Il faut avoir vécu depuis un certain temps à Saint-Denis, et s’être un peu intéressé au devenir du quartier de la Porte de Paris pour que le nom de Roland Legros évoque quelque chose. Membre du Comité du même nom, celui-ci avait défendu lors des premières années de la conception de la ZAC Porte de Paris, l’idée d’un grand parc pour ce secteur de la ville, à la fois entrée du centre historique, rotule entre la Plaine et Pleyel et vers les quartiers de grands ensembles dionysiens (Joliot Curie, Saint-Rémy, Romain Rolland, le Franc-Moisin ou Cosmonautes).
Lieu d’une fracture urbaine ancienne, le canal, et plus récente, celle des années 60 avec l’autoroute A1, sa requalification pour sa partie sud, dépendait essentiellement de la suppression des bretelles d’accès et de sortie de l’A1 et du devenir des terrains propriétés de l’Etat, – en particulier de leur rétrocession à la collectivité et à quel prix ? –.
Ce secteur particulièrement difficile à reconfigurer – de nombreuses différences de niveaux y sont présentes – a fait en premier lieu l’objet d’une requalification de sa partie nord, les plus anciens se souviennent qu’y trônait en son milieu un dépôt de bus, qui effacé et la rue Danielle Casanova redressée ont permis de boucler toute la partie nord de la ZAC, terminus et départ aujourd’hui du T8 dont la prolongation au sud jusqu’à Paris est acté. Seul subsiste un lot (E3), au droit du tramway et au débouché de la rue Pinel sur Casanova, jouxtant le groupe scolaire La Roseraie-Jacqueline de Chambrun.
Initialement programmé pour une opération de bureaux, celui-ci est aujourd’hui fléché pour du logement familial, la proximité de l’autoroute ne semblant pas poser problème à la municipalité, puisque d’autres bâtiments construits au sud de Casanova devraient pour reprendre les mots de Mathieu Hanotin « faire écran ».
On reviendra sur ce concept « faire écran » utilisé par les mêmes (le maire et son adjoint à l’urbanisme Adrien Delacroix) pour un autre projet de construction sur le secteur de la Confluence.
L’ensemble des logements construits sur la partie nord de la Porte de Paris, compte-tenu de la présence de l’autoroute a été programmé et adressé sur la place René Dumont et non sur le front urbain de la rue Danièle Casanova les éloignant ainsi au maximum des nuisances (atmosphériques et sonores) de la A1.
La construction de logement familiaux sur l’ilot E3 s’avère en rupture avec le principe qui avait prévalu et en contradiction avec les toutes dernières orientations du PLUi qui entendent cesser de construire à proximité des infrastructures routières.
Information tardive aujourd’hui, concertation prolongée hier
Le concepteur de la ZAC (Antoine Grumbach), l’aménageur (Plaine Commune Développement), les élus de la collectivités et habitants se réunissaient régulièrement au sein du Comité Consultatif de la Porte de Paris. C’est au sein de ce comité qu’étaient débattus moults sujets touchant à de multiples domaines (programmation de la ZAC, hauteurs des constructions, projet architecturaux, devenir de la Maltournée…).
On cherchera en vain aujourd’hui une structure du même type permettant si ce n’est une véritable co-construction, à tout le moins un espace de concertation pour l’aménagement de la partie sud de la Zone d’Aménagement Concerté (ZAC). L’adjectif n’a plus aujourd’hui de réalité.
Pour avoir une idée de la participation et de l’apport citoyen aux questions d’aménagement, il faut écouter, réécouter ce qui se disait, il y a maintenant plus de dix ans, au sujet des problématiques de la Porte de Paris, les pollutions atmosphériques et sonores, celles de l’autoroute A1 ou celles du Stade de France régulées et encadrées par la mobilisation des riverains,
On y entendra justement Roland Legros de l’Union des Associations des Riverains du Stade de France, Emilie Hache, philosophe, Matthieu Glayman, parent d’élèves, acteur du tourisme alternatif, Claudie Gillot Dumoutier, du collectif Lamaze, Victoria Chabran, du Comité « Porte de Paris », toutes deux de Saint-Denis lors d’un Toxic-tour diffusé sur France Culture dans l’émission « Terre à Terre » de Ruth Stégassy. C’était en 2014.
La question des pollutions sur ce secteur avait non seulement conduit Roland Legros a imaginer un grand parc à la Porte de Paris mais aussi à porter l’idée de l’enfouissement de l’autoroute A1 dès 2001 en tant que président du Comité Porte de Paris créé en 1996 à l’occasion du lancement des études d’aménagement de la Porte de Paris.
A force de faire croire que c’est moi, je vais finir par y croire moi-même
Lors de la réunion, la suppression des bretelles de la Porte de Paris a été présenté comme un héritage des Jeux Olympiques Paris 2024. Mathieu Hanotin ne cessant de surfer sur ces Jeux, qui, ne lui en déplaise, ont été lancés, négociés, programmés, les calendriers ajustés bien avant son arrivée en responsabilité. A défaut l’explosion de la crise sanitaire du covid en mars 2020 et ses résurgences jusqu’en novembre 2022 auraient sans doute mis à bas le projet. C’est l’arrêt des scénarii bien en amont et la capacité d’adaptation à la situation dont a su faire preuve la Solideo qui a permis que malgré de nouveaux événements très impactants – le déclenchement de l’agression de l’Ukraine par la Russie – toutes les infrastructures soient livrées dans les temps impartis.
Dès novembre 2017, une lettre de mission ministérielle chargeait l’Inspection Générale des Finances, le Conseil Général de l’Environnement et du Développement et l’Inspection Générale de la Jeunesse et des Sports d’évaluer les « Risques de délais et de coûts concernant certaines opérations majeures prévues pour les Jeux Olympiques et Paralympiques 2024. Rapport remis en mars 2018, soit six ans avant l’événement. Le plan guide est déjà arrêté.
S’il est conforme à la réalité de dire que les Jeux ont permis de mobiliser les ressources financières pour la suppression des bretelles Porte de Paris il est plus honnête d’indiquer que c’est dès janvier 2014 qu’a été acté ce projet entre Plaine Commune et l’Etat liant les travaux sur le diffuseur à Pleyel à la suppression des bretelles Porte de Paris avec la signature du Contrat de Développement Territorial (CDT) signé le 22 janvier 2014 pour la période 2014-2030.
On y trouvera programmé tout ce que Mathieu Hanotin a inauguré en grandes pompes tout en s’en attribuant souvent la paternité : les lignes 14, 15, 16 et 17 du Grand Paris express, la gare Pleyel, le centre nautique olympique, le réaménagement de la gare de Saint-Denis, son accessibilité, la suppression des bretelles de la Porte de Paris, la modernisation du diffuseur Pleyel.
Trop tard pour la première partie de la tangentielle nord Epinay-Le Bourget (T11), encore trop tôt pour le T8 sud déjà programmé dans le CDT.
Il est aussi utile de rappeler l’engagement de la municipalité précédente dans le combat pour la suppression du viaduc à Lamaze depuis 2013 jusqu’à l’organisation d’une journée de mobilisation à la Porte de Paris sur le même sujet en septembre 2019.
Si Victoria Chabran a très légitimement rappelé lors de la réunion la genèse du projet de parc, il faut aussi rappeler que cela faisait partie des engagements de la liste « Vivons Saint-Denis en grand » lors des municipales en 2020. Il suffit concernant le parc de se reporter au programme avancé lors des municipales pour constater que la programmation d’un parc y était annoncé.
Un schéma dépassé, un mensonge calculé
C’est dans ce contexte que la présentation d’un schéma totalement obsolète de l’aménagement de la partie sud de la ZAC avait pour objectif de faire croire que la création d’un parc à la Porte de Paris était un choix appartenant à la municipalité actuelle et que la précédente n’en avait aucune intention, pire qu’elle n’avait qu’un projet : construire et bétonner à tout va.
Un mensonge. Ce n’est ni le premier ni le dernier. La campagne des municipales démarre sous de mauvais auspices.
Le plan masse initial date du début des années 2000, la ZAC ayant été créée en 2002. Au plan masse initial d’Antoine Grumbach ont succédé des études de l’agence F. Leclercq fortement interrogées.
On peut le voir avec l’extrait de cette note de juin 2016. La réflexion était largement engagée il y a près de dix ans. Tous les lots initialement prévus sur le plan masse et étant compris dans une bande de 100 m près de l’autoroute avaient vocation selon les scenarii à être soit fortement dédensifier, soit subir une modification de leur destination (du logement au bureau) ou être purement et simplement supprimés.
On remarquera à cette occasion que l’implantation de logements familiaux – dans le cas de ce scénario retenu – est bien plus éloignée de l’A1 (200 m) que ce qui a été annoncé samedi matin par Mathieu Hanotin sur le lot E3 (100 m). Mathieu Hanotin a rejeté toute idée de construction de murs anti-bruit sur l’A1.
Dès ma prise de fonction comme élu en charge de la Porte de Paris en cours de mandat 2014-2020 (en sus de mes délégations territoriales concernant Pleyel et Confluence) j’avais fait part de mon opposition à toutes constructions proches de l’autoroute (hormis un équipement culturel/salle de spectacle dont la ville manque encore cruellement) en vertu de deux considérants : le premier concernant l’impact des pollutions, le second consistant à dire que toute construction de la part de la collectivité sur ce secteur affaiblissait les arguments et le combat pour la suppression de ces mêmes nuisances et donc notre revendication de l’enfouissement de l’autoroute.
C’est d’ailleurs ce qui m’avait déjà conduit sur la partie nord à rejeter la construction d’un Institut Thérapeutique Éducatif et Pédagogique (ITEP) initialement programmé sur le lot I à la jonction de Daniele Casanova et de Vaillant-Couturier, ITEP qui a été en conséquence repositionné au sein de la ZAC Confluence sud.
Qu’a-t-on appris lors de cette réunion ?
Concernant les circulations, les mobilités trois éléments :
– la mise en service en double sens du boulevard Anatole France jusqu’à la Porte de Paris (de fortes craintes ont été exprimées quant à une surcharge possible du secteur),
– la nécessité exprimée lors d’une intervention de repenser et d’offrir des arrêts de bus de qualité à la Porte de Paris tant en terme d’équipements que de capacité.
A cette occasion a été confirmé le nouvel itinéraire du 239 venant de la porte de Paris via Marcel Sembat, rue Désiré Lelay avec un arrêt Place de la Résistance et retour vers Porte de Paris via la rue Gabriel Péri mise en sens unique (les travaux sont en cours). A été annoncée la requalification des anciens abribus dont les bancs seraient conservés afin d’offrir « des moments de pause aux personnes âgées ou ceux qui ont des difficultés à marcher ». Une manière de reconnaitre la dégradation du service public de transport et d’accessibilité à l’hyper-centre.
En l’état, le maintien de ces abribus est essentiel, ceux-ci offrant protection contre la pluie ou les fortes chaleurs ainsi que la possibilité d’être des supports d’informations locales de proximité plutôt que des supports publicitaires. Des boites à livres ne nuiraient pas non plus.
Concernant les constructions et l’espace public :
Sur Daniele Casanova côté sud, reprenant le plan masse initial est confirmée l’arrivée du Novotel et sur le front urbain de Casanova jusqu’au lot E3 de l’Université Internationale de Casablanca (15 000 m2) et une résidence étudiante, l’Institut de formation en soins infirmiers (4900 m2 annoncé – tout cela n’est pas encore stabilisé et est en discussion entre collectivité, Etat, ARS, groupe hospitalier, sont évoqués aussi des établissements répondants aux besoins de formation d’aide soignants et de sage-femmes).
Du côté d’Anatole France le projet Mercialys est toujours en pause compte-tenu d’un recours au Conseil d’Etat. Un projet contesté par les riverains, contestable non pas en raison de la hauteur du bâtiment (de mon point de vue) mais du choix de son implantation qui impacte fortement les habitations de l’impasse Génin.
Les deux « tours » aujourd’hui prévues dans le permis de construire délivré en mars 2021 ainsi qu’une résidence étudiante de 10 étages auraient plus de sens face à la Bourse du travail et la clinique du côté sud du boulevard Anatole France et adressées sur le parc prévu. Un positionnement à cet endroit en supprimerait les impacts tout en permettant de requalifier le secteur (7000 m2 sont occupés par le commerce), reconstituer le front urbain et d’équilibrer l’opération.
Les terrains appartenant à Weepee qui offraient la possibilité d’une articulation avec la ZAC Saulnier sont voués à une activité d’offre sportive et de loisirs privée (terrains de Padel). L’engouement pour cette activité voit les offres se multiplier (rue Charles Michels, au CAO, demain chez Weepee). Dommage pour un terrain (ex-Arkon) qui fut un temps sous maitrise publique.
Coté commerces, l’ex-Franprix à la hauteur du 15 Péri devrait voir l’ouverture d’un G20. La recherche d’un repreneur solide est en cours pour la reprise de l’ex-Hippopotamus initialement livré dans le socle du bâtiment de PCH.
Au cœur des transformations c’est bien la déconstruction des bretelles qui va prendre du temps ainsi que les études environnementales et d’impact prévues par la réglementation (entre 15 à 18 mois) pour l’ensemble du secteur.
On ne se refait pas
Coté parcs, le secteur de la Maltournée que Mathieu Hanotin défini comme une « micro-base de loisirs » devrait être livré en 2028. Drôle de qualification pour cet endroit qui a fait en 2010 l’objet d’un film d’une dionysienne, Marie Tavernier, intitulé Délaissé. Bien que dès l’introduction de la réunion, celui-ci a insisté sur l’enjeu de couture entre le nord et le sud, sur la nécessité de passage et de création d’une nouvelle centralité, le(s) parc(s) programmés seront clôturés et fermés la nuit.
On ne se refait pas. Parc Cachin, Parc Porte de Paris, la même vision se déploie : recoudre la ville, effacer les fractures en érigeant des grilles.
C’est à la rentrée, le 5 septembre, que certains points devraient être précisés à l’occasion de l’assemblée de l’Union des riverains du Stade de France.
Rien de vraiment novateur dans tout cela donc à part la perpective d’une extension du parc de la Légion d’honneur en récupérant un demi hectare sur l’emprise de l’hôpital Casanova aujourd’hui utilisée comme parking. Une vraie avancée à saluer.
Coté pollutions, une stupéfiante annonce de la part du maire. La municipalité avait communiqué sur l’amélioration de la qualité de l’air en annonçant une baisse de 20% des polluants depuis la mise en service de l’échangeur à Pleyel en décembre 2023 au niveau de l’école Anatole France.
Mathieu Hanotin annonce maintenant 30 % mais on ne sait où. Le sait-il lui-même ? On ne sait pas en tout cas d’où il sort ce chiffre puisque le site d’Airparif indique lors de sa dernière synthèse (la cinquième) publiée en février 2025 : « La troisième campagne hivernale a eu lieu du 27 novembre 2024 au 22 janvier 2025. La campagne continue au sein du secteur Pleyel est toujours en cours (série n°71). La prochaine campagne estivale débutera début mai 2025. Une campagne de mesure clôturera la surveillance pluriannuelle sur tout le secteur (comme celle réalisée en 2021). Elle permettra de mesurer la qualité de l’air une fois les travaux terminés et la situation liée au trafic routier stabilisée (ouverture échangeur). »
En toute rigueur, des campagnes de mesures (trafic, qualité de l’air et bruit) sur Pleyel devraient être complétées à la Porte de Paris, sur le boulevard Vaillant-Couturier, Joliot-Curie et sur le secteur Lamaze afin d’objectiver l’ensemble des impacts (report de circulations, pollutions).
Airparif n’a pas encore clôturé ses campagnes de mesures et encore moins les conclusions qu’il faut en tirer que Mathieu Hanotin les livre en réunion publique !
On ne se refait pas. Cerise sur le gâteau, après avoir parlé pendant près de deux heures ne laissant que quelques minutes, et sur des points mineurs pour quelques précisions, à ses deux adjoints Katy Bontinck et Adrien Delacroix, Mathieu Hanotin a conclu la réunion d’une phrase à l’adresse des habitants présents : « Merci, c’était passionnant ».







