Moi président…, moi président …

, par Jacques Poulay

Mardi 14 janvier aura lieu le conseil territorial qui devra procéder à l’élection du président de Plaine Commune suite à la création de la commune nouvelle de Saint-Denis réunissant les communes historiques membres de l’Etablissement Territorial Plaine Commune. L’occasion de faire le point sur quelques sujets en forme de bilan partiel aux aspects éloquents.

On se souvient des propos de Mathieu Hanotin mettant en avant sa conception de Plaine Commune en vue de séduire les conseillers territoriaux et en premier lieu les maires des villes composant l’EPT pour en devenir le président en 2020 : « Redonner du pouvoir aux maires » ;
Plaine Commune étant décrit par lui comme « trop éloigné des préoccupations quotidiennes » et promettant d’en faire un « instrument au service de la proximité ».

Le discours consistant à décrire Plaine Commune comme une machinerie technocratique dans laquelle il fallait insuffler du renouveau, de la proximité voire de la démocratie pouvait séduire.

Sauf que l’angle d’attaque était facile, trop facile et pour tout dire démagogique et caricatural.

Proximité, j’écris mon nom

Caricatural car Plaine Commune n’est pas un corps, une institution exogène aux villes, Plaine Commune avec les nombreuses compétences qui lui ont été confiées par les villes est un outil qui leur appartient, source de mutualisation, de développement d’équipements, de services, bref un outil appartenant aux communes et dédié à leur service.

Démagogique car si le discours sur la proximité peut d’emblée séduire, – c’est beau la proximité , on peut tout y mettre sans savoir ce dont il s’agit – Mathieu Hanotin a en pratique fait tout l’inverse.

En interne avant sa présidence, un travail en commissions sur les rapports versés au débat du conseil réunissait conseillers territoriaux – et élus municipaux des villes qui souhaitaient s’y associer – , l’ensemble du champ des compétences de Plaine Commune étant couvert.

Ce travail préparatoire, d’échanges, d’élaboration commune, d’appropriation des sujets a pris fin avec la suppression des commissions.

Avant sa présidence, une structure comme le Conseil de développement a permis à ce que des acteurs du territoire, dans leurs diversités, formulent des avis éclairés sur les grands sujets concernant le devenir du territoire, les documents cadres, les orientations stratégiques. Et ce n’est pas le lancement d’une conférence citoyenne sur l’énergie, sujet d’importance mais restreint qui peut tenir lieu de remplacement d’un Conseil de développement souverain dans le choix des sujets sur lesquels il élaborait ses avis.

Le Conseil de développement a été supprimé. Il ne reste même plus trace de ses travaux sur le site de Plaine Commune.

Plaine Commune sans PPI

Non seulement le maire-président a supprimé des instances mais il a aussi inauguré une ère nouvelle au sein de Plaine Commune, inédite : l’absence d’adoption d’un PPI, d’un Plan Pluri-annuel d’Investissement.

Pourquoi ? Parce que les maires ont refusé d’entériner le PPI proposé tant sa méthode de « préparation », menée au pas de course leur a déplu, les a heurté.

Situation exceptionelle, historique à Plaine Commune. Nombre de documents cadres, stratégiques on été revus, habitat, aménagement, mobilités, PLUi… mais concernant les projets dans lesquels ces orientations doivent se concrétiser à l’avenir elles ne se traduisent pas dans le cadre d’une trajectoire financière, d’un document répertoriant des engagements de dépenses.

Du coup chacun est conduit à pousser ses propres projets, qui son parc Marcel Cachin et sa médiathèque, générateurs d’importantes dépenses vite inscrites dès le début du mandat afin de les rendre irréversibles et prendre les autres villes de cours ; qui sa piscine… qui ceci … qui cela… et ainsi de suite… A une délibération partagée, construite sur le PPI se substitue une mauvaise politique, une mauvaise dynamique celle du guichet dont on connait les limites et les dérives possibles.

Autre situation inédite sous la présidence de Mathieu Hanotin, deux demandes de prêts bancaires sont refusés. La situation financière de Plaine Commune ne serait-elle pas aussi si bonne que présentée ? 

XXL, PPO, OPA et M&A, où va-t-on ?

Un manque de visibilité financière et de surcroit stratégique patent. Le territoire est engagé dans une orientation donnant la belle part à l’offre hôtelière et au tourisme alors qu’aucune étude – sérieuse, indépendante – de prospective et d’impact n’a été réalisée.

Donner plus de pouvoir aux maires se traduit de la part du maire-président par sa demande à ce que les villes augmentent leurs contributions financières à Plaine Commune tout en réduisant la part qui incombe à Plaine Commune pour la réalisation d’infrastructures comme les espaces verts pour lesquels Plaine Commune souhaite dorénavant un socle d’intervention et une palette d’options accessible aux maires moyennant leurs prises en charge financière par… les villes.

Est-ce là un vrai pouvoir redonné aux maires, celui de choisir des options payantes par leurs villes pour des opérations relevant d’une compétence pourtant dévolue à Plaine Commune ?

Un maire – aujourd’hui XXL – a, durant son mandat qui a pris fin le 1 er janvier 2025 avec la création de la commune nouvelle de Saint-Denis, remplacé le PPI par le PPO, Pouvoir Proximité Options tout en proposant à ses voisins – à plusieurs reprises – des OPA (Offre Public d’Achat) refusées tout en pratiquant des opérations de M&A (Mergers and Acquisitions) soit en bon français Fusions-Acquisitions.

N’est-il pas temps de dire stop ?