Etrange conseil de territoire qui comme nous l’avions noté n’était pas annoncé sur le site de Plaine Commune dans le calendrier des conseils. Si Mathieu Hanotin a répété à plusieurs reprises et à dessein qu’il ne s’agissait que d’un « conseil technique », il a donné lieu à quelques interventions « politiques ».
Ce conseil de territoire avait pour but, sur les conseils de la préfecture, de sécuriser toutes les décisions à venir de l’EPT. En effet, avec la création de la commune nouvelle de Saint-Denis – Plaine Commune est aujourd’hui composée de 8 villes – Mathieu Hanotin n’était plus entre le 1 janvier et le 4 janvier (moment où il a été réélu conseiller) conseiller territorial et encore moins président de l’EPT.
La tenue de ce conseil territorial comme il l’a expliqué après sa réélection était une conséquence directe de la création de la commune nouvelle.
C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, Patrice Konieczny, conseiller territorial d’Épinay et vice-président en a fait l’entame de son intervention interrogeant tant la manière dont s’est effectuée la fusion des villes de Saint-Denis et Pierrefitte et par extension le fonctionnement de l’EPT.
Il en a retracé le continuum et mis en lumière des manières de faire de la part du maire-président loin d’être anodines : absence de consultation des habitants, suppression des commissions au sein de Plaine Commune, suppression du Conseil de développement.
Nous avions souligné ces différents points dans notre article du 13 janvier.
Allons plus loin. Plaine Commune s’est construit sur une idée qui n’a cessé d’évoluer parce que vivante, fructueuse et partagée. Une idée née d’un intérêt communautaire, le « plus », le plus fort ensemble, produisant du « mieux » communautaire, du « bien » communautaire. Un bien commun à toutes nos villes.
Cette communauté de destin librement consentie Mathieu Hanotin l’a mise à mal dans ses manières de faire à Plaine Commune et tout dernièrement largement illustrée par la fusion-absorption de Pierrefitte.
C’est une régression politique. A l’équilibre, à l’équité, à l’égalité politique communautaire Mathieu Hanotin a substitué deux forces : la force centrifuge pour absorber ses voisins, la force centripète pour accroitre le pouvoir central, le sien en l’occurence. Au détriment du bien, du mieux, sa politique ne vise que le plus : plus haut, plus vite, plus loin mais en fait tout seul.
A l’avenir commun possible, Mathieu Hanotin a substitué un projet de territoire dans lequel il concentre le pouvoir, un projet de territoire autocentré, égocentré même, à rebours du consentement citoyen et du temps long.
La longue histoire de Plaine Commune en est le témoignage, la preuve la plus éclatante.
Il y a 40 ans, en 1985, le Syndicat intercommunal « Plaine Renaissance » naissait.
Il y a 27 ans, nos 9 communes et Pantin lançaient t une charte intercommunale d’objectifs communs. Deux ans plus tard, 5 de ces villes créaient Plaine Commune.
Il y a 22 ans, le 1er janvier 2003, la communauté d’agglomération était rejointe par Stains et L’Île-Saint-Denis, après des votations citoyennes organisées en septembre 2002.
Il y a 20 ans, le 1er janvier 2005, La Courneuve devenait la huitième commune de la communauté, à la suite aussi d’une votation citoyenne.
Il y a douze ans, le 1er janvier 2013, Saint-Ouen devenait la neuvième commune de la communauté, également là aussi après une votation citoyenne.
L’avis des habitants avait été sollicité, certes ces votations n’étaient pas reconnues par la Préfecture mais la politique n’a-t-elle pas pour fonction de faire bouger aussi le cadre juridique, d’étendre le champ de l’expression démocratique ?
Les habitants de nationalité extra-européenne aux citoyens du territoire avaient eux aussi été associés. Là aussi quel bel exemple de la prise en compte des réalités territoriales, humaines. Une proximité incarnée.
Quel bel exemple du plus, d’un mieux, d’un bien communautaire. Un bien démocratique.
Tels sont les faits. La proximité hier et aujourd’hui encore tant vantée par Mathieu Hanotin est affectée d’un effet contre-performatif, plus il en parle plus elle s’étiole.
Patrice Konieczny dans son intervention a fait usage de comparaisons, parlant de la fusion-acquisition de Pierrefitte ou de ce conseil de territoire comme relevant de la téléréalité ou d’une série comme « Game of Thrones » et son lot de trahisons, d’alliances et de coups imprévus.
Les comparaisons excessives – « une cour de récréation » – ont donné prise à une réponse de Kader Chibane fustigeant... la politique de Valérie Pécresse à la région, dénonçant le soutien de la droite républicaine au nom de laquelle Patrice Konieczny s’exprimait.
Un leurre pour n’apporter aucune réponse sur le fond, sur les faits que rappelaient Patrice Konieczny : absence de consultation des habitants, suppression des commissions au sein de Plaine Commune, suppression du Conseil de développement avec en préambule une installation du conseil de territoire par groupe politique et non par ville en rupture avec ce qui se pratiquait.
Excessive pour certains sur la forme mais pertinente sur le fond, l’intervention de Patrice Konieczny a eu l’avantage d’exprimer tout haut ce que beaucoup pensaient, pensent tout bas et qui s’est traduit par l’abstention de 33 conseillers territoriaux pour l’élection du président. Les propos de certains laissaient penser que les abstentions seraient plus importantes. Manque de courage, craintes de mesures de rétorsion ? Karim Bouamrane n’est pas non plus sorti du bois.
En tout cas seul Mathieu Hanotin a fait l’objet de ce désaveu puisque l’ensemble des vice-présidents ou des conseillers territoriaux délégués ont en revanche été élus avec une très forte participation.
Ce conseil de territoire était le deuxième acte consécutif à la fusion- absorption-acquisition de Pierrefitte par Saint-Denis.
Le premier acte parfaitement illustratif de la manière de faire du maire-président et de son complice pierrefittois qui a consisté, au motif du désaccord exprimé par Dominique Carré, conseiller municipal de Pierrefitte, sur la fusion avec la ville de Saint-Denis, à lui retirer sa délégation sur les éco-mobilités à Plaine Commune. Quel rapport ?
S’exprime dans cette éviction tout l’attachement du maire-président Mathieu Hanotin et du maire délégué Michel Fourcade au débat démocratique.
Hier soir, Stéphane Troussel a trouvé l’intervention de Patrice Konieczny véhémente. Un peu. C’est le débat. Juste des mots. Mais ce n’est pas grand chose au regard de l’éviction de Dominique Carré.
Notons au passage que Kader Chibane, le président du groupe « Ecologistes et citoyens » à Plaine Commune auquel appartenait Dominique Carré, n’a pas levé le petit doigt pour s’opposer à son éviction, la succursale dionysienne que dirige Kader Chibane étant l’obligée de la maison mère. Un vrai symbole de la démocratie et de la proximité ! Ici, la référence cinématographique de Patrice Konieczny dans son intervention pour dénoncer le mauvais film du mariage arrangé de Saint-Denis et Pierrefitte s’impose avant de conclure. Casting à contre-emploi, scénario territorial indigent : « Le bon, la brute et le néant ».
Pour le reste et pour la suite c’est l’essentiel : quelle mobilisation pour sauver ce qui reste de la coopérative de villes et pour laquelle il faudra aussi redresser la barre pour revenir à son esprit initial ?
Précision : Dina Deffairi Saissac, co-présidente du groupe « Ecologistes et citoyens » s’est en revanche élevée contre l’éviction de Dominique Carré lors du conseil de territoire de juin 2024. Elle a demandé au président de revoir sa décision et rendu hommage au travail et au courage politique de Dominique Carré. Article modifié à 15h le 15 janvier.