« Libertés et droits dans l’espace public ». Un débat à l’initiative de la Ligue des Droits de l’Homme le 15 janvier, 19h à la Bourse du travail. En présence de candidats et candidates aux municipales

, par La Rédac’

La section de la Ligue des Droits de l’Homme de Saint-Denis Plaine Commune organise le 15 janvier un débat sur « Libertés et les droits dans l’espace public ». Couvre-feu, arrestations arbitraires, arrêtés anti-regroupement, amendes forfaitaires abusives, contrôle au faciès, vidéosurveillance, autant d’éléments qui questionnent et inquiètent. Trois questions à Samuel Bargas de la LDH.

Qu’est ce qui amène la LDH à programmer cette réunion associant « espace public et les libertés publiques » ?
Samuel Bargas, membre de la section de la LDH. – La section de la LDH de Saint-Denis Plaine Commune, constate depuis plusieurs années, par son observatoire interassociatif des pratiques policières, des atteintes à plusieurs libertés et droits d’usage de l’espace public, notamment à Saint-Denis. Des maires ont pris des arrêtés dits "anti-attroupements" ou dits "couvre-feu" ou "anti-chichas" ou encore "anti-mendicité" qui ont, pour certains, été invalidés par la justice à la suite des saisines de la LDH au motif de leur disproportion et de leur atteinte à des libertés fondamentales telles que la liberté de réunion ou la liberté de circulation. La loi olympique a autorisé des surveillances de certains comportements par des algorithmes.
Par ailleurs, cette liberté de circulation est mise à mal lorsque des femmes subissent des harcèlements verbaux et en viennent à contourner certains lieux.
A l’approche de l’élection municipale de mars 2026, il nous a paru important de programmer cette réunion permettant de poser le sujet dans ses différentes composantes et d’entendre différentes positions.

Que dit de l’évolution de nos sociétés son rapport à l’espace public ? Le sens des changements intervenus ?
S. B. – La confiance que chacun peut avoir dans l’inconnu croisé dans l’espace public, ou le sentiment de sécurité, varient selon plusieurs paramètres personnels et collectifs et n’est pas également répartie. De plus, la connaissance des règles d’occupation du domaine public n’est pas innée. Des logiques gestionnaires peuvent prévaloir et amener à clore des lieux pensés pour être traversants. L’inconfort ressenti attire aussi davantage l’attention de certains médias que des changements qui peuvent contribuer au sentiment de sécurité, tels que certains aménagements de voirie, offrant davantage de place aux piétons, aux enfants, aux personnes à mobilité réduite, au végétal. L’enjeu est aussi de penser ces aménagements physiques démocratiquement et sans exclure l’accès à d’autres. Il est aussi de ne pas s’habituer à des restrictions d’accès ou d’anonymat et des intimidations, par des lois et des pratiques liberticides, au prétexte notamment d’évènements exceptionnels. A ces perceptions et ces vécus variables s’ajoute une polarisation du discours qui empêche de plus en plus d’aborder avec nuance et diversité les problématiques et des enjeux sociaux et économiques des usages des espaces publics. C’est pourquoi la LDH veut continuer à jouer son rôle citoyen.

Alors que pour les services du ministère de l’intérieur : « Une collectivité qui met des caméras dans la rue ou chacun est censé aller et venir librement, c’est une atteinte aux libertés individuelles », le Maire, Mathieu Hanotin annonce dans ses documents de campagne un objectif de 1200 caméras pour la mandature à venir, aujourd’hui la commune nouvelle (Pierrefitte et Saint-Denis) est déjà équipée de 834 cameras, cela n’a-t-il pas l’allure d’une fuite en avant sécuritaire et financière ? Cela inquiète-t-il la LDH ?
S. B. – Une des intervenantes du débat que la section organise a une bonne connaissance de ce sujet. La proportionnalité et la nécessité entre les objectifs et les moyens sont en jeu. Or il n’est pas prouvé que les situations filmées justifient toutes et autant de caméras. De plus, une caméra n’empêche pas un acte interdit par la loi d’être commis. La caméra a parfois pour effet de déplacer le problème sans l’empêcher. La LDH tient à rappeler que le principe qui prévaut dans l’espace public c’est d’être présumé innocent et non pas présumé coupable même vidéosurveillé. Ce débat devrait permettre d’entendre les points de vue de différentes tendances politiques locales.

Une information. Vous avez saisi récemment la Défenseur des droits sur des abus et violences policières commises par la police municipale de Saint-Denis, où cela en est-il ?
S. B. – Nous n’avons pas encore de réponse de la part de la Défenseur des droits.

Débat le 15 janvier 2026, 19h Salle Louise Michel. Bourse du travail de Saint-Denis.