Le Blog de Saint-Denis a traité à plusieurs reprises du fonctionnement du service Jeunesse, d’abord avec un article paru le 13 décembre 2024, repris actualisé le 15 avril 2025 au moment d’une mobilisation des agents qui avait donné lieu à la publication d’un communiqué des organisations syndicales CFDT, CGT, FO, SAFTP et SNUTER-FSU. Celui-ci intitulé « Non à la casse des services jeunesse à Saint-Denis » alertait sur la situation du service jeunesse suite à l’annonce de fermetures des espaces jeunesse de Péri, De Geyter et Confluence. Des préavis de grève avaient été déposés et un rassemblement devant l’hôtel de ville s’était tenu le mercredi 16 avril.
Le contenu des documents publiés sur les réseaux – une demande de remboursement de subventions et un courrier d’injonction, tous deux courant 2025 – font écho à ce que nous écrivions en décembre 2024 s’agissant du pilotage, des défaillances ou de l’absence de pilotage du service, du turn-over important et accéléré des directions ainsi que du management qualifié de vertical tant par de nombreux agents que par les organisations syndicales. Dans leur communiqué du 9 avril 2025 elles soulignaient de « graves dysfonctionnements » qu’évoquait elle-même la municipalité.
Dans leur communiqué les organisations syndicales précisaient : « La municipalité omet de préciser les raisons de ces dysfonctionnements volontairement car elle en porte l’entière responsabilité. Exemple de dysfonctionnements : le service qui oublie de faire une déclaration de séjours auprès des services de l’Etat, pas de mise en place de projet de service par la direction alors que la déclaration d’un Projet Educatif Territorial a été faite avec subvention des services de l’Etat, pas d’évaluation des risques psycho-sociaux pourtant obligatoires, agents subissant des pressions de la part de la direction, agents faisant l’objet de procédure disciplinaire pour avoir dénoncé leurs conditions de travail, l’administration invite les agents à partir du service… ».
On le voit le constat dressé était sévère et porté par la quasi-totalité des organisations syndicales représentées en mairie.
Une feuille de route assignée au service se révélait, force est de constater, non seulement impraticable mais à la source de dysfonctionnements inédits et d’aggravation de la situation.
Nous soulignions à ce moment une séquence inaugurale qui ne préjugeait rien de bon pour la suite : la fermeture de l’espace jeunesse du centre-ville, les départs successifs des directions, la vacance répétée de poste. Voilà ce que nous écrivions en décembre 2024.
Tous ces élément éclairent les raisons qui ont conduit la Caisse d’Allocations Familiales du 93 le 11 septembre 2025 à demander le remboursement de la somme conséquente de 256 672€, une demande fondée sur l’absence de l’ensemble des pièces justificatives sollicitées par les services de la CAF dans le cadre d’un contrôle. Une procédure qui a fait l’objet d’échanges de courriers entre la municipalité et la CAF, cette dernière confirmant le 18 novembre 2025 les conclusions de son rapport.
Dans un courrier en date du 10 décembre 2025, dont l’objet est un recours gracieux adressé au directeur général de la CAF, nos propos de décembre 2024 sont confirmés par la Directrice Générale des Services : « En effet, la direction de l’adolescence a connu d’importantes difficultés de pilotage ces dernières années, avec un fort turn-over, une défaillance de l’encadrement intermédiaire et la vacance du poste de directeur pendant la majeure partie de l’année 2023, qui n’ont pas permis de centraliser les feuilles d’émargement justifiant de la fréquentation effective et précise de chaque espace jeunesse (EJ). » écrit-elle pour expliquer la carence du service.
Le turn-over – déjà ancien – nous en faisions part dans notre article : « Cette séquence prend fin précédée du départ du directeur qui, arrivé en septembre 2021, quitte la collectivité en mai 2022. Les vacances achevées, la fermeture de l’antenne du centre-ville est effective début septembre 2022.
Ce n’est qu’en novembre 2022, après une longue vacance de direction de plusieurs mois qu’une nouvelle direction prend les rênes du service. Elle sera de coute durée puisque c’est par un mail en date du 9 janvier 2023 que la personne recrutée quitte la collectivité.
Une nouvelle vacance de direction s’installe, elle ne sera comblée que 8 mois plus tard avec l’arrivée d’un nouveau directeur ».
Nous poursuivions :
« Si les causes de dysfonctionnements, de mal-être au travail peuvent être multiples, un élément sert d’indicateur : le turnover au sein d’un service ou celui de sa direction. Le service jeunesse ne fait pas plus exception.
Et si un manque d’effectifs ou de moyens est facilement identifiable, quantifiable et génère de la souffrance au travail, la remise en cause de missions auparavant dévolues à un service, des réorganisations brutales, l’absence de visibilité à moyen terme sur le devenir d‘un service fragilisent et déstabilisent les personnels, affectent les conditions de travail et pèsent au quotidien.
Ces éléments sont d’autant plus difficilement vécus quand il se double d’un management dont l’exercice strictement vertical tourne le dos à un cadre de travail collectif habituel et s’affranchit d’un cadre régi par des usages et des règles.
Un management déstabilisant ; un mode d’organisation déstabilisé ; des réflexes qui se perdent. Un cocktail défaillant. Malgré un process éprouvé depuis plusieurs années – intégrant des systèmes d’alertes – concernant la déclaration préalable obligatoire auprès des autorités de tutelle des séjours auxquelles participent des jeunes, deux ne sont pas déclarés dans les temps. Une situation qui conduit – une première dans le service –, à une mise en demeure, en juillet dernier, de la part du préfet de la Seine Saint-Denis au nom du Service Départemental à la Jeunesse, à l’Engagement et aux Sports (SDJES) ».
On le voit il y avait déjà eu un précédent, d’entorse à la réglementation. Le Service Départemental à la Jeunesse, à l’Engagement et aux Sports s’est à nouveau adressé, le 1er août dernier, par courrier à la municipalité, à son représentant, le maire, pour là encore une entorse à la réglementation. Une injonction qui a fait l’objet d’un courrier de la municipalité en réponse le 11 août indiquant que "les mesures nécessaires ont été prises afin de répondre aux points soulevés et de garantir la conformité réglementaire de l’accueil de loisirs jeunesse. »
Lors de notre article en décembre 2024, nous posions de multiples questions que résumait un intertitre : Les raisons d’un turnover et d’un service en souffrance ?
« Un premier directeur possiblement victime à la rupture de son contrat d’un conflit de loyauté entre ses mandants politiques et les équipes dont il avait la charge ?
Une deuxième directrice qui, identifiant sans doute très vite le hiatus entre les missions qui lui sont assignées au regard du contexte, des besoins, des moyens alloués, du faible portage politique, n’a pas souhaité « poursuivre l’expérience » ?
Autant de questions qu’on ne peut rétrospectivement s’empêcher de poser.
Un directeur enfin, en difficulté, tentant d’appliquer aujourd’hui et coûte que coûte la feuille de route politique qui lui est hiérarchiquement fixée, celle-ci se révélant irréaliste, hors sol et à rebours des besoins ? ».
Nous poursuivions par ce constat :
« C’est dans ce contexte que la colère gronde. Volonté ancienne de démembrer le service qui a laissé des traces, moyens en chute libre, management problématique, sans compter une absence de portage politique, l’élue référente, Katy Bontinck, cumulant les délégations santé, logement, lutte contre l’habitat indigne, rénovation urbaine, tout en étant vice-présidente de Plaine Commune, conseillère métropolitaine, 1ère adjointe et donc accessoirement en charge de l’adolescence, tout cela ne peut que nourrir dysfonctionnements, mal-être au travail et incertitudes pour l’avenir. »
Quelles que soient les difficultés rencontrées hier comme aujourd’hui , les écarts possibles avec la règle, les dérives ou délits – exceptionnels – constatés au sein des structures jeunesse, nous terminions cet article par ces lignes qui restent d’actualité : « La politique jeunesse se doit d’être aussi exigeante qu’elle n’est pas simple à conduire. Répondre aux attentes sans emprunter la pente la plus facile, celle qui consiste à épouser au plus près certaines attentes des jeunes eux-mêmes, façonnées par une forme de consumérisme. Eviter dans le même temps un surplomb moralisateur et construire une politique émancipatrice qui passe aussi par l’expression de la liberté et des plaisirs juvéniles ne dépend pas de recettes toutes faites.
Il faut d’abord écouter les jeunes, leurs aspirations, laisser place à leurs envies, leurs délires, comme à la manifestation de leurs dégoûts, leur mal être quelquefois, bien souvent leurs inquiétudes tout en maintenant un cadre stable et rassurant de repères. »
A cet égard, on ne peut que regretter qu’au delà des inquiétants dysfonctionnements administratifs que mettent en lumière les documents publiés, la majorité sortante a malheureusement failli.
Qui en a payé et en paie encore le prix sinon la jeunesse dionysienne et les familles ?
PS : Le Blog de Saint-Denis a interrogé la municipalité par mail adressé, vendredi 13 au matin, au directeur de cabinet du Maire, sur l’origine, selon la municipalité, de ces dysfonctionnements et sur la position de la CAF suite au recours gracieux formulé par la ville.
Nous nous sommes heurtés à un refus catégorique de nous répondre.