L’aqueduc, le deck et le ruban. Des réalisations place Jean-Jaurès jamais concertées, jamais présentées. Qu’en disait l’Architecte des Bâtiments de France ?

, par Rosalie Merteuil

Le Blog de Saint-Denis publiait le 1er octobre un article intitulé : "« C’est moche ! » Des jeux, des goûts et des couleurs place Jean-Jaurès. Une histoire de toboggan". Si la structure en cours de réalisation présentée est bien censée offrir cette possibilité de glisse, elle porte un autre nom qui témoigne du dessin et de la monumentalité de l’ouvrage : l’aqueduc. Il ne sera pas seul mais accompagné d’un deck, d’un ruban et de son oasis. Revue de détail avec les images d’un projet dissimulé.

Voilà donc ce que les Dionysien.nes découvrent ou vont découvrir peu à peu sur la place Jean-Jaurès au fil des jours avec l’avancée du chantier.

Les réunions d’information (ne parlons ni de consultation, de concertation et encore moins de co-construction) n’ont, à notre connaissance, pas fait l’objet en réunion publique d’une présentation précise de ce qui était projeté en terme d’aménagement.

Non pas d’un point de vue général mais dans le détail : structuration et destination des espaces, nature du mobilier, ses fonctions et les publics visés.

Les quelques vues qui suivent permettent de se faire une idée de ce que la municipalité a prévu, décidé, validé (en chambre) pour cet espace public de l’hyper-centre traduites par l’Agence Base retenue à l’issue d’une consultation.

D’un clic sur les images on peut les visualiser à une taille supérieure.

Nous nous posions une question dans notre précédent article : « L’aspect peu qualitatif de l’ouvrage à quelques mètres de la Basilique surprend aussi, la municipalité ne cessant de nous rebattre les oreilles de sa passion patrimoniale.
L’Architecte des Bâtiments de France n’aurait-il rien trouvé à redire ? On est bien à moins de 500 mètres de la Basilique, en secteur protégé, la co-visibilité de la Basilique et de la structure-toboggan est incontestable. L’architecte des Bâtiments de France aurait donc donné selon la réglementation un avis favorable à l’érection de cette structure ? »

« Ce projet, en l’état, est de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du ou des monuments historiques ou des abords »

Pour l’Architecte des Bâtiments de France (ABF) dans son avis rendu le 20 janvier 2023, « ce projet, en l’état, est de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du ou des monuments historiques ou des abords ». Il ajoute : « Il peut cependant y être remédié ». Et poursuit : « L’ Architecte des Bâtiments de France donne par conséquent son accord assorti de prescriptions. Par ailleurs, ce projet peut appeler des recommandations ou des observations. »

Pourtant, l’Architecte des Bâtiments de France ne formule dans son avis ni recommandation ni observation, mais une seule prescription, fondée sans aucun doute dans son esprit mais qui, au regard du projet d’ensemble, de l’aqueduc et de ses appendices, apparait plus que marginale : « Du côté sud de la place Jean-Jaurès, le revêtement de sol à motifs ovales devrait s’arrêter un peu plus au nord, dans le prolongement de l’alignement bâti de la rue de la République » !

Quel fossé entre le constat et la prescription qui serait censée prémunir du risque qu’il soit porté « atteinte à la conservation ou à la mise en valeur du ou des monuments historiques ou des abords » !

On reste dans un premier temps sans voix. Comment croire que "l’atteinte" évoquée serait conjurée avec « un revêtement de sol à motifs ovales prolongé au nord, dans le prolongement de l’alignement bâti de la rue de la République » ? Franchement !

Dans le plus proche périmètre du projet, il n’y a pas moins de cinq éléments classés : la Basilique, la Maison d’Education de la Légion d’honneur, la maison des Arbalétriers, l’église des Trois patrons et les vestiges du cimetière mérovingien et l’ancien siège de l’Humanité conçu par Oscar Niemeyer !

Qu’on ne nous fasse pas le mauvais procès d’un refus du changement, d’un attachement rétrograde au patrimoine. La juxtaposition, le croisement des gestes les plus contemporains et de l’ancien a déjà fait ses preuves à Saint-Denis. Cela exige juste la plus grande attention et la qualité intrinsèque du nouveau, de l’inédit. Dans ce projet on en est loin, très loin.

Après être restés sans voix devant l’accord de l’Architecte des Bâtiments de France on est, on demeure en colère au vu de la méthode et quand on pense à ce qui aurait pu être fait. Pas vous ?

PS : Ce projet a du être discuté, présenté en amont à l’Architecte des Bâtiments de France comme tout projet d’envergure. Y compris peut-être avec des allers-retours, des ajustements au fur et à mesure des reprises du projet de la part de l’agence Base. En tout cas, il y avait tout loisir de la part de la municipalité de présenter véritablement le projet, de le soumettre aux remarques des Dionysien.nes. Une fois de plus, sur ce sujet comme sur d’autres, la municipalité a choisi une autre voie : celle du refus du dialogue conjugué à la dissimulation de ses intentions.

On soulignait dans l’article précédent le peu de compatibilité entre le choix de la structure, ses matériaux et les canicules à venir. Pour ce qui concerne le desk et le ruban, l’éclairage prévu est aussi peu soucieux des objectifs affichés en matière de biodiversité et de réduction des pollutions lumineuses dans les documents de Plaine Commune.

L’arche des brumisateurs est implantée dans l’alignement de plusieurs arbres déjà présents et de ceux à venir (les fosses sont prêtes à les accueillir). Implantée donc sous ce qui devrait devenir un passage bien ombragé. Ce dispositif de rafraîchissement, quitte à être implanté, n’était-il pas plus pertinent à un endroit dépourvu d’une couverture arborée ? Il est nommé "Le passage des brumes".

On nous aura au moins épargné « Quai des brumes » et son subliminal corollaire « T’as d’beaux jeux, tu sais ».