Enlèvement de la sculpture de Nicolas Cesbron en hommage aux victimes de l’esclavage. Un communiqué de la ville sur Facebook, le mardi 2 avril à 18 h. Honteux et mensonger. Toutes celles et ceux qui ont été choqués sont appelés à se rassembler, jeudi 4 avril à 18 h30, sur ce lieu de mémoire

, par Michel Ribay

La municipalité ne sait plus quoi faire, quoi inventer pour effacer sa maladresse, sa manière de faire cavalière et cela dès le début de cette affaire. Si le Maire a reconnu une « maladresse » et s’en est excusé lors d’un échange avec Nicolas Cesbron ce mardi 2 avril dans l’après-midi, elle persiste en matière de communication publique à réécrire l’histoire, dénonce « des volontés d’instrumentalisation politique » alors qu’elle n’a, à aucun moment, depuis l’annonce publique de la déposition par le blog de Saint-Denis le 30 mars, entrepris aucune démarche, aucun geste, aucun appel en direction des acteurs concernés. Ce n’est par ailleurs que ce mardi 2 avril que Nicolas Cesbron a eu confirmation de l’endroit où se trouvait la sculpture en question.

Prenons les choses dans l’ordre.

Le 30 mars le Blog de Saint-Denis s’interroge avec le titre suivant : « Où est passée la sculpture de Nicolas Cesbron en hommage aux victimes de l’esclavage ? ».

Cet article est publié sous la signature de La Rédaction le 30 mars à 15 h.

Cet article ne comporte aucune attaque, ne tire aucune conclusion.

Rappelant le sens de cette sculpture, il ne dit que ceci : "A deux pas de la médiathèque du centre-ville, de la Basilique, de l’hôtel de ville de Saint-Denis, de la Maison d’éducation de la Légion d’Honneur, à l’ombre de grands arbres, vestiges d’anciens jardins, la sculpture, réalisée par l’artiste dionysien Nicolas Cesbron, était le symbole de la journée de commémoration qui rassemblaient, depuis le 23 mai 2013, tous ceux qui voulaient rendre hommage aux victimes de l’esclavage. Elle n’est plus là. Ni la plaque commémorative. Et aucun mot ne vient expliquer sa disparition. Seul trône aujourd’hui, à quelques mètres du socle, un anneau olympique planté en terre dans un massif de plantes."
Ces quelques lignes se conclue avec cette interrogation :
«  L’olympisme contre la mémoire de l’esclavage ? »

Rien de plus rien de moins. Le 31 mars, le Blog de Saint-Denis ne publie rien.

Le 1er avril en revanche, disposant d’un certain nombre d’informations, de sources multiples, un article parait. Après le temps des questions, d’une question : « Où est passée la sculpture de Nicolas Cesbron en hommage aux victimes de l’esclavage ? » vient le temps de l’analyse.

Du sens a donner à ce qui s’est passé. De ce qui a été écrit le 1er avril, pas un ligne, pas un mot n’est à retrancher.

Pourquoi ? D’abord parce que, connaissant Nicolas Cesbron, et constatant la disparition de sa sculpture, je l’ai contacté pour savoir, pour comprendre. Un de ses amis que nous nommerons Bertrand Revol aurait fait de même. Il aurait découvert comme moi, – il l’a été plus tard – Nicolas Cesbron stupéfait, choqué, sans voix, dévasté, le mot n’est pas trop fort.

Bertrand Revol appelle ce jour dans des échanges sur Facebook à « ne pas créer de pataquès » après « cette bévue ».

Personne n’a souhaité créer un pataquès. Ce ne sont ni les associations ni l’artiste qui ont souhaité le déplacement place Robert de Cotte de cette sculpture mémorielle, ce que précise Jaklin Pavilla dans un échange sur Facebook (que nous publions ci-dessous). Et encore moins sa déposition en catimini.

Ce n’est pas non plus l’association Sonjé qui a décidé de créer un pataquès, en revanche elle aussi dans son communiqué adressé à Mathieu Hanotin (que nous publions) fait part de sa réprobation : « Nous étions à notre tour abasourdis car pas informés de l’enlèvement comme prévu. Pourtant vous nous aviez confirmé de nous associer à chaque étape du déplacement de la Stèle. Faut il le rappeler ici, que cette Stèle est plus qu’une simple sculpture, elle représente symboliquement pour nous, la dernière demeure de nos ancêtres, où nous nous recueillons. »

L’article paru le 1er avril dans le Blog de Saint-Denis ne dit rien de plus. Si une chose. Et nous réitérons.

Que c’est la manière de faire de la municipalité, sans aucun doute du cabinet du Maire, écrivions nous, qui a créé non pas un pataquès a postériori mais comme nous le disions : « un comportement cavalier – un de plus – maladresse, avanie, outrage, dont tous les Dionysiens auraient du être préservés. »

Nous persistons à l’écrire. Vous avez créé plus qu’un pataquès. Vous êtes responsable de vos actes. Et vous tentez de vous en défausser, agitant maintenant l’épouvantail éculé de « l’instrumentalisation politique ».

Cela dit au passage, on s’étonnera – en toute amitié – de la réaction de Bertrand Revol. Ne pas en faire un pataquès ? Bertrand Revol. Franchement. Lui même fut traité de la sorte par la municipalité, il en fut lui aussi, stupéfait, choqué, dévasté. Son pataquès pris la forme d’une démission. Qui s’avéra une libération.

Certains sont encore traités pareillement. Nous le confirmons, même les élus concernés n’ont pas été prévenus. Boulette interne. Outrage public. Mensonges et faux-fuyant. Tout faux.

Face à tout cela, les amis, les soutiens, les choqué.es, les outrés, les blessés, les ça suffit, les c’en est trop, qui exigent respect et considération, se retrouveront jeudi à 18 h30 dans les anciens jardins de l’hôtel-dieu, tout près d’un socle vide mais fiers d’être là, ensemble et… sans pataquès.

Le communiqué de la ville.