Houleux ? Non ! Joyeux. Une Marseillaise à l’unisson, debout, le poing levé !

, par Michel Ribay

De mémoire, – même de vieux dionysien –, on n’avait jamais vu cela. Toutes proportions gardées de l’événement il faudrait peut-être remonter au début d’une mandature exceptionnelle au sortir de la guerre, ouverte par Auguste Gillot, pour retrouver autant de ferveur populaire et une Marseillaise entonnée, debout, le poing levé par le public et les élus de la nouvelle majorité.

A peine passée 9 heures, il y a déjà une bonne trentaine de personnes qui patiente dans le hall de l’hôtel de ville pour le conseil d’installation annoncé à 10 heures. Chacun a bien saisi ce qui se joue ce matin et personne ne souhaite rater ce moment. Les places sont chères. L’équipe gagnante dès le premier tour sait que la salle des mariages ne peut suffire à accueillir toutes celles et ceux qui voudront assister et partager l’événement. Un écran géant adossé à la façade de l’hôtel de ville y pourvoit.

C’est vers 9h30 que des dizaines de personnes gravissent l’escalier monumental qui mène à la salle des mariages. Ils sont sans doute des dizaines à emprunter pour la première fois ce chemin. Venir ici. Monter en mairie. Des jeunes, beaucoup, des familles entières, des proches des nouveaux élus. De tout âge.

Quelques personnalités politiques. Les députés Stéphane Peu, Eric Coquerel, le sénateur communiste Fabien Gay, les anciens maires Didier Paillard et Laurent Russier.

Y ont aussi pris place des visages connus, des militants politiques et militants associatifs dionysiens, certains bannis ces dernières années de la ville par la majorité sortante comme Magali Bragard et les bénévoles de l’association Mamama qui n’ont pas caché leur joie du changement intervenu le 15 mars dernier.

L’assistance ne cesse de grandir et il faudra à plusieurs reprises reculer les rangées de chaises pour laisser place à ceux qui ne cessent d’arriver.

C’est la même chose devant l’hôtel de ville. La foule grossit. Debout ou assis aux plus proches terrasse ils attendent que la cérémonie commence. Le soleil est de la partie. La journée est celle d’un renouveau, de saison. Un nouveau printemps politique. Pour beaucoup la sortie d’un trop long hiver. Un printemps dionysien.

10 heures. Il faut que les conciliabules, les discussions animées, le bruit des chaises sur le parquet, le brouhaha cessent pour que la séance débute. Sous la pression de celles et ceux qui veulent assister en direct, tout le monde a finalement été autorisé à monter. La séance va bientôt débuter.

L’ambiance surchauffée de ce 21 mars n’avait rien à voir avec celle contrainte, corsetée du 4 janvier 2025, où seule une petite centaine de personnes assistait à l’élection de Mathieu Hanotin comme Maire de la commune nouvelle de Saint-Denis avec un dispositif de retransmission en salle du conseil.

C’est donc le maire sortant, sévèrement sanctionné le dimanche précédent, qui ouvre la séance avec l’appel des élus avant de rejoindre les « bancs de l’opposition ».

Houleux. C’est le terme que Le Monde, Le Figaro reprendront pour qualifier le conseil d’installation. Issu d’une dépêche de l’AFP le terme pourrait laisser penser qu’il aurait été émaillé d’incidents voire plus. Il n’en a rien été. Si houleux voulait dire que le public s’est exprimé, a laissé exploser sa joie, sa colère, il fallait employer d’autres qualificatifs. Des huées, oui. Des sifflets.

Un conseil d‘installation joyeux. La doyenne de l’assemblée y a fait naitre des larmes de joie, d’émotion.

Alors houleux ? Parce que les citoyens présents ont laissé exploser leur joie ? Leur mécontentement ?

Comment pouvait-il en être autrement ? La joie du peuple vivant était ce matin là à la hauteur de la sanction, du rejet de l’équipe sortante. Au regard des 13506 votants qui ont glissé dans l’urne un bulletin Bally Bagayoko ce n’était que juste retour du bâton. Peu de chose au regard de la violence institutionnelle qui s’est exercée durant six ans.

Quittant la salle des mariages ornée du calendrier révolutionnaire, c’est en ce mois de Germinal, devant la foule massée au pied de l’hôtel de ville, que Bally Bagayoko, Cécile Gintrac, première adjointe et Farid Aïd maire délégué de Pierrefitte, tous trois revêtus de leurs écharpes tricolores, ont goûté ce moment historique.

Une nouvelle municipalité s’installe. Unitaire, plurielle. Anti-raciste, anti-impérialiste. Ainsi qualifiée et assumée.

Le calme est revenu à l’intérieur de l’hôtel de ville. En bas des marches de l’escalier monumental, trône le buste de pierre d’un étranger qui fut élu député français et prit parti pour la Commune de Paris.

Serein, Garibaldi veille et savoure l’instant.