Fin août des travaux de voirie rue Dezobry consistant à créer une place de stationnement sur un espace qui avait fait l’objet d’aménagement de végétalisation a fait le miel sur les réseaux sociaux d’élus de la précédente majorité. Ces derniers accusant l’actuelle majorité de vouloir revenir en arrière voire d’abandonner la politique d’adaptation mise en œuvre précédemment. Au-delà de ce qui est apparu à beaucoup comme une intention polémique caricaturale et outrancière, nous avons voulu interroger la majorité sortie des urnes en mars dernier sur ses orientations et ses objectifs. Le Blog de Saint-Denis reviendra sur ce sujet crucial pour rendre compte de son évolution. Point d’étape.
- La précédente municipalité a reconfiguré certaines rues pour répondre aux impératifs d’adaptation au réchauffement climatique. Plantations d’arbres et végétations de diverses natures, cela s’est effectué, entre autres, en centre-ville rue Dezobry, rue Ernest Renan, rue Gisquet, rue Suger. La nouvelle municipalité entend-elle poursuivre cette politique, l’infléchir, l’amplifier ? Quel est d’abord le diagnostic d’ensemble sur ce sujet ?
Notre majorité a été élue sur un programme résolument écologiste alors oui, nous allons faire de la nature en ville une priorité. Nous allons continuer de planter des arbres, amplifier la dynamique et surtout la penser différemment.
Le changement climatique n’est plus une perspective lointaine. Nous connaissons déjà des périodes de fortes chaleurs et nous devons nous préparer à des épisodes de canicule extrêmes plus fréquents, plus longs et qui pourront intervenir de plus en plus tôt dans l’année.
À Saint-Denis et Pierrefitte, villes denses et fortement minéralisées, l’espace public doit devenir un véritable outil d’adaptation au changement climatique au service de la population. Les arbres, la végétation, les sols perméables, l’ombre et la gestion de l’eau doivent désormais être intégrés à la conception même de nos rues et de nos places.
Mais notre ambition ne peut pas se résumer à planter des arbres.
Nous voulons repenser l’espace public dans sa globalité pour qu’il réponde aux enjeux de notre temps.
Un espace public adapté au climat doit aussi être accessible aux personnes en situation de handicap, agréable pour les personnes âgées, adapté aux familles avec enfants et aux jeunes, et plus sûr, notamment pour les femmes.
Nous voulons également sortir d’une conception où chaque espace serait destiné à une catégorie particulière de population. L’espace public doit au contraire favoriser la rencontre.
Une même place doit pouvoir permettre à une personne âgée de s’asseoir, à des enfants de jouer, à des jeunes de se retrouver, à une personne en fauteuil de circuler et à une famille de passer du temps ensemble.
L’adaptation climatique est donc aussi une politique du vivre-ensemble et de la qualité de vie. Notre diagnostic est clair : nous devons transformer progressivement une ville dense et minérale en une ville plus fraîche, plus végétale, plus perméable, mais aussi plus accessible, plus sûre et plus agréable pour tous.
– Quelles sont les rues qui devraient être réaménagées ? Quelles sont les priorités identifiées ? À quelle échéance ?
Nous avons vocation à intervenir prioritairement là où les besoins sont les plus importants, mais nous ne voulons pas décider d’une liste de rues depuis un bureau, sans tenir compte de celles et ceux qui y vivent au quotidien.
Nous devons croiser le diagnostic technique et l’expertise d’usage détenue par les habitants et les usagers de l’espace public.
Cela signifie regarder les secteurs les plus minéraux, les plus exposés aux fortes chaleurs, ceux qui manquent de végétation ou de sols perméables, mais aussi les rues où les problèmes d’accessibilité, de sécurité ou de qualité de vie sont les plus importants.
Nous devons également instaurer une règle verte : se saisir toutes les occasions de travaux de voirie pour intégrer l’adaptation climatique. Il serait incohérent de refaire aujourd’hui une rue sans penser à sa capacité à résister aux conditions climatiques de demain.
C’est pourquoi nous voulons établir une programmation pluriannuelle des interventions, quartier par quartier, avec des critères transparents et partagés.
Cette programmation devra être construite avec les habitants, les commerçants, les associations, les collectifs et les usagers. Les premières priorités doivent pouvoir être identifiées rapidement afin d’engager des opérations, tout en inscrivant les transformations dans une vision à cinq, dix ou quinze ans.
Nous voulons sortir de la logique des « coups partis » et construire une véritable stratégie d’ensemble.
– Si personne ne discute aujourd’hui la nécessité de l’adaptation, des tensions ne manquent pas de se manifester s’agissant de la place attribuée dans les aménagements de voirie entre les besoins de stationnement et l’impératif de constituer sur l’ensemble de la ville une armature végétale capable de jouer son rôle de climatiseur dans un tissu urbain dense. Comment voyez-vous cela ? Comment entendez-vous résoudre cette tension ?
Cette tension existe et il faut l’assumer sans opposer les habitants et les usages entre eux.
Il faut se le dire, le stationnement répond à des besoins réels. Il faut prendre en compte les habitants qui utilisent leur voiture, les commerçants, les artisans et les professionnels qui ont besoin de livrer et de travailler, mais aussi les besoins spécifiques des personnes en situation de handicap.
Dans le même temps, nous devons pouvoir offrir des rues où l’on peut marcher dans de bonnes conditions, avec de l’ombre, de la végétation, des trottoirs accessibles et des espaces publics agréables. Cela suppose de porter une réflexion sur la place de l’automobile en ville.
L’espace public n’est pas extensible. Il faut donc faire des choix.
Notre objectif n’est pas de supprimer du stationnement simplement pour planter des arbres. Nous souhaitons un espace public qui répond aux besoins de chacun et à nos enjeux collectifs, notamment écologiques.
Cela suppose de mieux connaître les usages réels du stationnement, de lutter contre le stationnement abusif et les voitures ventouses, de préserver les places nécessaires aux personnes en situation de handicap et aux activités professionnelles, et de mieux utiliser les capacités de stationnement existantes.
Mais nous devons aussi reconnaître qu’un arbre n’est pas un élément décoratif. Une plantation en pleine terre, un sol désimperméabilisé ou une zone d’ombre sont de véritables infrastructures pour la ville de demain.
C’est pourquoi nous devons concevoir des espaces publics moins figés et davantage capables d’accueillir plusieurs usages.
– On sait que la pression du court terme, des besoins du court terme sont souvent un obstacle à la construction et à l’acceptation de politiques publiques qui visent à répondre au moyen et au long terme en matière d’adaptation. De là naissent des conflits, comment entendez-vous gérer cela ? Un des rôles de la puissance publique n’est-il pas aussi de s’affronter aux résistances en la matière, de dépasser les besoins à court terme ?
Si les élus sont chargés de répondre aux enjeux de quotidienneté, préparer l’avenir est également au centre de nos missions. Et les deux ne doivent pas s’opposer.
Mais préparer l’avenir ne signifie pas ignorer les difficultés du présent.
Quand un habitant nous parle de stationnement, il faut l’écouter. Quand un commerçant nous explique ses contraintes de livraison, il faut les prendre en compte. Quand une personne en situation de handicap nous signale qu’un aménagement est difficilement accessible, nous devons l’entendre et adapter le projet.
La concertation doit être réelle. Mais la concertation ne signifie pas que tout est négociable. Notre responsabilité politique est de fixer des objectifs : adapter la ville au changement climatique, améliorer l’accessibilité, renforcer la sécurité et améliorer la qualité de l’espace public. Ensuite, nous devons construire avec les habitants les meilleures réponses possibles pour atteindre ces objectifs. C’est là toute la différence entre une concertation de façade et une véritable co-construction.
Nous devons expliquer les contraintes, présenter les choix possibles, entendre les objections et faire évoluer les projets lorsque cela est pertinent. Mais nous devons également être capables d’assumer une décision lorsqu’elle est nécessaire à l’intérêt général et à la préparation de la ville de demain.
Le courage politique, ce n’est pas de nier les résistances. C’est de les entendre, de les dépasser par le dialogue et, lorsque c’est nécessaire, d’assumer les choix qui permettront de protéger l’avenir.
– Concrètement, quelle est la politique que la municipalité et le territoire entendent mener dans la mandature qui vient ? À l’image d’un Plan Pluriannuel d’investissement (PPI), quel serait, à titre de comparaison, un « Plan Pluriannuel d’Adaptation Climatique (PPAC) » à mettre en œuvre ?
Nous ne partons pas de rien.
Plaine Commune a adopté en décembre 2025 un Plan Climat Air Énergie Territorial (PCAET) 2026-2032. Ce document constitue désormais le cadre territorial de référence pour l’adaptation au changement climatique. Il comporte notamment un axe consacré à l’adaptation et à la résilience, avec des actions concernant la végétalisation, la transformation des espaces publics, la gestion de l’eau, l’adaptation des parcs et jardins, ainsi que l’élaboration d’une stratégie d’adaptation fondée sur la Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC) [1] .
Notre ambition n’est donc pas de créer un dispositif qui ferait doublon avec celui de Plaine Commune.
Ce que nous voulons, c’est traduire ce cadre territorial dans une programmation municipale concrète, quartier par quartier, en tenant compte des compétences respectives de la commune et de Plaine Commune.
À l’image d’un PPI, nous voulons être capables de répondre très concrètement à quatre questions : où agir en priorité, sur quoi agir, dans quel calendrier et avec quels moyens ?
Nous proposons donc d’établir, en ce début de mandature, une programmation pluriannuelle municipale de l’adaptation climatique, articulée avec le PCAET de Plaine Commune.
Elle identifiera les secteurs les plus exposés aux fortes chaleurs, au manque d’ombre, au ruissellement ou au déficit de végétation, et permettra de hiérarchiser les interventions : végétalisation, création d’ombre et d’îlots de fraîcheur, désimperméabilisation, gestion des eaux pluviales, adaptation des places et des cheminements, mais aussi accessibilité, sécurité et protection des publics les plus vulnérables.
L’enjeu est surtout de passer d’objectifs généraux à une programmation lisible pour les habitants, avec des projets identifiés, un calendrier, des moyens et un suivi annuel.
Cette programmation devra également intégrer un principe qui nous paraît essentiel : la modularité de l’espace public.
Face au changement climatique, nous ne pouvons plus concevoir des espaces publics comme des aménagements figés pour plusieurs décennies. Ils doivent pouvoir évoluer dans le temps : davantage d’ombre et de fraîcheur, plus de végétation, des sols plus perméables, une meilleure gestion de l’eau.
Mais ils doivent aussi pouvoir évoluer avec les usages.
Une place peut être calme au quotidien et accueillir ponctuellement un marché, une fête de quartier, une brocante, une animation associative ou un événement culturel ou sportif. Cela suppose de penser dès la conception aux espaces libres, aux cheminements, à l’accessibilité, au mobilier déplaçable, aux branchements et aux différents usages temporaires.
L’espace public de demain ne doit pas seulement être adapté au climat de demain. Il doit être adaptable aux habitants de demain.
Notre ambition est donc de faire de l’adaptation climatique un critère transversal de nos investissements et de nos projets urbains, et non une politique supplémentaire venant s’ajouter aux autres.
Le Plan Climat Air Energie Territorial de Plaine Commune donne désormais le cadre territorial et la TRACC nous donne une trajectoire climatique de référence. À nous de faire en sorte que ces orientations se traduisent concrètement dans chaque quartier et dans chaque projet municipal, en lien étroit avec Plaine Commune, qui exerce des compétences essentielles en matière de voirie et d’espace public.
– La précédente municipalité a beaucoup communiqué sur des milliers d’arbres plantés, or cela a été maintes fois interrogé, contesté sur les réseaux sociaux, d’autant qu’il n’y a jamais eu de transparence, de données quantitatives factuelles, localisables rendues publiques. Pouvez-vous rendre publique ce qui a été accompli au titre de la « Politique de l’arbre » dans les deux mandats précédents, de 2014 à 2026 ? Les montants consacrés, les nouvelles plantations, les remplacements, et une cartographie du travail réalisé ?
Il existe déjà des données permettant de documenter une partie de ce bilan. Le bilan de Plaine Commune pour 2020-2022 comptabilise, pour Saint-Denis, 1748 arbres plantés, dont 1399 nouvelles plantations et 349 remplacements. Pour Pierrefitte, 313 arbres, dont 299 nouvelles plantations et 14 remplacements.
À l’échelle de Plaine Commune, ce bilan fait état de 6338 arbres plantés en 2020-2022, dont 5078 nouvelles plantations et 1260 remplacements. En 2023, 3159 arbres ont été plantés, puis 3115 en 2024, dont 2554 nouvelles plantations.
Plaine Commune indique aujourd’hui gérer environ 46500 arbres et avoir planté près de 19000 arbres depuis 2019.
Ces chiffres montrent qu’il y a bien eu un effort important de plantation. Ils montrent aussi les limites d’une présentation uniquement fondée sur des chiffres globaux : pour être pleinement lisibles, ces chiffres doivent pouvoir être replacés dans leur contexte, notamment en distinguant les nouvelles plantations des remplacements et en permettant d’en connaître la localisation.
Notre volonté est simplement de passer d’une logique d’annonce à une logique de transparence et de vérification.
Concernant les financements, plusieurs budgets concourent à la politique de l’arbre. En 2019, Plaine Commune indiquait notamment un budget de fonctionnement mutualisé de 850.000 euros par an pour les arbres de voirie.
Enfin, Plaine Commune dispose aujourd’hui d’une carte interactive des arbres qu’elle gère, réalisée à partir de ses données ouvertes. Elle permet de localiser le patrimoine arboré actuel et constitue un outil de transparence utile.
Le Plan Arbre 2030, adopté en 2023, fixe l’objectif de 20000 arbres supplémentaires d’ici 2030. Nous poursuivrons cet effort avec une méthode différente : moins de communication sur des chiffres globaux, davantage de transparence sur les réalisations concrètes, leur localisation et les moyens qui leur sont consacrés.
– Pour conclure, comment pouvez-vous résumer votre orientation ?
Au fond, notre projet est de passer d’une logique de plantation à une véritable politique de transformation de l’espace public.
Nous voulons préparer Saint-Denis et Pierrefitte aux chaleurs de demain, rendre nos rues plus fraîches, plus vertes et plus perméables, mais aussi plus accessibles et plus sûres.
Nous voulons des espaces publics qui ne soient pas réservés à certaines catégories de population, mais aux enfants, jeunes, familles, personnes âgées et personnes en situation de handicap puissent se côtoyer et partager les mêmes lieux.
Et nous voulons des espaces vivants et évolutifs.
Des espaces capables de s’adapter au climat, aux saisons, mais aussi aux usages des habitants.
Parce qu’un espace public peut être un lieu de passage au quotidien, un lieu de repos, un lieu de rencontre, mais aussi demain le lieu d’une fête de quartier, d’une brocante, d’un marché ou d’un événement culturel.
Notre ambition est de construire un espace public plus végétal, plus résilient, plus accessible, plus sûr, mais surtout plus vivant, plus partagé et capable d’évoluer avec la ville et avec ses habitants.
PS : Concernant la « Politique de l’arbre » menée à Plaine Commune dans les deux mandats précédents, de 2014 à 2026, nous souhaitions en avoir une vision à la fois quantitative et qualitative. Nora Bensalah et Steeve Deguigné n’ont pas été en mesure d’y répondre pour une question de temps. Nous y reviendrons dès que possible.
Les illustrations sont issues des documents de Plaine Commune.


