Animations sportives à l’occasion des vacances scolaires place Victor Hugo, au pied de la mairie et…ailleurs. Qui fait quoi ? Comment ? Pourquoi ? Pour qui ? Le témoignage d’un agent qui a exercé au service des sports pendant plus d’une décennie apporte quelques réponses

, par Aurélien Alva

A chaque période de vacances scolaires, la ville déploie des dispositifs d’animation, d’activités sportives variés. Personne ne s’en plaindra et surtout pas les enfants qui en bénéficient. D’autant qu’à l’exception de la patinoire de Bel hiver, elles sont gratuites. Pour autant beaucoup de questions se posent. Les lieux choisis, les acteurs publics et privés, le sponsoring, le nombre d’enfants qui en bénéficient, l’évolution des missions assignées aux agents, en définitive différents aspects de la politique sportive de la municipalité. Autant de sujets qu’évoque dans un témoignage un ancien éducateur sportif du service des sports.

Beaucoup de Dionysiens s’interrogent d’abord sur le fait qu’elles sont proposées, exposées, très mises en scène depuis 2020 dans l’hyper centre, toujours au même endroit, au pied de la mairie, – éloignés des quartiers en périphérie que ce soit Floréal, Allende ou La Plaine et bien d’autres et pour beaucoup d’entre eux, un cœur de ville moins accessible aujourd’hui avec la suppression de six arrêts de bus en centre-ville.

D’autres, ou les mêmes, regrettent, dénoncent le fait qu’elles sont souvent le support de publicité pour des grandes entreprises sponsors des JO – Coca Cola pour ne citer qu’elle il y a quelques mois – ; dont les impacts écologiques et sanitaires ont peu à voir avec des objectifs de sport-santé et dont on connait les effets désastreux sur leur public cible : les enfants.

Hors animation sportive, c’est aussi au même endroit, au motif d’une opération se voulant dénonciatrice des pratiques de harcèlement, qu’a trôné pendant deux jours au pied de la mairie un Barnum et une vitrine d’exposition de médailles siglés de la société Allianz, leader européen de l’assurance et des services financiers.

Toute ça coûte ou rapporte des sous (à qui ?) mais on ne sait pas bien, qui paie ? Qui fait quoi ?
Est-ce une manifestation spécifiquement JO, imputable au budget JO Paris 2024 dont bénéficierait les jeunes Dionysien.nes ?
Une manifestation de la ville où il s’agit de "Marquer les jeux de notre empreinte ” ?
Une manifestation conjointe, un partenariat, pire une synergie entre une entreprise de destruction massive Coca-Cola et… le sport ?

Plus spécifiquement aussi, quelle est la part dévolue à des structures et entreprises privées – comme l’UCPA déjà sollicitée ou tout récemment Rlimite avec le Skate Park présent la semaine dernière place Victor Hugo – qui semble bien avoir nettement pris plus de place ces dernières années ?

Autant de questions auxquelles il est difficile de répondre très précisément à défaut de se livrer à la recherche des documents contractuels, conventions, prestations chiffrées dont nous n’avons pas d’emblée connaissance à ce stade et pour lesquels il faut éplucher les ordres du jours des conseils municipaux, les engagements financiers relevant des décisions du maire, les rapports, les annexes sans être sûr d’y trouver toutes les prestations soumises ou non à des appels d’offres de marchés publics.

S’agissant de l’intrusion grandissante du privé dans les activités, nous avions fait part – en publiant l’appel d’offres – de la volonté de la municipalité de valoriser avec de l’affichage publicitaire, la patinoire de « Bel hiver »dans la ligne droite de son intention affichée d’introduire de la publicité au cinéma L’Ecran ou plus récemment ses appels à des annonceurs dans le magazine municipal faussement dénommé "Journal de Saint-Denis ". Cet état d’esprit semble donc vouloir infuser partout…

Un témoignage éclairant

Concernant la politique en matière de sport entre le constat que chacun peut faire, quelques informations recueillis et le témoignage d’un ancien agent de Saint-Denis, éducateur sportif qui a exercé plus de dix ans à la direction des sports, on cerne de mieux en mieux l’esprit qui sous-tend la politique déployée en matière sportive par la municipalité en responsabilité depuis juin 2020.

Ce témoignage rappelle la mission éducative d’agents de catégorie B, le corps des éducateurs sportifs (éducateur territorial des activités physiques et sportives (Etaps) – qui préparent, coordonnent et mettent en oeuvre la politique sportive au sein d’une collectivité locale – et éclaire l’évolution de la politique sportive à Saint-Denis.

Nous en citons quelques extraits mais il faut le lire dans son intégralité tant il permet de saisir les changements qui se sont produits, leurs effets et le ressenti des agents.

" Le Sport à l’école a été révolutionné. Nous assurions des cours avec de plus en plus de classe sur les mêmes créneaux horaires (jusqu’à quatre de 13 élèves), ce qui nécessitait des temps de préparation plus long avec des problématiques non anticipés (de matériels ; d’espaces...). La prise en charge des groupes devenait impersonnel, le temps de pratique réduit, les échanges avec les ensei- gnants impossibles ; les apprentissages enseignés dérisoires. En d’autres termes, nous augmentions le nombre d’enfants bénéficiant de séances de sport, mais ils n’apprenaient plus, ils se « dépensaient » ???? Puis, il n’a plus était nécessaire de se déplacer pour échanger avec les enseignants, afin de construire les plannings et de définir le choix des APS. Il fallait envoyer ces documents aux Conseillers Pédagogiques de Circonscriptions qui s’en charge- raient. Cette politique de déshumanisation tendant à supprimer le lien entre les différents acteurs du champs éducatif s’accentuait de jours en jours."

"Ecole Municipale des Sports (extra scolaire) en nous demandant d’accueillir plus d’enfants avec moins d’encadrant. En confiant des groupes en autonomie à des personnes en service civique et ou en formation BPJEPS (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Education Populaire et du Sport). Bien souvent, nous nous trouvions en sous-effectif et en situation de devoir assurer des déplacements seul, sur la voie publique, avec des groupes de 15 à 18 enfants, âgés de 5 à 10 ans !!!!!"

" Dispositif Ville- Vie Vacances puis Vacances Sportives (extra scolaire). Supprimé également, pour laisser la place à des dispositifs de sport occupationnel, principalement positionnés sur le centre ville (Beau printemps etc....). Très peu d’enfants des quartiers périphériques fréquentaient ces animations et il n’était pas rare de les voir aux pieds des immeubles. Etrange sensation de voir notre métier évoluer !!! Nous n’étions plus des éducateurs sportifs mais des animateurs sportifs !!! Le mot animateur n’est pas négatif en soi car pour pouvoir transmettre des connaissances ou des valeurs, les qualités spécifiques à un animateur sont essentielles. Nous déplorions le fait de n’être plus que ça !!! Pire, quelque fois (Bel Hiver) nous étions mis à disposition d’un prestataire (UCAP) et cantonner à des tâches (certes utiles, comme par exemple, aider à enfiler des patins à glace) très éloignées de la mise en situation pédagogique ou de l’encadrement de groupes. "

Le témoignage complet est accessible dans le portfolio.

Nous y ajoutons un document de la société Rlimit qui est intervenue, lors de la première semaine de vacances scolaires, jusqu’au vendredi 12 avril. La plaquette permet une approche du coût de l’opération concernant le matériel mis à disposition et les personnels mobilisés de Rlimit (5 personnes de la société Rlimit étaient présentes pour assurer le fonctionnement du Skate Park).

Si le recours en soi à des prestataires extérieurs ne posent pas en tant que tel problème, la question est plutôt de savoir comment cela prend sa place dans une politique d’ensemble, quel est le sens qui lui est donné, la place qui lui est réservée, quelles sont les priorités et le rôle des agents.

La présence du Skate Park a fait des heureux. Outre les enfants qui y ont eu accès, cela a permis à des agents du service des sports de prendre eux aussi des congés à l’occasion des vacances scolaires ce qui, d’après nos informations, n’était pas gagné pour eux.

Cette situation aurait-elle un rapport avec la rationalisation des coûts recherchée et une – possible – baisse des effectifs au service des sports ? Au passage, combien d’éducateurs sportifs aujourd’hui ? Un effectif divisé par deux. D’animateurs titulaires ? Bien plus de contractuels.
Dans ce service comme dans les autres, les syndicats ont demandé unanimement que des chiffres précis leur soient fournis. Ils les attendent. Le bilan social produit ces dernières années s’est réduit à peu de choses exposées quantitativement et en qualitatif.

Le spot de com en centre-ville, l’effet paillettes des JO…

Le Skate Park de Saint-Denis jouxtant le parc Cachin, décrit comme l’un des plus grands d’Ile-de-France, n’aurait-il pas permis d’accueillir tout ou partie des activités proposées Place Victor Hugo en direction des enfants des quartiers tout proche de Romain Rolland, Mutualité, Saint-Rémy, Saint-Léger, Politzer voire Allende ?

N’y aurait-il que la place Victor Hugo capable dans notre ville d’accueillir de telles activités ?!

Est-ce une question taboue ou, formulée autrement, quel est l’objectif qui justifie le choix répété, récurrent d’animations au pied de la mairie ? Certes comme ailleurs, il y a des enfants en centre-ville et beaucoup ; il y a aussi un parc, celui de la Légion d’honneur, qui offre beaucoup d’atouts pour des activités sportives variées et de plein air (!), il a néanmoins un défaut, majeur : un déficit de visibilité, élément rédhibitoire pour communiquer.

D’autres animations, "stages sportifs" se sont ouvertes pour la deuxième semaine des vacances du " Printemps sportif " dans 5 gymnases Maurice Baquet, Franc Moisin, La Courtille, Aimée Lallement et Irène Popard, dont certaines réservées aux jeunes dionysiennes de 10 à 15 ans sous l’appellation de "Sport féminin ", du "Sport bien être" et une découverte de la natation avec 2 sessions d’apprentissage sont au programme.

Du sport au cœur des quartiers, on ne peut qu’approuver mais ne restent-ils pas quelques trous dans la raquette et beaucoup de jeunes qui restent encore sur le banc de touche ?

Une fois l’effet paillettes des JO 2024 dissipé que restera-t-il de l’empreinte municipale en matière de politique sportive à Saint-Denis ?