Entretien des écoles : le naufrage des engagements et promesses du candidat Mathieu Hanotin en 2020

, par Jacques

C’étaient les promesses du candidat Mathieu Hanotin et de son équipe lors de la campagne municipale de 2020 : audits annuels dans chaque école réalisés avec le conseil d’école, plans pluriannuels d’entretien et de rénovation en priorisant les groupes scolaires les plus anciens et l’engagement d’interventions rapidement effectuées pour résoudre les petits désordres. Bilan des engagements.

[doc cahiers affiche entretien]

 Un budget entretien largement insuffisant
 Refoulements au Rouillon : une gestion catastrophique
 Chauffage : 19 écoles touchées tout l’hiver 2024-2025
 Mai 2025 : Un plan pluriannuel de travaux, enfin !
 Travaux : des priorités décalées
 Ménage : de la dégradation à l’insalubrité
 Ménage : et maintenant, des cafards
 Les alertes des parents, minimisées ou ignorées
La lettre ouverte de 12 écoles et groupes scolaires de la ville, 2/12/25
 Un « remède » pire que le mal

Entretien des écoles : promesses de campagne du candidat Hanotin en 2020

Audits annuels dans les conseils d’école ? En 6 ans, cela n’a jamais été à l’ordre du jour d’aucun conseil d’école. Plans pluriannuels ? En septembre 2024, en audience avec les parents qui demandaient un calendrier des travaux pour l’année à venir, l’adjointe à l’éducation leur répondait que ce n’était pas possible, qu’elle ne voulait pas faire de promesses qu’elle ne pourrait tenir, les travaux d’urgence absorbant l’essentiel du budget . Interventions rapides ? La vingtaine d’écoles qui ont été touchées par l’interruption du chauffage tout l’hiver 2024-2025 pour des problèmes bénins (panne de thermostat ou radiateurs trop vieux) ou plus lourds (canalisations endommagées), signalés pour certains depuis plusieurs années, pourront en témoigner.

Calendrier des travaux : impossible à tenir selon Mme Temel le 6/09/24

Un budget d’entretien largement insuffisant

À la décharge de l’équipe Hanotin, l’entretien des écoles laisse à désirer à son début de mandat. Depuis des années, un groupe scolaire sortait de terre pratiquement chaque année, pour 20 à 30 millions d’€, et les travaux d’entretien ont pris du retard. La situation change radicalement à partir de 2020 : la démographie se stabilise, il n’est plus nécessaire de construire des écoles. En 6 ans, la nouvelle majorité peine à finir le groupe scolaire Lili-Boulanger lancé en 2018 (livraison 2025 après des années d’Algeco), et a tout juste commencé en fin de mandat la construction du groupe scolaire Village olympique et paralympique dont la livraison est prévue pour 2027-2028 (bien après celle des appartements du nouveau quartier). Les crédits considérables destinés auparavant à la construction pourraient donc être redirigés vers le rattrapage de l’entretien.
C’est dans ce contexte que Mme Temel, l’adjointe à l’éducation, vante l’augmentation du budget entretien, passé de 1,5 à 5 millions d’euros. Problème : c’est très largement insuffisant, elle le reconnaît elle-même en avouant son incapacité à établir et tenir un plan de travaux. Pourtant, en 6 ans de mandat, cela n’évolue pas. Bien que la machine se grippe (conjuguée à d’autres facteurs il est vrai, comme la désorganisation des services, résultat d’un turn-over important entraîné par une politique sociale musclée source selon de nombreux agents et leurs organisations syndicales de souffrance au travail).

Le Rouillon : ça refoule

La gestion catastrophique des refoulements d’égouts consécutifs aux fortes pluies, dans la maternelle du Rouillon, en septembre 2024, laisse aux parents un goût amer. La seule activité de la ville pendant 5 mois, où l’école a quasiment été abandonnée à elle-même, fut de tenter de discréditer sur les réseaux sociaux les parents mobilisés avec un compte très actif… Des parents qui ont dû eux-mêmes participer au pompage des eaux usées avec du matériel fourni par des mécènes, au plus gros du nettoyage des locaux inondés. Fin janvier 2025, il était encore possible de constater l’état des lieux. Dans le dortoir toujours utilisé par les petits, les meubles n’avaient pas été déplacés, les cloisons de plâtre n’avaient pu sécher et la moisissure proliférait, avec une odeur qui prenait à la gorge. Les enfants occupaient encore des classes non assainies. Des locaux de secours servant de classe n’étaient toujours pas aménagés (pas de tableau…)...

A l’entrée du dortoir des petits, 5 mois après le refoulement, une odeur âcre de moisissure.

Chauffage : des locaux à 6 °C en janvier

Il faudra attendre 2025 et la mobilisation des parents autour du chauffage (et peut-être l’approche des élections) pour que les élus se réveillent, essayant de justifier que 19 groupes scolaires puissent être touchés par des pannes de chauffage depuis le début de la saison de chauffe, sans que rien n’ait été fait ni aux vacances de la Toussaint, ni à celles de Noël. Laissant des enfants à des températures mesurées jusqu’à 6 °C, des maternelles envoyées en tenue de ski dans les dortoirs... En audience le 15/01 avec les parents, la Ville annonce des travaux pour les vacances de février, la plupart auront en fait lieu l’été.

C’est donc un hiver entier sans chauffage, dans des dizaines de salles de classe, de dortoirs de maternelle, de cantines, de salles périscolaires, qu’auront vécu les enfants de Saint-Denis. Une situation qui en fait, dans certains cas, remontait à plusieurs années, les alertes des parents et des écoles restant vaines. Les "grille-pains" chichement distribués se révèlent largement insuffisants pour les volumes à chauffer, de plus ils ne peuvent être mis à fond puisqu’ils font sauter les plombs d’installations non dimensionnées pour un recours à ce type de chauffage (sans parler du danger d’incendie induit). Une situation qui n’est toujours pas réglée malgré les promesses de mai 2025, puisque de nouveau plusieurs écoles sont touchées cette année par des pannes de chauffage, et que de nouveau les alertes des parents résonnent dans le vide...

Température mesurée dans le réfectoire du Franc-Moisin.

Dernière année de mandat : enfin un plan pluriannuel de travaux !

Cette mobilisation aura aussi permis, enfin, la mise en place du plan pluriannuel de travaux promis depuis 5 ans, présenté aux parents le 20 mai 2025. Un plan qui acte le retard pris sur des travaux lourds dans les groupes scolaires les plus anciens, que pourtant le candidat Hanotin annonçait en 2020 comme prioritaires.
À l’exemple de l’élémentaire Langevin, où une campagne de travaux pluriannelle avait été engagée dès 2019, initiée par la précédente équipe. Les menuiseries en constituaient la deuxième phase, en raison de leur vétusté (portes d’entrée des préaux qui ne ferment plus, salles brûlantes l’été et froides l’hiver…). Une deuxième phase sans cesse repoussée depuis 2020, et finalement annoncée, le 20 mai 2025, à l’occasion de la présentation du plan pluriannuel, pour… 2026. Après les élections. Un mandat pour rien.

Autre exemple, l’élémentaire Hugo, où les parents attendent depuis 2023 des travaux maintenant annoncés pour 2027. La maternelle du Stade, un ancien bâtiment, là encore, où toujours rien n’est prévu malgré la vétusté des locaux, portant atteinte à la salubrité et à la sécurité, et les vaines alertes des parents depuis plusieurs années.

Un plan, et des priorités… décalées

Un plan qui révèle aussi un certain décalage entre les besoins des écoles et les priorités de la Ville, qui restent constantes depuis le début de mandat. La cour-oasis, c’est bien. Quand ça vient à la place de l’isolation et de la réfection des menuiseries, comme à l’été 2020 à Langevin, ça interroge. Cette cour-oasis aura largement servi dans les plans de communication des élus. Qui auront en revanche omis le gaspillage d’énergie, l’inconfort des salles de classes non isolées, et les problèmes de sécurité de portes d’accès non sécurisées entraînés par cette priorisation au détriment des menuiseries.

Une cour-oasis à 300 000 € à l’élémentaire Joliot-Curie pour l’été 2025, c’est bien. La réparation des portes coupe-feu dans de nombreuses écoles pourrait être considéré comme une priorité, même si c’est moins glamour dans les plans com.

Autre priorité qui interroge, les toilettes mixtes imposées sans débat avec les parents. Et pourtant un débat de fond est indispensable, dans chaque école, avant d’éventuellement réaliser cette mixité sujette à discussion dans un lieu où l’intimité est essentielle. D’autant que les représentants de parents dénoncent régulièrement l’insalubrité des toilettes due au manque d’entretien. Entretien qu’ils considèrent comme prioritaire.

Ménage : de la dégradation à l’insalubrité

Car l’autre grand sujet, c’est le ménage. Privatisé progressivement depuis 2022, école par école, il a échu à des sociétés à la réputation sulfureuse, en particulier Derichebourg. Depuis le début, les parents s’opposent à cette privatisation qu’ils jugent nocive : perte de contact des enfants avec des personnels précarisés, anticipation de la baisse de qualité du nettoyage en raison de la course au profit du secteur (largement documenté, entre autres dans un numéro de Cash Investigation).

Mais aussi dégradation des conditions de travail des employées (pas seulement, mais souvent des femmes), que les parents et les enfants côtoyaient jusque-là, et qui ne faisaient déjà pas partie des privilégiés : pour de nombreux parents, l’école ne doit pas être un lieu où les enfants sont confrontés à la surexploitation de personnels précaires. Une démarche contradictoire dans une ville qui met en avant sa préoccupation pour les droits des femmes, avec la nomination d’une adjointe aux droits des femmes.

A ces arguments, Mme Temel répond par une remise en cause du sérieux au travail des agentes de la Ville, trop absentes, ce qui n’a pas manqué de choquer les parents qui les côtoyaient et les appréciaient, d’autant que la Ville ne remplace que très peu les personnels absents. Et vante l’économie réalisée par le passage au privé. L’économie sur le personnel, c’est effectivement la recette standard dans les entreprises. Mais une mairie doit-elle se comporter comme une entreprise dont le seul objectif est le profit ?

Ménage privatisé : et maintenant, des cafards

La privatisation progresse école par école, depuis 2022, au fur et à mesure que les agents partent. Et cette mise en place progressive a confirmé les pires craintes des parents.

Le constat, 3 ans après, est sans appel :

  • insuffisance des heures de nettoyage contraignant les salariés à un travail bâclé ;
  • souvent le nettoyage se fait en dehors des heures scolaires ;
  • perte de contact entre les enfants et des personnels précaires, qui changent régulièrement, ne parlant parfois pas français, sur lesquels la Ville n’a aucun contrôle ;
  • anciens personnels de la ville basculés sur le privé décrivant un quotidien épuisant, avec des amplitudes horaires empêchant la vie de famille ;
  • signalements réguliers par des parents de salariés maltraités, voire non payés, en situation extrême de précarité.

Le résultat sur l’entretien est dénoncé sans relâche : locaux sales, pour lesquels enseignants et enfants doivent mettre la main au balai, toilettes dénoncées comme insalubres (Vallès, Guesde, L’Estrée, Langevin, Stade...), les enfants préférant se retenir que d’y aller. Vomis ou autres salissures ponctuelles restent en place des heures en attendant les heures de passage de la société (les gardiens sont désormais censés intervenir sur ces désordres, mais leur fonction première essentielle pour la sécurité de l’école ne les y autorise pas toujours).
Les souris et… les cafards, qui cette année font une entrée en force dans les écoles de Saint-Denis. Les actions ponctuelles de destruction se révèlent inefficace en raison des problèmes d’hygiène qui demeurent.

Les alertes des parents, minorées ou ignorées

Le 2 décembre 2025, une douzaine d’écoles envoient un courrier commun à la Ville. En parallèle, plusieurs écoles envoient des courriers de leur côté, sur des problèmes de propreté et/ou de bâti : maternelle L’Estrée, maternelle du Stade, maternelle Joncherolles… à chaque fois, les élus temporisent, quand ils répondent.

Le 17 février 2023, déjà, un premier courrier collectif signé par une quinzaine d’écoles et de groupes scolaires avait été envoyé à l’adjointe à l’éducation. La réponse de la Ville ? L’objectif de la privatisation était « d’apporter des réponses à des dysfonctionnements » liés à « l’absentéisme ». La réponse mêle contre-vérités (« trois passages quotidiens dans les sanitaires » : c’est 2 à Langevin, 1 à Vallès...), affirmation d’« ajustements qui ont été mis en place » (lesquels ?), et contre-feu invérifiable : « Dans bon nombre de conseils d’école des améliorations ont été saluées par les directions d’écoles, et, comme à Jules-Guesde, par les enfants » : quelles écoles, on ne sait pas, quant aux enfants ils n’ont pas de délégués aux conseils d’école, et Jules-Guesde est justement une école où parents et enseignants se plaignent de la dégradation de l’entretien depuis la privatisation…

Sans oublier le rappel hors-sujet par Mme Temel de la gratuité de la cantine, véritable mantra de la Ville à la moindre critique, dont on sait maintenant, depuis la mobilisation du printemps 2025, combien le système de réservation-pénalisation s’est révélé toxique pour une grande partie des parents.

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Un « remède » pire que le mal

Quoi qu’il en soit, bientôt trois ans plus tard, il faudrait que les élus admettent enfin que les dysfonctionnements auxquels ils voulaient répondre sont pires qu’avant leur « remède ». Les alertes se multiplient, les courriers comme ceux de Halimi-Langevin, Vallès, Sorano, Lili-Boulanger ou Guesde... sans résultat.

Nettoyage, entretien du bâti, les espoirs suscités il y a 6 ans par les engagements des candidats ont été impitoyablement douchés :
 pour le nettoyage les parents attendaient davantage de remplacement des personnels absents, dans les écoles concernées ; la privatisation ne figurait pas au programme ; et maintenant les personnels sont bien moins présents et jamais remplacés ;
 pour le bâti, aucun des engagements du programme électoral n’a été tenu.

Tout reste donc à faire. Qu’en disent les candidats ?