Un mandat transformé en emploi public. Rien que ça et vogue le bullshit.
D’une ineptie à l’autre. Le Canard enchainé non content de nous livrer un « scoop » à partir duquel quasiment tout le monde s’engouffre pour dire n’importe quoi, le Canard Enchainé "enquête".
Et qui interroge t-il ? Kader Chibane présenté comme le « leader de l’opposition ». On imagine les sources, recoupées, du Canard Enchainé.
– « Allo, le Canard Enchainé, oui, je suis le leader de l’opposition à Saint-Denis ».
– « Allo le Canard, j’ai un sms qui traine de janvier 2025. Il s‘agit d’un échange entre directeurs de cabinet au sujet d’un ancien élu, aujourd’hui maire qui, figurez-vous, cumulait il y a 25 ans son mandat avec un poste à plein temps à la RATP ».
– « C’est qui ? »
– « Bally Bagayoko, LFI, Saint-Denis… »
– « Enorme » ! « On peut se rencontrer ? »
– « Oui, vous voulez un contact dans l’opposition ? »
Non, ça c’est de la fiction. Le Canard enquête.
Attention, de plus le Canard enchainé précise : « Lorsque la mairie de Saint-Denis est remportée par les socialistes, en 2020, le don d’ubiquité de Bally Bagayoko finit par interpeller les services du nouveau maire, Mathieu Hanotin. Dans un échange de sms, que le Canard a pu consulter, son directeur de cabinet, David Lebon, s’en ouvre, le 15 janvier 2025, à Sylvain Durand, le dircab de Jean Castex, alors patron de la RATP ».
Voilà ! Le Canard enchainé fait le tour des popotes – des municipalités à un an et quelques des municipales– pour savoir si, par hasard, il n’y aurait pas un sms croustillant qui traine par ci, par là pour remplir les pages du palmipède qui sort chaque mercredi.
Et paf, bingo. Justement, le dir cab de Mathieu Hanotin, tout tourneboulé du fait que depuis 2020 Bally Bagayoko est en campagne, et que cela s’accélère, retrouve un sms à un collègue dir cab… en janvier 2025.
Chibane, Lebon, Hanotin. Un scoop ? L’affaire est lancée… Quelle enquête !
Scoop ou pas scoop ? Que nenni ! « Secret de polichinelle » nous dit en fait Kader Chibane, le « leader de l’opposition ». Tout le monde savait que Bally Bagayoko était salarié à la RATP. Oui, donc et alors ? So what ?
Aussi inconnu en 2001 à Saint-Denis qu’il est abhorré aujourd’hui, Kader Chibane est en 2008 sur la liste du Parti socialiste conduite par Georges Sali. Battu, il retourne a casa pour refaire surface en 2013 d’où, dorénavant propriétaire d’un « studio » occupé – 16,97 m2 à Pleyel –, il investit, à quelques encablures de sa « coquette commune résidentielle du Val d’Oise », sur la liste de Didier Paillard. A n’en pas douter une source fiable !
Acte II. Crescendo.
Cumul et augmentation de 102% des indemnités.
2015, c’est l’année des départementales. Bally Bagayoko est candidat sortant comme Florence Haye avec qui il forme un duo paritaire comme la loi l’exige. Ils sont défaits par l’attelage PS-EELV formé de Mathieu Hanotin et Nadège Grosbois.
Une délibération initialement prévue au conseil de juin 2015 est adoptée au conseil de décembre de la même année. Celle-ci revoit le tableau des indemnités des élu.es et procède à l’augmentation des indemnités d’adjoints des deux candidats battus compensant ainsi la perte d’indemnités liées à leur mandat départemental.
C’est une décision politique. Un choix qui créera de fortes interrogations dans les cercles militants de la ville et une partie de la population pourtant acquise à la majorité municipale.
Une décision politique mais politiquement contestable car il appartenait, de mon point de vue, à ce que ce soit au sein du groupe Front de gauche de répartir différemment, – puisque tel était son choix d‘augmenter les indemnités de ces deux candidats battus –, l’enveloppe d’indemnités dont il disposait.
Le groupe Front de gauche avait fait un choix de répartition au moment où Bally Bagayoko et Florence Haye étaient élu.e.s départementaux, il appartenait au Front de gauche et à lui seul de faire une autre répartition en son sein, en solidarité avec ces deux conseillers départementaux sortants.
Raison pour laquelle, je n’ai pas participé à ce vote.
Le polichinelle, qui aujourd’hui fanfaronne dans l’article du palmipède, a voté cette délibération. On vous laisse deviner de qui il s’agit.
Acte III. « Calomnier, calomnier, il en restera toujours quelque chose »
Une plainte a été déposée. Il appartient au Parquet National Financier (PNF) de décider des suites à donner.
Bien malin celui qui aujourd’hui peut se prononcer sur la suite de ce scoop qui n’en est pas un, d’une enquête qui n’en est pas une, concernant d’éventuelles infractions – datant d’un quart de siècle – qui restent à établir.
En revanche, on identifie toute la mécanique, tous les ressorts actuels, toutes les motivations profondes qui ont conduit les uns, les autres, de concert, à distiller le venin du soupçon.
Le temps des revanchards est ouvert. Ils peuvent tenter de salir un homme. Ils ne pourront rien contre le mouvement de soutien qui l’a porté là où il est : maire de Saint-Denis, président de Plaine Commune. Un choix a été fait. Un programme approuvé. Le maire et son équipe y consacre toute leur énergie pour l’appliquer.
Il va vraiment falloir vous y faire.
PS : Mesure-t-on vraiment l’irresponsabilité qui consiste, aux noms d’intérêts strictement partisans, à affaiblir, éroder, miner ce dont nous avons tous besoin pour affronter l’échéance de 2027 ?