Une assignation devant le tribunal de Bobigny délivrée à quelques personnes vise à l’expulsion des familles roms, de nationalité roumaine, qui ont élu domicile dans des baraquements à l’angle de la rue Paul Eluard et du quai de Seine. L’audience initialement prévue le 17 avril se déroulera le 4 mai 2026.
Parmi les familles installées sur ce campement, certaines avaient déjà fait l’objet d’une expulsion à la demande de Mathieu Hanotin en mai 2024.
La justice avait à cette occasion assortie son jugement d’obligations : la ville de Saint-Denis et les propriétaires des terrains (ville de Paris et le département des la Seine-Saint-Denis) avaient jusqu’au 22 mai 2024 à minuit pour réexaminer la situation et « restituer dans leurs droits fondamentaux » les familles qui en avaient été privés par cette expulsion.
Une réunion regroupant les villes de Paris et Saint-Denis, le département du 93 et les services de l’Etat s’était tenue le 22 mai au matin. Elle n’avait conduit qu’au rappel de propositions initiales d’hébergement pour un nombre extrêmement limité de personnes et uniquement pour 48 h.
Si la ville de Paris avait, de son côté, relogé durablement des personnes à l’hôtel, la municipalité de Saint-Denis et le département du 93 n’avaient pour la première ni appliqué le droit (les décisions de justice) ni toutes deux, en tant que collectivités, assumé leur responsabilités (compétences en matière sociale, enfance et santé).
La situation va-t-elle se répéter aujourd’hui ? Le département à l’origine de l’assignation va-t-il réitérer la même politique : se contenter de faire expulser familles, femmes enceintes, et enfants ?
La municipalité de Saint-Denis a changé. Une politique de rupture avec les manières de faire de la municipalité conduite par Mathieu Hanotin a été défendue et affirmée. Faire autrement. C’est une des raisons de la victoire du 15 mars. La résorption des bidonvilles, l’accompagnement des personnes discriminées, leur mise à l’abri, l’accès au droit commun sont l’occasion de mettre en œuvre sur ces sujets complexes cette orientation.
D’autant qu’il semble que du côté de la préfecture du 93, on affiche semble-t-il l’intention de traiter ces questions différemment comme l’indique le post ci-dessous publié sur X.
« Le 2 février dernier Amaury Dumay, le préfet délégué pour l’égalité des chances, a présidé un comité de pilotage dédié à la résorption des campements illicites et des bidonvilles en Seine-Saint-Denis. Réunissant la Délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL), la préfecture de région, les représentants des services de l’État dans le département (DSDEN, DRIHL, DRIEETS, ARS), les représentants des collectivités territoriales et les associations concernées, ce comité a été l’occasion de présenter la stratégie départementale de résorption des campements illicites et des bidonvilles ainsi que d’affirmer la mobilisation de l’État pour répondre durablement aux enjeux humains, sociaux et sécuritaires soulevés par ces campements illicites. »
« L’objectif est clair : agir de manière coordonnée, humaine et exigeante, dans le respect du cadre légal, afin de renforcer l’efficacité de l’action publique, améliorer les conditions de vie des personnes concernées et prévenir les réinstallations. Les échanges ont porté sur les 4 axes structurants de la stratégie départementale : assurer des conditions sanitaires et de vie dignes sur les campements (accès à l’eau, hygiène, gestion des déchets, accès aux soins) renforcer la médiation et l’accompagnement scolaire des enfants vivant en bidonvilles accompagner les publics vers les droits sociaux, l’emploi, le logement en vue de favoriser leur insertion renforcer la démarche de diagnostics sociaux sur des sites ciblés afin d’évaluer les situations avec plus de précision et d’adapter au mieux les réponses apportées. Ce comité a aussi engagé les réflexions sur les prochains axes de travail du comité, notamment pour fluidifier les procédures et permettre un accompagnement social renforcé dans la durée. »
Au vu de cette communication préfectorale, on est en droit de se demander ce qui va être mis en place pour répondre aux objectifs définis et quels moyens seront disponibles ?
Qu’entend faire l’Etat, le département, propriétaire du terrain et la ville, les terrains se trouvant à Saint-Denis ?
La collectivité de Saint-Denis pour ce qui la concerne a l’expérience d’un accompagnement des familles. C’est ce qui s’est fait dans le cadre d’une MOUS (Maitrise d’œuvre urbaine et sociale, voir dans le portfolio) sur le terrain dit Voltaire mis à disposition par l’Etat. Le nombre des familles diffère aujourd’hui, il est bien moindre par rapport à ce qui avait été mobilisé comme moyens suite à l’expulsion du bidonville du Hanul.
Aujourd’hui, les personnes, les familles menacées d’expulsion vont-elles être condamnées à une nouvelle errance, à la recherche d’une nouvelle platz, au parcours sans fin ou les collectivités concernées vont-elles mettre en œuvre, avec les premiers concernés, un parcours liant insertion professionnelle, droit au logement, accès aux soins et accompagnement scolaire ?
PS : On remarquera parmi les motifs invoqués par le département dans l’assignation pour justifier l’expulsion des familles le souci – légitime – de préserver l’environnement, en particulier la pollution du Croult (Vieille Mer) dont les eaux finissent dans la Seine. La vérité consiste à dire que la pollution de ce cours d’eau ne date pas d’aujourd’hui et encore moins de l’occupation illégale du site. Un sujet trop longtemps négligé. Le document annexé identifie les causes de pollution rémanente.