La première partie de l’entretien est à lire ici.
La crainte d’un enrôlement forcé dans les forces armées suscite le départ à l’étranger de nombreux Russes, a-t-on une idée de ce que cela représente et de l’impact sur la société ?
Alexandre Sterliadnikov – Je pense qu’après la mobilisation de 2022, le Kremlin a tiré une conclusion très importante : une mobilisation massive et ouverte a un coût politique énorme pour le pouvoir.
En septembre 2022, les autorités russes ont annoncé une mobilisation partielle et déclaré que 300 000 personnes seraient appelées. Cela a provoqué une très forte réaction négative dans la société. Selon les estimations, au cours des semaines suivantes, entre 700 000 à 900 000 personnes ont quitté la Russie. Les gens sont partis non seulement parce qu’ils ne voulaient pas aller combattre, mais aussi parce qu’ils ne savaient pas exactement qui allait être mobilisé ni où se situait, pour eux, la frontière entre une vie normale et un départ pour le front.
C’est pourquoi, à mon avis, le Kremlin cherche aujourd’hui à éviter le plus longtemps possible une nouvelle mobilisation publique.
Formellement, le décret sur la mobilisation partielle de 2022 n’a toujours pas été abrogé. Dans le même temps, les personnes mobilisées en 2022 n’ont pas réellement eu la possibilité de retourner chez elles. Beaucoup sont mortes, ont été blessées, et les autres sont passées sous contrat.
Au cours des dernières années, l’État a parallèlement mis en place un système beaucoup plus perfectionné de recensement militaire. En 2026, nous voyons apparaître des informations selon lesquelles les bureaux de recrutement militaire convoquent des personnes soumises aux obligations militaires prétendument pour mettre à jour leurs données, puis leur remettent des ordres de mobilisation et leur proposent de signer un contrat ou de rejoindre la réserve.
Je ne donnerais pas ici de chiffre précis concernant le nombre de personnes ayant reçu de tels ordres, car nous ne disposons pas de statistiques fiables. Mais le simple fait que ce travail soit mené montre que l’État prépare une infrastructure qui lui permettrait d’organiser beaucoup plus rapidement une nouvelle mobilisation si une décision politique était prise.
Par ailleurs, il existe aujourd’hui un registre électronique du recensement militaire ainsi qu’un registre des convocations. En cas de réception d’une convocation et de non-respect de l’obligation de se présenter, l’État peut assez rapidement imposer des restrictions, notamment en matière de sortie du territoire russe, d’enregistrement de biens immobiliers, d’activité entrepreneuriale ou encore de conduite automobile.
La peur de la mobilisation repose donc aujourd’hui sur des bases très concrètes pour les Russes. Une personne comprend que si elle attend le moment où la décision d’un appel massif aura déjà été prise, elle risque tout simplement de ne plus pouvoir quitter le pays.
Et cela a déjà des effets sur la société russe. En 2022, nous avons assisté à un exode massif. En 2026, rien de comparable n’a encore eu lieu en terme d’ampleur, mais, dans le contexte des discussions sur une nouvelle mobilisation, l’intérêt pour l’émigration a fortement augmenté. Les organisations de défense des droits humains constatent une nette hausse des demandes de personnes qui cherchent à savoir comment quitter la Russie et comment éviter de participer à la guerre.
Pour moi, il y a ici un autre élément important. Ceux qui partent ne sont pas uniquement des opposants convaincus à Poutine ou des militants. Une personne peut ne pas s’intéresser du tout à la politique, ne pas se considérer comme une opposante et n’avoir aucun lien avec le mouvement de protestation. Elle ne veut tout simplement pas se retrouver à la guerre.
Et, à mon avis, c’est un indicateur très important de l’attitude de la société russe face à ce qui se passe.
En 2022, beaucoup de personnes ont été confrontées pour la première fois directement à la guerre, lorsque l’État est venu les chercher personnellement. Avant cela, la guerre pouvait leur sembler être quelque chose qui se déroulait loin de leur propre vie. Après la mobilisation, il est devenu clair que l’État pouvait à tout moment exiger d’un individu qu’il mette en jeu sa santé, sa liberté ou sa vie.
Et aujourd’hui, cette peur n’a pas disparu. Plus encore, elle devient une composante de la vie quotidienne de nombreux hommes russes et de leurs familles.
C’est pourquoi je pense que l’émigration provoquée par la peur de la mobilisation aura des conséquences à long terme pour la Russie. Le pays ne perd pas seulement de potentiels militaires. Il perd de jeunes professionnels, des entrepreneurs, des ingénieurs, des personnes avec des familles, qui pourraient travailler, créer des entreprises, payer des impôts et contribuer au développement du pays.
Et surtout, ces personnes partent avec une conclusion très simple : elles ne font plus suffisamment confiance à l’État pour être certaines de leur propre sécurité à l’intérieur du pays.
Et si le Kremlin décide réellement de lancer une nouvelle mobilisation à grande échelle, je pense que ses conséquences pour la société russe seront bien plus importantes qu’une simple augmentation des effectifs de l’armée. Cela pourrait constituer un nouveau coup très dur porté à la confiance de la population envers l’État et provoquer une nouvelle vague d’émigration.
Sergey Tsukasov – La mobilisation annoncée en 2022 a, bien sûr, été un choc immense dans la vie de nombreux Russes. Beaucoup ont été contraints de quitter le pays précisément à cause de cela.
Aujourd’hui, ces craintes n’existent probablement plus avec la même intensité, parce que les gens se sont déjà habitués à cette situation. Ils ont pris leur décision : soit ils restent vivre en Russie, soit ils ont émigré.
De plus, si une nouvelle mobilisation devait avoir lieu aujourd’hui, elle serait beaucoup mieux préparée, et les Russes le savent. Ils prennent donc certaines contre-mesures, ou bien ils se sont résignés et seront contraints de l’accepter.
La situation de ceux qui en 2022 ont suivi les directives de l’État et se sont rendus au bureau de recrutement, avant d’aller au front est connue est connue de tous. Beaucoup d’entre eux ont été tués.
Tout le monde connaît cette expérience tragique et, si la mobilisation devait reprendre, ceux qui le peuvent feront tout pour éviter de se retrouver pris dans le « hachoir » de la mobilisation.
Maria Menchikova – Concernant la mobilisation, il est également important de souligner que, malgré le fait que Poutine ait annoncé que la mobilisation était terminée, dans les faits, le décret présidentiel sur la mobilisation est toujours en vigueur aujourd’hui.
Il a été adopté en septembre 2022 et, depuis, il continue de s’appliquer. Un décret présidentiel a une force juridique équivalente à celle d’une loi fédérale adoptée par le Parlement. En réalité, si le pouvoir en avait vraiment envie, le Parlement russe ne serait donc pas particulièrement nécessaire, puisque toutes les lois pourraient être formulées sous la forme de décrets présidentiels. Et ces décrets auraient, pour ainsi dire — et même pas « pour ainsi dire », mais réellement — la même force juridique qu’une loi.
Actuellement, les médias russes indépendantsdébattent depuis longtemps de la question de savoir s’il y aura une nouvelle vague de mobilisation dans l’armée russe après les élections.
C’est une hypothèse tout à fait réaliste dans le contexte de l’après-élections. Mais, naturellement, nous ne disposons d’aucune information fiable à ce sujet.
La peur de la mobilisation qui avait poussé les gens à quitter précipitamment le pays, par tous les moyens possibles, après l’annonce de la mobilisation en septembre 2022 est bien présente.
Je pense que ceux qui craignaient d’être mobilisés sont déjà partis. Et, naturellement, l’exode actuel n’a plus un caractère aussi explosif. Il s’agit plutôt d’un départ progressif.
Cette peur demeure encore aujourd’hui dans la société russe et elle détermine le comportement de nombreuses personnes, en premier lieu, bien sûr, celui des hommes qui sont concernés par la mobilisation.
La question qui se pose est donc de savoir dans quelle mesure les gens, et la société dans son ensemble, sont prêts à se défendre contre une mobilisation forcée.
Car la partie de la population que l’on pouvait recruter volontairement grâce à des rémunérations très élevées — qui peuvent effectivement être jusqu’à dix fois supérieures aux salaires moyens dans les régions pauvres — n’est elle-même pas illimitée.
Le nombre de personnes que l’on peut attirer volontairement dans l’armée n’est donc pas infini. Le pouvoir se retrouve naturellement face à un choix : s’il n’est plus possible de recruter suffisamment de volontaires, peut-il lancer une mobilisation, et quels risques cela entraînerait-il ? Car la société va-t-elle se défendre contre la mobilisation ? Les employeurs vont-ils cacher leurs salariés ? Les gens vont-ils, je ne sais pas, s’opposer à la police pour défendre leurs concitoyens ?
Voilà les questions qui se posent.
Certains de ces phénomènes sont déjà observables, dans une certaine mesure, mais tout dépend évidemment de leur ampleur.
Et je crains que nous ne tardions pas à voir concrètement à quoi cela peut ressembler dans la pratique
Beaucoup de chiffres circulent sur les pertes russes depuis le déclenchement de la guerre, disposez-vous d’éléments fiables à ce sujet ?
Alexandre Sterliadnikov – Sur cette question, je fais surtout confiance au travail de Mediazona et de BBC Russian. À mon avis, il s’agit de l’une des sources les plus sérieuses concernant les pertes russes, car ces médias ne se contentent pas de publier les déclarations de quelqu’un : ils recueillent, à partir de sources ouvertes, des confirmations nominatives de décès et utilisent en complément des méthodes statistiques pour estimer le nombre de personnes tuées qui ne figurent pas encore dans leur base publique.
Mais il est important de comprendre une chose : même le nombre de morts confirmés n’est pas un chiffre définitif. Mediazona souligne elle-même que sa liste nominative n’est pas exhaustive. L’information sur le décès d’une personne peut apparaître des mois, voire des années plus tard, et certains morts ne sont tout simplement jamais rendus publics.
Je considère donc le chiffre qu’ils publient plutôt comme un minimum.
Si je parle de mon sentiment personnel concernant l’ampleur réelle des pertes, je pense que le nombre réel de morts est nettement supérieur au nombre de décès publiquement confirmés. Je tablerais au minimum sur un chiffre environ deux fois supérieur au nombre de morts identifiés nommément, mais il s’agit précisément de mon estimation, et non d’un fait établi.
Et je ferais également une distinction entre les « morts » et les « pertes totales ». Lorsque nous parlons des pertes de l’armée, il ne s’agit pas uniquement des morts, mais aussi des blessés, des disparus et d’autres catégories. Le coût humain total de la guerre pour l’armée russe est donc bien supérieur au nombre de morts.
Pour moi, le chiffre précis n’est d’ailleurs pas le plus important. En temps de guerre, les deux camps ont intérêt à présenter les statistiques qui les arrangent, et les autorités russes ont encore moins intérêt à ce que la population connaisse le nombre réel de morts.
Mais derrière chaque chiffre, il y a une personne. Et si nous parlons de centaines de milliers de morts, cela signifie des centaines de milliers de familles qui ont perdu des fils, des maris, des pères et des frères.
C’est pourquoi je préfère m’appuyer sur la méthodologie la plus transparente dont nous disposons aujourd’hui — le travail de Mediazona et de BBC Russian — tout en gardant à l’esprit que nous ne connaîtrons probablement les chiffres définitifs qu’après la guerre, lorsque nous aurons accès aux données de l’État et qu’il sera possible de réaliser une véritable analyse démographique.
Sergey Tsukasov – Je fais davantage confiance aux données fournies par Mediazona qui ont reconstitué, à partir des informations disponibles publiquement, le nombre de personnes tuées, en les recensant nom par nom.
On peut d’ailleurs souligner que ce chiffre est largement sous-estimé, car Mediazona n’a pas le temps de traiter l’ensemble des informations qui lui parviennent.
Maria Menchikova – Concernant les pertes, c’est effectivement une très bonne question. Et je crains de ne pas être en mesure d’y répondre en toute connaissance de cause.
Mais, indirectement, nous pouvons, je pense, en déduire que si une nouvelle mobilisation est effectivement annoncée après les élections, cela signifierait que les pertes sont telles qu’il n’est plus possible de les compenser uniquement par des recrutements de volontaires.
Et je me souviens — comme beaucoup d’autres, je pense — qu’au début de la guerre, durant les premiers mois de l’invasion à grande échelle, tout le monde riait franchement des bilans officiels communiqués par le ministère russe de la Défense. Celui-ci annonçait sans aucun scrupule la prise de certaines localités qu’il disait conquérir trois fois par semaine, avec des chiffres qui, tout simplement, ne concordaient pas.
Quant aux chiffres concernant les pertes en temps de paix — ce qui, rétrospectivement, est assez effrayant à rappeler — ils avaient été rendus secrets par les autorités bien avant le début de l’invasion à grande échelle.
À l’époque, cette information avait fait beaucoup de bruit, mais très rapidement, elle était passée à autre chose. Je me souviens qu’à un moment, certains médias et peut-être aussi des personnalités publiques avaient essayé de susciter une indignation à ce sujet : « Regardez, Poutine se prépare à la guerre. »
Mais l’état d’esprit général était plutôt de considérer qu’il s’agissait de personnes alarmistes, voire de gens qui détestaient tellement Poutine qu’ils étaient prêts à croire n’importe quelle histoire selon laquelle il préparait une guerre.
Je pense que nous ne connaîtrons de manière fiable l’ampleur réelle des pertes de l’armée russe qu’une fois la guerre terminée.
Pour l’instant, nous pouvons tout au plus consulter les données fournies par les instituts spécialisés dans les questions militaires et regarder ce que nous disent les services de renseignement occidentaux.
Tout cela peut évidemment être analysé et recoupé, notamment à partir de données qui relèvent en partie de la stratégie militaire. Il est possible d’en tirer certaines informations.
Mais, dans le brouillard de la guerre, je doute que nous soyons aujourd’hui en mesure d’affirmer quoi que ce soit avec certitude.
Beaucoup craignent une fuite en avant de Vladimir Poutine, y compris l’extension du conflit à d’autres pays, la Moldavie, les pays Baltes. Des attaques hybrides se multiplient contre des pays voisins. Quelle est votre analyse de ce risque, de cette stratégie du pouvoir russe ?
Alexandre Sterliadnikov – Je pense qu’il est important ici de distinguer deux choses : le risque d’une attaque militaire directe contre un autre pays et la guerre hybride qui est déjà en cours.
La guerre hybride menée par la Russie contre les pays européens n’est plus un scénario hypothétique. Nous voyons des cyberattaques, des actes de sabotage, des tentatives visant les infrastructures, des ingérences dans les processus politiques, des opérations informationnelles et des violations de l’espace aérien. L’OTAN elle-même évoque une campagne croissante d’actions hybrides russes contre les pays de l’Alliance.
L’exemple de la Moldavie est particulièrement révélateur. La Russie cherche déjà à y influencer la situation politique, à utiliser la Transnistrie et, parallèlement, exerce une pression à travers la guerre en Ukraine. Ces derniers mois, l’espace aérien moldave a également été violé par des drones russes. Pour la Moldavie, il ne s’agit donc plus d’une question concernant un avenir abstrait : la pression russe s’exerce déjà aujourd’hui.
La situation est fondamentalement différente dans les pays baltes. L’Estonie, la Lettonie et la Lituanie sont membres de l’OTAN. Une attaque directe contre l’un de ces pays signifie un tout autre niveau de conflit, puisqu’elle pose la question de la défense collective de l’ensemble de l’Alliance.
Je ne pense donc pas qu’il soit juste de dire aujourd’hui : « Poutine va forcément attaquer les pays baltes. » Nous n’en savons rien. Mais je considère également comme une erreur de soutenir l’idée inverse, selon laquelle la Russie n’ira jamais au-delà de l’Ukraine.
Le problème est que les dirigeants russes augmentent progressivement depuis plusieurs années le niveau de risque qu’ils sont prêts à prendre. D’abord, il y a eu la guerre contre l’Ukraine, puis des frappes et des provocations au-delà du territoire ukrainien, puis des opérations hybrides de plus en plus agressives contre les pays européens. Et à chaque fois, la même question est testée : jusqu’où peut-on aller avant qu’une réponse sérieuse ne soit apportée ?
À mon avis, c’est précisément pour cette raison que l’Europe doit prendre cette menace au sérieux. Non pas parce qu’une guerre avec l’OTAN serait inévitable, mais parce que la dissuasion ne fonctionne que lorsque l’agresseur potentiel comprend le prix d’une escalade supplémentaire.
Et j’en tirerais une autre conclusion à partir de ma propre expérience. Le pouvoir russe sait très bien utiliser la peur. Il a intérêt à ce que les Européens pensent en permanence : « Et si demain il y avait une guerre avec l’OTAN ? » Mais la réponse à cela ne doit pas être la panique. Elle doit être la préparation, le renforcement de la défense, le soutien à l’Ukraine et une compréhension très claire des actions de la Russie qui entraîneraient des conséquences concrètes.
Je ne réduirais d’ailleurs pas la stratégie du Kremlin à la seule conquête de nouveaux territoires. Une Europe qui a peur, qui se divise et qui s’habitue progressivement aux provocations russes lui est bien plus profitable.
C’est pourquoi, à mon avis, le principal risque ne réside même pas dans le fait que l’armée russe entre demain dans l’un des pays baltes. Le principal risque est la normalisation progressive de l’agression russe, lorsque chaque nouvelle étape est un peu plus grave que la précédente et que la société européenne se dit à chaque fois : « Bon, ce n’est pas encore la guerre. »
Sergey Tsukasov – Depuis le début de la guerre, j’ai pensé qu’elle durerait aussi longtemps que Poutine serait en vie.
Puisqu’il est impossible de conquérir l’Ukraine dans les réalités du XXIᵉ siècle, pour Poutine, battre en retraite signifie disparaître en tant qu’homme politique, et peut-être même physiquement en tant qu’être humain.
Cela signifie qu’il mènera cette guerre aussi longtemps que cela lui sera possible, aussi longtemps qu’il sera en vie, ou jusqu’à ce que les rênes du pouvoir lui soient arrachées, que ses forces lui soient retirées — par l’économie, la politique, une révolution, ou par tout autre moyen.
Les perspectives de poursuite de la guerre restent donc malheureusement d’actualité. La forme qu’elle prendra dépendra uniquement des possibilités physiques et humaines, ainsi que des capacités économiques du pays.
Il me semble peu probable qu’un nouveau front soit ouvert, et une attaque contre d’autres pays me paraît également peu réaliste. En revanche, la poursuite permanente d’une guerre qui s’enlise en Ukraine me semble être, à mes yeux, une triste réalité et un triste avenir.
Maria Menchikova – Oui, on peut effectivement dire, de manière assez objective, que les pays voisins de la Russie sont menacés.
Parce que rien n’empêche Poutine d’affirmer que les droits des populations russophones y sont bafoués — peu importe que cela corresponde ou non à la réalité — et, sur cette base, de lancer de la même manière une invasion.
Et, aussi triste que cela puisse être à reconnaître, notamment d’un point de vue de gauche, il s’avère que l’article de l’OTAN prévoyant que, si l’un des pays membres est attaqué par un autre État, l’ensemble de l’Alliance vient à sa défense, protège effectivement les pays baltes qui appartiennent à cette alliance.
C’est quelque chose de très difficile, voire de douloureux, à reconnaître, mais c’est malheureusement un fait.
Cela ne signifie évidemment pas que l’OTAN serait une organisation parfaitement irréprochable, qu’il ne faudrait en aucun cas critiquer, ni qu’elle aurait toujours eu raison et aurait toujours été du côté du bien.
Mais, dans ce cas précis, il est très révélateur de voir le rôle que joue l’OTAN pour les pays voisins de la Russie.
On peut évidemment spéculer sur la question de savoir s’il serait dans l’intérêt de Poutine d’attaquer un autre pays, s’il serait rationnel de sa part d’agir ainsi, s’il dispose des ressources nécessaires pour mener une telle offensive, ou encore si une telle offensive pourrait être anticipée.
Tout cela relève évidemment de la spéculation.
Et je pense que c’est précisément ce qui se passe, du moins au sein de l’immigration russe de gauche.
Je pense que c’est un scénario auquel nous devons, d’une certaine manière, nous préparer mentalement et que nous devons garder à l’esprit.
Alexandre Sterliadnikov est un ancien militaire russe, spécialiste de l’étude des satellites. Opposé à l’invasion de l’Ukraine par la Russie en 2022, il déserte dès le début de la guerre. Il figure parmi les premiers déserteurs russes accueillis en France, en 2024, et son parcours est rapidement relayé par la presse internationale. Dès son arrivée en France, Alexandre Sterliadnikov fonde l’association « L’Adieu aux armes », dont il est aujourd’hui président. L’association appelle publiquement à la désertion et accompagne les militaires russes qui souhaitent refuser de participer à la guerre et quitter l’armée.
Aujourd’hui réfugié politique en France, Alexandre Sterliadnikov est également membre du bureau du parti « Russie pacifique », fondé en 2026 par l’opposant russe Ilia Iachine, ancien collaborateur d’Alexeï Navalny et ancien prisonnier politique, libéré lors d’un échange de prisonniers en août 2024.
Sergey Tsukasov est un homme politique russe. Il a été député municipal à Moscou de 2017 à 2022, et de 2017 à 2018, chef de l’arrondissement municipal. Le 22 février 2022, deux jours avant le début de l’invasion de l’Ukraine, il se place au face au Kremlin avec une pancarte anti-guerre. Immédiatement arrêté, il fait un mois de prison. Après avoir été empêché de se présenter aux élections municipales suivantes et après une nouvelle arrestation, il émigre en Allemagne où il continue à participer à différents projets politiques et de défense des droits humains. Notamment il aide des Russes qui veulent émigrer à obtenir des visas humanitaires, et il est le Vice Président de Solidarité FreeAzat.
Maria Menchikova est une militante politique russe. Cofondatrice de DOXA, média étudiant indépendant et d’opposition créé en 2017, elle s’engage dès 2019 dans les campagnes de libération du mathématicien Azat Miftakhov. Poursuivie en Russie pour « justification du terrorisme » après avoir participé à une campagne de lettres de soutien à des prisonniers politiques, elle a été condamnée par contumace à sept ans de prison en septembre 2024. Exilée politique en Allemagne depuis 2020, elle est co-secrétaire de la section Die Linke d’Essen. Elle est également coordinatrice du groupe « Gauche russophone » de Die Linke, qui rassemble des militants russophones engagés à gauche en Allemagne.
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