« Naza » fait référence à un acronyme hébreu qu’utilise Tsahal, l’armée israélienne, pour désigner les pertes civiles ou « dommages collatéraux » acceptés lors de frappes à Gaza.
Par son sujet, sa forme documentaire, – exposant les témoignages – anonymes – de 24 militaires et membres du renseignement israélien – couronné du Prix spécial du jury à la Mostra de Venise 2026, il a suscité un tel intérêt que de mémoire je n’avais jamais vu une telle affluence.
Il est maintenant 20h35 et sont décomptées les quelques 5 ou 6 places disponibles à l’intérieur de la salle pour laisser y entrer les premières personnes inscrites sur la liste d’attente. Les déçus seront nombreux.
Une intervention précède le film. Celle d’une militante du Comité Palestine de Saint-Denis qui rend compte de ses activités et dénonce la situation que connait Gaza et la Palestine dans son ensemble. La salle est réceptive et reprend les slogans lancés en plusieurs langues dont les « Free Free Palestine » qui emplissent la salle.
Le noir emplit à son tour la salle et « Naza » commence. Rien ne précède sa projection. Pas de bandes annonces habituelles de films en cours ou à venir à L’Ecran. Rien. La séance spéciale est lancée.
Ce billet n’est pas là que pour vous parler du film, au demeurant aussi remarquable que glaçant. Des témoignages bruts sur des procédures qui consistent ente autres à faire le décompte précis des personnes qui vont mourir, le quota acceptable qui, pour un membre du Hamas visé, peut entrainer la mort de 10, 20, 50 personnes selon les cas. Rien de spectaculaire, un dispositif formel, sobre, orchestré des toits de Tel-Aviv. En toile de fond les lumières de la vie quotidienne, nocturne que projettent frontalement les façades vitrées des immeubles de la ville. On sait que sur d’autres, pas si loin, s’abattent des tonnes de bombes et de missiles.
« Naza » sera mis en ligne gratuitement fin novembre pour qu’il soit vu du plus grand nombre. Un choix politique.
15 octobre. L’Ecran. « Notre Salut ». Une plongée de 2h25 mn, sans longueur, dans la vie, la dérive d’un salaud ordinaire au moment de l’Occupation. Vie de famille. Entre-soi des élites. Violence sourde administrative. Travail. Famille. Patrie. Admirable film. Pour son intelligence, le jeu des acteurs. Dont le premier rôle. Jouer délicatement, tout en retenue, avec justesse un salaud ordinaire n’est pas donné à tout le monde. Pour ses inventions formelles, ses illustrations musicales anachroniques. A revoir.
La projection de « Notre Salut » a été précédé de bandes annonces. Des films en cours à L’Ecran ou à venir et en premier lieu d’une publicité pour McDonald’s. Stupeur. Le mot est-il trop fort ?
Deux jours après la projection de « Naza », infliger une publicité de la multinationale de la malbouffe McDonald’s, qui fait partie des entreprises vis à vis desquelles une campagne de boycott est lancée depuis des années en soutien à la Palestine, a de quoi provoquer un étonnement extrême. Stupéfait oui que cela soit possible à L’Ecran.
Serait-ce à considérer comme un dommage collatéral de l’introduction par la majorité municipale de Mathieu Hanotin de « la publicité de proximité » – la publicité vante un McDonald’s dionysien – à L’Ecran ? Voilà où cela a mené.
21 octobre. Nouvelle séance à L’Ecran. McDonald’s est toujours là, une publicité projetée dans le "service public municipal de cinéma" !?!