Un Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des risques pour Usagers de Drogues (CAARUD) rue Catulienne. Réunir les conditions pour son ouverture

, par Michel Ribay

Unanimes pour reconnaitre la nécessité d’un Caarud à Saint-Denis, c’est à la quasi unanimité que les personnes présentes lors d’une réunion qui s’est tenue jeudi soir, à la Bourse du travail, se sont déclarées opposées à son installation rue Catulienne. Une autre voie est pourtant possible.

Un peu plus d’une vingtaine de personnes étaient présentes à une réunion qui s’est tenue à la Bourse du travail jeudi soir de 19h à 20h30. Une réunion convoquée dans l’urgence puisqu’elle fait suite à la création d’un groupe WhatsApp, le mardi 11 mars, intitulé « Défense du cadre de vie Catulienne/Moreau/Ursulines » et réunissant plus d’une centaine de personnes riverains de ces trois rues du centre-ville.

Depuis l’information « confiée » dimanche 9 mars à un membre de la boucle WhatsApp par les adjoints au maire Katy Bontinck et Adrien Delacroix de l’ouverture prévue d’un Caarud tout a été très vite. Y compris l’accès à une salle à la Bourse du travail dans des temps records quand on connait les difficultés qu’ont connues et que connaissent encore d’autres collectifs pour en disposer, selon le bon vouloir de la municipalité.

Un refus de salle aurait constitué un faux pas de plus de la part de la municipalité qui, face au mécontentement et aux demandes des habitants, a du consentir à l’organisation d’une réunion publique le 20 mars pour laquelle il n’y a toujours pas à l’heure où nous écrivons de communication publique de sa part.

Un ordre du jour copieux avait été préparée en amont de la réunion. Le temps imparti n’a pas permis de traiter tous les points envisagés. Pour autant la présentation de recours juridiques possibles, un bref retour sur le Caarud du boulevard Carnot et sur l’échec d’installation de la même structure rue Suger il y a deux ans en passant par une revue détaillée des problématiques de la rue Catulienne ont conduit à ce que la quasi unanimité des personnes présentes se sont déclarées opposées à son installation rue Catulienne.

Les problématiques soulevées par les participants concernant la rue Catulienne sont avérées et rien ne serait pire que de les balayer d’un revers de mains.

Immeubles en état de péril, travaux du Conservatoire et ses impacts sur la circulation et la sécurité des cheminements piétons et des cyclistes sur le contre sens cyclable le tout encore une fois sans aucune concertation et information des riverains de la part de la municipalité.

L’exiguïté des trottoirs de cette rue où un nombre croissant d’enfants, – qui va quasiment doubler pour la fréquentation du conservatoire – et la présence de l’établissement des Orphelins d’Auteuil a été soulignée.
Tous ces éléments ont été évoqués à maintes reprises et présentés comme défavorables à l’installation d’un Caarud dans cette rue.

A cela s’ajoutent les conditions d’accueil indignes par la sous-préfecture des personnes qui pour l’obtention de documents indispensables à leur parcours de vie sont contraintes de stationner sur le trottoir, et certains jours, au vu du nombre, en partie sur la chaussée, sous le soleil ou ces derniers temps dans le froid ou sous une pluie battante.
Une participante à la réunion a rappelé que lors d’une réunion publique avant l’ouverture de la sous-préfecture, il avait été annoncé que tout serait organisé au sein de son périmètre et non sur l’espace public.

Des engagements pris ne sont pas tenus et il n’y a pas mieux pour nourrir et installer la défiance chez les citoyens vis à vis de la parole publique. Chacun connait cette situation inadmissible et un Collectif s’emploie depuis 6 mois, outre un soutien systématique devant la sous-préfecture – tous les vendredi matin sans discontinuer – à obtenir des conditions plus dignes dans l’accueil au guichet pour le traitement des demandes.

Faut-il donc au vu des ces éléments rejeter l’installation d’un Caarud rue Catulienne ou emprunter une autre voie ?

On constatera d’abord que depuis l’abandon du projet à Suger, ce n’est que 2 ans après qu’un nouveau projet émerge. Redimensionnement des besoins ? Difficulté à trouver un point de chute ? Opportunité d’une vente rue Catulienne ?

En tout cas une autre voie que le rejet me semble pertinente, elle consiste à obtenir des « garanties », c’est la position que j’ai exprimée lors de la réunion et ici développée.

Garanties ? Que faut-il entendre par là. En aucun cas des promesses qui n’engagent que ceux qui y croient. Sûrement pas. Les conditions dans lesquelles s’est initié le projet – en secret – ne sont pas propices à créer de la confiance. Pas d’information. Pas de concertation. Il faut à mon sens dépasser cela.

La mise en œuvre d’une politique de santé publique, de soins et d’accompagnement menée en secret est déjà en soi un problème politique. C’est d’ailleurs un point souligné dans un document édité en 2014 sous l’égide du Ministère de la Santé intitulé « Faire accepter les lieux de réduction des risques : un enjeu quotidien » qui synthétise sous forme de recommandations les – bonnes – conditions requises pour l’installation d’un Caarud.

Que dit le document sur ce point : « Du point de vue de l’objectif d’information du public qui traverse la plupart des politiques urbaines via des dispositions législatives contraignantes (obligation d’une enquête publique lors d’une opération d’urbanisme, mise en place de conseils de quartier, etc.), ce souci du secret qui entoure les actions de réductions des risques (RdR) avant implantation soulève là-aussi des questions politiques et déontologiques. Garder le secret sur une action qui relève d’un objectif de santé publique et mettre les habitants devant le fait accompli, sans les avoir préalablement prévenus, ne semblent pas efficace tant du point de vue de la reconnaissance des actions de RdR que de leurs publics.

Voilà pour ce qui concerne la transparence de l’action publique et la concertation.

On n’effacera pas les craintes sur le projet pas plus que la situation que connait aujourd’hui la rue Catulienne par des promesses mais par des actes préalables à son ouverture et de mesures accompagnant sa mise en service. Actes et mesures qui sont de la responsabilité de la puissance publique et des acteurs du projet : L’Etat, le Ministère de la Santé, l’Agence Régionale de Santé, la municipalité, l’association Proses.

Des garanties qui doivent prendre la forme de « conditions suspensives » à l’ouverture du Caarud rue Catulienne :
– accueil des publics dans l’enceinte de la sous-préfecture dans des conditions dignes et non sur l’espace public,
– présence de médiateurs et d’agents de la police municipale (depuis l’ouverture de la place Jean Jaurès la police municipale y est présente chaque jour et en nombre),
– aménagements pour la sécurisation des cheminements et tous modes de déplacement rue Catulienne,
– mise en place d’un comité de suivi régulier associant l’ensemble des acteurs publics, riverains et structures implantées rue Catulienne.

Toutes ces mesures concrétisent ici une des recommandation du document : « La tolérance des actions de RdR et de ses publics passe par le renforcement et l’adoption de mesures et moyens dédiés : renforcement des actions de médiation sociale, des actions de formation, du soutien des collectivités territoriales, des services de l’Etat et des élus. Elle ne peut reposer uniquement sur les professionnels de la RdR qui, au côté des usagers de drogues, sont constamment remis en cause par les habitants dans les quartiers où ces actions restent souvent peu comprises. »

Il ne s’agit pas de « tolérance », il ne s’agit pas de « tolérer » une politique de santé publique, de soins, d’accompagnement de personnes en demande, mais pour qu’elle s’exerce, avec la plus grande efficacité, d’en réunir, en toute transparence et avec exigence, tous les moyens.

A ce stade, si beaucoup d’éléments du projet restent à ce jour inconnus – la réunion publique du 20 mars devra y répondre – ceux qui écrivent dans un communiqué de la droite dionysienne : « Afin de lutter contre les abus des usages de drogues et au nom de la santé publique, nous aurions préféré que la mairie opte pour un centre de soin plutôt qu’un centre de consommation. » n’apportent rien au débat mais démontrent leur méconnaissance totale du sujet et l’instrumentalisation politique qu’ils entendent en faire : attiser les peurs avec des fake news.

Les politiques de santé publique, en direction de tous, restent un combat.