25 avril 2024. Le top départ, à gauche, des municipales de mars 2026 dans une salle comble. La colère des Dionysien.nes. L’alternative en marche

, par Michel Ribay

Il y avait beaucoup de monde ce jeudi 25 au soir à l’école Jean Vilar. Le préau a fait salle comble, réunissant 200 personnes pour prendre connaissance des résultats du questionnaire lancé il y a un an par le groupe d’opposition au conseil municipal Saint-Denis à gauche ! Si la restitution des réponses apportées par les habitants s’est déroulée autour de trois thèmes dominants – l’éducation, la prévention/sécurité, la démocratie locale – sur lesquels de nombreux intervenants sont revenus par la suite –, beaucoup dans la salle avait l’esprit taraudé par une préoccupation essentielle : et maintenant quelle est la suite ? Quant au présent, il a été rappelé l’importance de donner à la votation citoyenne contre le projet de fusion de Pierrefitte et de Saint-Denis un écho d’ampleur : votez !

La préparation, l’organisation commune de la soirée, l’ordonnancement, la répartition des prises de parole, la présence des deux députés, Stéphane Peu et Eric Coquerel auxquels s’est adjoint une nouvelle organisation, la Seine-Saint-Denis au cœur, représentée par Bakary Soukouna, a permis d’afficher un double message, celui aujourd’hui du rassemblement des partis et des forces divisées en 2020 (le PCF et la LFI), et le top départ du lancement, à gauche, de la campagne des municipales.

Une vue partielle du préau de l’école Jean Vilar.

Il aura donc fallu presque 4 ans pour que les plaies ouvertes par la division de mars et la défaite de juin 2020 parviennent à se cicatriser. Reste à en effacer les traces, les stigmates et les mauvais réflexes.

« Ça suffit les conneries ! »

L’aspiration à l’union est forte, très forte chez les habitants. Indispensable et incontournable mais loin d’être suffisante. Pire, elle pourrait, si on n’y prend garde, en la réduisant à ces deux forces politiques, avoir l’effet d’un trompe l’œil. Pour parler crument, beaucoup l’expriment d’un « Ça suffit les conneries ! » adressé, sans distinction aux uns et aux autres. On y souscrit.

Espérons que nous sommes bien engagés dans ce long chemin pavé d’embuches. De ce côté là tout est loin d’être abouti. On désigne tant au PCF qu’à LFI des chefs de file pour les municipales. Sofia Boutrih devrait être investie pour le PCF comme l’indique Le Parisien dans son édition du 25 avril ; Alexandre Schon, militant LFI, a excusé l’absence de Bally Bagayoko – présenté comme « chef de file LFI pour les municipales » – qui salue la démarche de la soirée.

Au-delà des personnes quel est le véritable enjeu ?

Sans une attention constante à construire et fortifier le rassemblement, les logiques partidaires reprennent vite le dessus, gomment l’indispensable pluralité des points de vue, leur expression et leur incarnations et conduisent à passer à côté de ce qui permet une victoire : un retour critique sur le passé, l’élargissement, la coalition de tous les mécontentements, une stratégie partagée, une méthode démocratique de conduite de la campagne et… une vision de la nature de l’exercice du pouvoir municipal et des modalités de son contrôle, de son questionnement par les citoyens.

C’est sans nul doute sur toutes ces dimensions qu’il faut se pencher.

Premier acte d’une « réconciliation » l’assistance a réuni le cœur fidèle de militants, sympathisants, compagnons de route des forces politiques. Des visages connus, investis depuis longtemps dans le combat politique, associatif, des actions de solidarité de toutes sortes. Une force politique indispensable qui aujourd’hui encore organise la bataille pour les bus en centre-ville, combat le projet de fusion, résiste avec les agents, à travers l’action syndicale à la politique de casse sociale du maire et de sa majorité.

Pourtant indispensable, le renouvellement générationnel ne s’exprime aujourd’hui qu’au travers de représentations partidaires. Cela ne suffira pas.

Landry Ngang, un des intervenants représentants de cette nouvelle génération, militant LFI, indiquait par ailleurs dans le même article du Parisien : « S’il n’y a pas d’accord sur le programme, il n’y aura pas d’accord tout court. Tous les Insoumis de France vous le diront : on ne lâchera jamais sur ce point. L’objectif n’est pas de battre Hanotin pour le battre à tout prix. C’est de construire une alternative avec un programme qui rompt clairement avec les méthodes de l’actuelle municipalité et la casse sociale menée depuis quatre ans. »

Le programme… comment ?

« Rompre clairement avec les méthodes de l’actuelle municipalité et la casse sociale menée depuis quatre ans » ? Sur ce point tout le monde s’accordera. C’est bien le minimum.

Il y aura surement quelques frictions et désaccords sur le programme, preuve d’un véritable débat démocratique transparent. C’est bien normal. Et si elles sont à trancher ce sont les Dionysien.nes qui seront amenés à le faire dans la campagne, quel que soit ce qu’en pensent « tous les Insoumis de France » ou tout autre force politique.

C’est bien là aussi, un des enjeux : comment construire démocratiquement un programme, comment les citoyens pourraient-ils s’en emparer si ils ne le construisent pas eux-mêmes et s’il n’est soumis qu’à l’imprimatur des organisations ?

Démocratie…

Comment, dans un moment de profonde crise démocratique, de défiance citoyenne, comment gagner sans se fixer comme objectif de se tourner d’abord, dans la campagne qui s’ouvre, déjà ouverte, et vite, vers ceux qui ne votent plus, ne votent pas, sans construire des garanties d’exercice démocratique, de contrôle même, de la conduite des affaires municipales ?

On ne pourra faire ni l’économie de cette dimension dans la conduite de la campagne ni de l’expression plurielle des sensibilités et des personnes et encore moins de l’irruption indispensable dans le champ politique de ceux qui ne votent pas ou plus. Remettre les habitants au cœur des décisions des politiques menées est un impératif.

Partir des aspirations – réparer – pour tous ceux qui d’une manière ou d’une autres ont été ignorés, méprisés, maltraités par la majorité municipale est un socle : personnes âgées, handicapées, jeunesse, commerçants, enseignants, parents d’élèves, associations sportives et de solidarité, acteurs culturels… la liste est longue ! Sans compter les agents communaux et ceux de Plaine Commune.

Redonner sens aussi, au moment où le maire joue une carte et son avenir personnel avec son OPA sur la ville de Pierrefitte, à un projet coopératif avec d’autres municipalités, au sein de Plaine Commune, est nécessaire. Un bassin de vie commun mérite mieux que ce qui lui est assigné aujourd’hui comme territoire d’événementiel, de tourisme et d’hôtellerie.

… Ecologie… justice sociale…

Un pan aveugle du questionnaire et lors des interventions doit être pointé : la transition écologique, la réponse au défi climatique. Ce sujet d’une importance capitale, liée à la question de la justice sociale, doit constituer l’armature d’un programme dans toutes ses dimensions.

Sur ce sujet comme sur d’autres, la municipalité actuelle, communique beaucoup mais agit peu. Le ralliement début 2023 des propriétaires de la marque EELV est une des pires caricatures des pratiques politiciennes sans foi ni loi où l’intérêt personnel tient lieu de boussole ; conséquence délétère inéluctable d’accords d’appareils qui ne représentent en rien l’aspiration de beaucoup à Saint-Denis et en particulier de jeunes générations pour qui c’est un pré-requis pour l’avenir. Il en va de celui de la plus jeune intervenante de cette soirée, une enfant de 9 ans qui a appelé l’assistance à … « se révolter » !

Donner corps à l’attente, à l’espoir qui s’est exprimé ce jeudi 25 avril, offrir une perspective de sortie à ceux qui refusent « qu’on laisse notre ville partir en lambeaux », comme l’a justement exprimé un participant, passent par ces exigences. Un premier pas important a été franchi ce jeudi 25 avril.

Elles permettront de donner satisfaction au dernier intervenant de la soirée qui, bien qu’ayant voté Mathieu Hanotin en 2020, a conclu, à l’adresse du maire et de sa majorité, par un cinglant « Trois petits tours et puis s’en vont ».

D’ici là, au travail ! L’alternative est impérative et à portée de main. Toutes et tous ensemble.

Article modifié à 18h06. Un nouveau comptage des participants (200 personnes) à partir de photos. Celui de plus de 150 a été effectué peu après 19 h.

PS : Nous publierons très prochainement les éléments de réponses au questionnaire dans un autre article du Blog.