Plaine Commune. Quand la chambre d’enregistrement s’enraie. Sofia Boutrih questionne un projet à la Porte de Paris, en réponse Kader Chibane, insultant, se couvre de ridicule.

, par Michel Ribay

Le conseil territorial du 17 juin a été illustratif à plus d’un titre. D’abord sur ce qu’il en est du débat dans cette instance à laquelle les villes ont délégué de nombreuses compétences dont deux particulièrement structurantes : l’aménagement et le développement économique. Les élus sont amenés à trancher sur des projets qui modèlent fortement et pour longtemps le territoire. Possèdent-ils pour autant toutes les informations pour arrêter une position ? Dans quelles conditions ? On peut en douter. Si le pire n’est jamais certain, certains touchent le fond pour esquiver le débat.

31 affaires étaient inscrites au conseil territorial du 17 juin. 31 affaires certes d’importantes diverses mais l’ensemble du dossier est composé de 2366 pages que les élu.es reçoivent peu de temps avant le conseil. Les élu.es ont donc quelques jours pour prendre connaissance de dossiers dont seuls les membres de l’exécutif territorial ont eu le loisir de débattre largement en amont.

On peut donc faire beaucoup mieux en terme de démocratie. Cela n’a pas été le choix de Mathieu Hanotin puisque si dans les mandats précédents, les affaires étaient examinées, discutées en commissions auxquelles pouvaient participer l’ensembles des conseillers, celles-ci ont été supprimées en début de mandature. Dans ces conditions les conseils territoriaux ont pris l’allure d’une simple chambre d’enregistrement des décisions prises préalablement dans d’autres instances, celle qui réunie les maires, celle qui réunie l’exécutif, ou sur certains sujets, qui n’affectent pas directement le pouvoir des maires, c’est assurément Mathieu Hanotin, son directeur de cabinet et le DGS qui sont à la manœuvre.

Voilà pour la démocratie.

Pour ce qui concerne la proximité si l’on considère que cela a quelque rapport avec la démocratie le constat est le même. Zéro pointé. Mathieu Hanotin avait mis en avant cette notion, la proximité, pour dénoncer l’institution Plaine Commune comme une « technostructure » trop éloigné des citoyens. Il s’agissait pour lui de redonner du pouvoir aux maires. En premier lieu le sien, accessoirement celui des autres maires qui doivent composer avec le président qui conserve, avec les compétences déléguées à Plaine Commune, un fort pouvoir. Y compris celui d’amicales pressions sur les autres édiles si elles s’avèrent nécessaires.

Pour ce qui est des citoyens c’est une autre affaire. Ainsi, c’est à Plaine Commune que l’on découvre des projets concernant Saint-Denis dont il n’a jamais été question en conseil municipal.
Encore moins lors d’une quelconque réunion de quartier – un vieux souvenir – dans laquelle ce projet aurait été évoqué, présenté.

A l’opposition qui questionne, Kader Chibane répond par l’insulte

Et c’est dans ce contexte que la chambre d’enregistrement s’enraie quand un conseiller territorial, en l’occurence la conseillère territoriale Sofia Boutrih découvrant un projet concernant Saint-Denis s’interroge, interroge, en questionne la nature et pointe un choix qui pourrait s’effectuer au détriment d’un autre équipement voué à la formation de personnel infirmier. Mathieu Hanotin n’est-il pas par ailleurs président du conseil de surveillance de l’hôpital Delafontaine ? Alors quelles sont les priorités ?

C’est ici

Un projet dans le secteur de la porte de Paris qu’un membre de l’exécutif, Adrien Delacroix, entendait expédier – un peu confusément – en 49 secondes chrono.

On conviendra que c’est un peu court. Plus que court pour un projet qui n’a donné lieu à aucun débat à Saint-Denis. L’habitude et l’atmosphère de chambre d’enregistrement du conseil et ses 2366 pages à consulter et digérer conduisent à cela.

Première victime le débat démocratique. A plus forte raison quand, au lieu de répondre aux interrogations légitimes que pose le projet, un membre de l’exécutif, Kader Chibane, gonflé de suffisance, mû par son allégeance à Mathieu Hanotin, appelle à la rescousse Bruno Retailleau, tout le Maghreb, l’Afrique noire, les Musulmans, qu’il précède d’un condescendant « Je vous ai senti, [Mme Boutrih] bien plus souvent mieux inspirée que cela ».

Poussant le propos jusqu’à suggérer une complaisance de Sofia Boutrih avec le discours ambiant, islamophobe, l’accusant d’« instrumentaliser l’ensemble des dossiers », et de « s’opposer, non au président Mathieu Hanotin, mais aux Marocains, aux Marocaines, aux Musulmans » tout en renvoyant Sofia Boutrih, française comme tous ses collègues élu.es, au berceau de ses origines familiales, le Maroc !!!

Jugez-vous même.-

Déférence sans bornes ? Diversion ? Rien à dire sur le fond ? Un mix ? Un peu de tout ? Il ne resta plus à Kader Chibane, surjouant la victime, celui qui ne pourrait s’exprimer qu’à rétropédaler plus tard petitement, s’excusant d’avoir fait référence à l’identité de Sofia Boutrih tout en assumant le reste de ses propos. Consternant.

Reste la légitimité des interrogations de Sofia Boutrih sur ce projet qu’un article du Blog a prolongé en en documentant les origines, la nature et les impacts nocifs déjà connus dans de nombreux pays.

PS : On vous parlera toujours à propos du conseil territorial d’une autre affaire, celle concernant le Plan Climat Air Energie Territorial au regard des décisions prises à Plaine Commune en matière d’aménagement là aussi.