Rassemblement sur le lieu de mémoire. Avec la déposition de la stèle-sculpture en catimini, le débat public évité s’ouvre aujourd’hui et malheureusement pas dans les meilleures conditions. Faut-il vraiment déplacer la stèle place Robert de Cotte ?

, par Michel Ribay

Les interventions de Serge Romana et d’Emmanuel Gordien, présidents successifs du CM 98, retraçant l’histoire de la stèle, son sens historique et sa charge mémorielle ont puissamment mis en lumière ce qu’ils ont tous deux exprimé : la violence symbolique de sa disparition, en catimini, sans précaution. L’outrage. Leur douleur ressentie. Un appel à tous à prendre la mesure de la place de la mémoire de l’esclavage colonial dans notre société qui s’est conclue par la nécessité d’une réconciliation de tous. Les leçons d’un rassemblement.

Ces paroles fortes, émouvantes, d’une grande dignité étaient adressées à l’ensemble des personnes rassemblées à l’endroit où il y a encore quelque jours se dressait la stèle, sculpture conçue et réalisée par Nicolas Cesbron et Françoise Bonthe-Diallo.

Nicolas Cesbron a pris lui aussi la parole pour dire son désarroi, la blessure ressentie, sa tristesse.

Dans l’assistance nombreuse, la cheffe de cabinet du Maire, Violette Perrotte et l’adjoint en charge de la mémoire et du handicap, Daniel Dalin, étaient présents.

Daniel Dalin a pris la parole pour évoquer les conditions dans lesquelles la stèle-sculpture a été déplacée. Le moins qu’on puisse dire c’est que ses propos ont peu convaincu l’assistance.

Daniel Dalin a tenté de dédouaner la municipalité de la responsabilité de « l’incident ». « Croyez-vous » a-t-il dit « que le maire était au courant de ce déplacement » ? Indiquant dans la foulée que « cela avait été traité au niveau de Plaine Commune ».

Il n’en fallait pas plus pour que surgisse l’interrogation venant des personnes rassemblés « Qui est le président de Plaine Commune » ?

Le directeur de cabinet du maire n’est-il pas aussi le directeur de cabinet du président de Plaine Commune, Mathieu Hanotin, aurait-on pu ajouter ?

Drôle de manière de vouloir rejeter la faute sur un tiers et de ne pas assumer en définitive ses responsabilités. Comme l’a rappelé Serge Romana, la sculpture, payée, acquise par des dons individuels a été cédée, confiée à la municipalité, elle en est donc pleinement responsable, matériellement, symboliquement.

Plus encore que cette tentative, ce sont les raisons, pour la première fois exprimées publiquement, qui ont présidées au déplacement prévue – de longue date – de la stèle Place Robert de Cotte qui ont surpris l’auditoire.

Mettre la stèle » sous protection d’une caméra de vidéosurveillance », « mieux l’exploiter » et dans le cadre du « réaménagement du centre-ville » permettre sur l’emplacement « d’y installer un manège ».

La déposition en catimini de la stèle a paradoxalement un avantage : celui de reposer les termes du débat : faut-il au vu de ces motifs peu convaincants déplacer cette stèle-sculpture ? Transplanter la mémoire du lieu sous caméra et laisser place à une activité commerciale fut-elle pour la joie des enfants ?

Jaklin Pavilla rappelait, ces derniers jours dans un post Facebook, que cela a été envisagé à la demande de l’actuelle municipalité. Ce ne fut pas à l’initiative des associations, pas plus des concepteurs de la sculpture.

Les associations ont-elles accordé à regret leur accord, ne trouvant pas les moyens de s’y opposer, face à la puissance publique, de guerre lasse ?

L’absence là aussi comme sur d’autres sujets d’information transparente, d’un minimum de débat public – on parle là encore d’un « objet de mémoire et lieu de mémoire » que se sont appropriés les Dionysiens et bien d’autres – produit de telle situation.

Pas de débat, une déposition en catimini. Beaucoup aurait pu être évité.

Le débat évité, contourné, vient de s’ouvrir dans les pires conditions.

Un article précédent ici d’un clic où l’on peut retrouver le communiqué de la municipalité.

Mise à jour le 5 avril à 19h40 avec le communiqué du député Stéphane Peu qui a écrit au maire, Mathieu Hanotin.

Lire ici la réaction d’un Dionysien qui souligne ce qui fait "lieu de mémoire ".