Maisons de quartiers, centres socio-culturel. Une « réorganisation » qui ne règle ni les sous effectifs, ni la souffrance au travail et dégrade les missions de services publics

, par Sylvestre Lachenal

Ce mercredi 19 novembre trois maisons de quartiers sur les cinq situées à Saint-Denis seront fermées. Le personnel est en grève. A Pierrefitte, ce sont les trois centres socio-culturels qui sont affectés du même mouvement de protestation contre une réorganisation imposée à ces structures, aux personnels qui, en sous effectifs chroniques, sont déjà en grande souffrance. Les raisons de la colère.

Une fois de plus et à l’image d’autres services déjà confrontés ces dernières années à l’obstination de leur direction, la réorganisation de ces structures, contre l’avis unanime des syndicats et des agents, provoquent la colère. Le Blog de Saint-Denis avait déjà évoqué le sujet à propos de service comme la direction des bâtiments et de l’architecture ou de réorganisations en réorganisations ont vu se succéder 4 directeurs successifs, des agents épuisés et un service exsangue (En mars 2023 sur 32 postes, 19 postes étaient vacants).

Il apparait au fil des temps que la répétition de cette pratique relève bien d’une technique de management dont les effets de déstabilisation des équipes sont dévastateurs. Pour le service public, pour les conditions de travail imposées au personnel, pour les risques psycho-sociaux que cela entraine.

Tous les indicateurs de souffrance au travail des équipes étaient et sont pourtant toujours au rouge. Arrêts en longue maladie pour certains, arrêts de travail répétés pour d’autres, signalements multiples à la médecine du travail…

Autant d’éléments qui devraient interroger une direction RH, la direction générale en charge de la direction Vie des Quartiers et ceux qui pilotent cette « réorganisation ».

Sans compter la souffrance à bas bruit de ceux qui consultent psychologues ou psychiatres, vivent le stress quotidien, insomnies…

Une réorganisation imposée dans les Maisons de quartiers pour laquelle la direction, – les élus regardent ailleurs ? – ne semble bien n’avoir tiré aucun enseignement du rapport d’un cabinet indépendant remis fin août 2023 qui pointait les nombreux dysfonctionnements, manquements en matière de prévention des risques pour le personnel. Le Blog de Saint-Denis avait rendu publiques certaines parties de ce rapport dans son article daté du 2 décembre 2024 qu’on peut lire ou relire ici.

Deux recommandations figuraient pourtant dans ce rapport

6.2.2. Conduire un état des lieux des conditions de travail sur l’ensemble des maisons de quartier
Il conviendrait de procéder à un état des lieux des conditions de travail et de la santé des agents des maisons de quartier à partir d’une méthodologie ne permettant pas de mettre en doute l’objectivité du recueil. La réalisation d’un questionnaire, peut-être avec l’appui d’un cabinet extérieur, diffusé à l’ensemble des agents concernés et garantissant l’anonymat permettrait de résoudre ces désaccords. Il sera ensuite possible de travailler de manière plus qualitative pour identifier les leviers d’actions aux éventuelles difficultés relevées.
Ce travail pourrait être couplé avec une analyse en parallèle de données d’activité et de l’évolution des effectifs, afin de procéder par exemple à des mesures de charge apparente. Il serait en effet pertinent de maintenir un certain degré de vigilance sur des indicateurs chiffrés choisis avec attention et suivis au fil de l’eau pour adapter les moyens aux besoins des populations et des collectifs de travail. (Page 180)

Cela a-t-il été mis en place ? Non

6.2.4. Conduire une réflexion sur la définition d’indicateurs précis de suivi de l’activité, de la charge de travail et de la santé au travail
Conduire une démarche d’évaluation de la charge de travail sur l’ensemble des métiers : Une absence d’évaluation précise et de suivi de la charge de travail, pourrait constituer un manquement de l’employeur à son obligation d’évaluation de l’impact sur la santé de l’organisation du travail, à plus forte raison que la problématique de charge de travail importante a été exprimée par certains collaborateurs des maisons de quartiers. Plusieurs décisions de cours d’appel et de cassation ont déjà illustré ce point. (Page 182)

Cela a-t-il été réalisé ? Pas plus.

Deux recommandations ignorées. C’est dans ce contexte qu’une réorganisation est lancée.

Acte 1. La direction interroge les agents sur un diagnostic et des propositions. Rien n’en est retenu.

Acte 2. La direction annonce un certain nombre de mesures pour lesquelles le personnel fait part de son opposition : amplitude des horaires d’ouverture des Maisons de quartiers, augmentations des tarifs des activités proposés aux habitants, création de fiche de postes qui font d’un référent à l’accès au droit ou d’une animatrice … un agent d’accueil, des coordinateurs en charge de la vie sociale des responsables adjoint (sans revalorisation salariale)…

Une rationalisation technocratique, déqualifiante de fiches de poste vidant de leur substance réelle le travail des agents en direction des publics des Maisons de quartier et des centre socio-culturel est couchée sur le papier.

Les jours de télétravail (1 par semaine pour les coordinateurs et les assistants administratifs) permettant de travailler sur les projets, de prendre du recul par rapport à l’activité quotidienne, sont drastiquement réduits à 20 jours par an pour les coordinateurs et 10 jours pour les assistants administratifs.

Augmenter l’amplitude d’ouverture des Maisons de quartiers ?

L’intention est très louable sauf qu’aujourd’hui certaines structures n’arrivent même pas à assurer les horaires d’ouverture actuels faute d’effectifs suffisants ! C’est entre autres le cas sur le centre socio-culturel Germaine Tillion à Pierrefitte qui ne peut fonctionner avec 2 agents.

A l’augmentation des tarifs auquel se sont opposés les agents s’appuyant sur la connaissance des publics qu’ils reçoivent tout au long de l’année, la direction a concédé la mise en place d’un demi-tarif sur justificatifs.

Idée tout à fait contraire à l’esprit des Maisons de quartiers et centre sociaux qui pratiquent un accueil de tous les publics sans demander un quelconque papier justifiant de leur situation.

Une idée saugrenue qui fait de ces structures un guichet de plus et entraine une surcharge de travail pour l’accueil, les administratifs, un temps qui pourrait être consacré à des taches plus valorisantes et plus utiles aux publics accueillis.

Une décision qui confine à l’absurde puisque l’augmentation des tarifs avec l’introduction d’un demi tarif auquel ont droit la grande majorité des publics qui fréquentent les Maisons de quartiers conduirait à une baisse des recettes !

Comment donc créer une petite usine à gaz tarifaire y compris en proposant des activités gratuites (cours de français) pour lesquelles la fréquentation est en recul depuis la gratuité. Payer très peu mais payer a valeur d’engagement. Les agents avaient anticipé l’effet pervers de cette fausse bonne idée de la direction. Mais n’est pas expert de terrain qui veut.

Acte 3) Malgré l’alerte lancée en juillet par la CGT à mi-juillet, le vote contre la réorganisation de toutes les organisations syndicales de la commune nouvelle en CST, c’est par une note de service en date du 30 juillet que la réorganisation est imposée au 1er septembre.

Une première rencontre avec la direction lundi 17 novembre n’a rien donné.

Une réorganisation qui ne règle aucun des problèmes auxquels les agents sont confrontés dans leur mission de service public est en marche.

Charge de travail, sous effectif chronique, souffrance au travail ?

A ces données structurelles la direction oppose une stratégie délétère pour les agents et le service public : « réorganiser ».

Autrement dit : ne rien régler, produire un nième rapport, des tableaux Excel pour le reporting, dégrader les conditions de travail, les missions.

L’objet de la note de service du 30 juillet est intitulé ainsi : Organisation du réseau des Maisons de quartiers et Centres Sociaux et culturels.

On pouvait faire plus direct : Mettre la poussière sous le tapis.

Deux rassemblements sont prévus : un à Pierrefitte, un à Saint-Denis voir ici.

PS : Selon nos informations, les Maisons de quartiers Floréal, Pierre Sémard et Franc Moisin sont fermées ce 19 novembre ainsi que le centre Germaine Tillion à Pierrefitte. La direction a tenté de déplacer des agents afin de limiter les fermetures d’équipement. Les agents pointent par ailleurs les nombreux problèmes qui persistent concernant l’état des locaux : infiltrations, inconfort thermique été et hiver, moisissures. Dans certaines structures des salles sont fermées, inutilisables car insalubres.