« Les honneurs, j’ai l’immense fierté de les recevoir sur proposition du Maire Mathieu Hanotin en étant nommée chevalière dans l’ordre national de la Légion d’honneur dans la promotion du 14 juillet 2025. Peu à l’aise avec ces distinctions, c’est pour moi avant tout une reconnaissance que je veux collective pour 23 ans d’action publique locale dans la santé, l’éducation et depuis 5 ans, dans un mandat d’élue locale aussi passionnant qu’exigeant au service de notre démocratie et de l’intérêt général.
Réductions des inégalités territoriales de santé, accès au logement digne, rénovation urbaine des quartiers prioritaires, émancipation des jeunes… »
C’est ainsi que Katy Bontinck fait part de sa nomination dans l’ordre national de la Légion d’honneur sur sa page Facebook.
Bien entendu l’usage veut que ce ne soit pas le récipiendaire qui demande d’être honoré. C’est souvent un proche, un très proche qui s’en charge. Dans le cas précis il s’agit d’un très très très proche.
Directrice de campagne de Mathieu Hanotin lancé à la conquête de la ville, première adjointe de Mathieu Hanotin jusqu’à l’absorption de Pierrefitte, vice-présidente de Plaine Commune, difficile de contester la grande proximité, la complicité qui lie ces deux élus.
La demande d’un proche ne suffit pas. Encore faut-il trouver un port d’attache, un contingent, un ministère.
Le contingent. L’entre-soi. Une politique de la reproduction
En l’occurence c’est sur celui du Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation que Katy Bontinck, présentée comme « adjointe au maire de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), vice-présidente d’un établissement public territorial, conseillère métropolitaine ; 23 ans de services. », a été nommée.
Sur ce contingent elle côtoie essentiellement des élus, maires ou anciens maires, des anciens députés, ministres, présidents de collectivités, de métropoles dont les années de services s’étalent d’une vingtaine à plus de 73 ans pour le doyen Claude Scrabalat, maire honoraire de Boult-sur-Suippe (Marne), ancien vice-président d’une communauté de communes.
Katy Bontinck n’est élue que depuis 5 ans. C’est donc avec une certaine perplexité qu’on prend connaissance du contingent auquel elle est rattachée.
5 ans c’est peu au regard d’autres personnes nommées pour le Ministère de l’aménagement du territoire et de la décentralisation.
Elle y côtoie en effet, Stéphane Le Foll, ancien ministre, ancien député, maire du Mans (Sarthe), président d’une communauté urbaine ; 42 ans de services ainsi que M. Carvounas (Luc), ancien sénateur et député du Val-de-Marne, maire d’Alfortville, vice-président de la métropole du Grand Paris ; 29 ans de services.
On y trouve aussi Dominique Faure, ancienne ministre, ancienne députée, maire de Saint-Orens de Gameville (Haute-Garonne), vice-présidente de la métropole de Toulouse ; 34 ans de services.
Dominique Faure s’était illustrée lors d’une émission à France Culture, « Sens politique » en déclarant, à l’occasion d’un remaniement ministériel qui avait duré 5 semaines en début d’année 2024, ne sachant si elle serait reconduite, s’être sentie comme « ces gens à qui on a diagnostiqué un cancer et qui attendent pendant quatre semaines (…) les résultats pour savoir quelle forme de cancer, comment ils vont être soignés, quels risques ils ont. Donc la vie apprend la patience. »
La classe. La grande classe.
Les deux premiers sont au PS. Comme Katy Bontinck, revenue, semble-t-il, au bercail après une infidélité vénielle du côté de Génération.s. Dominique Faure est au parti radical, ancienne ministre des Collectivités territoriales et de la Ruralité, à qui François Rebsamen, ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, a confié une mission d’ici la fin de l’année 2025 pour dessiner les grands axes d’une politique d’aménagement du territoire « renouvelée ».
C’est sur le contingent du Ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation, François Rebsamen, qu’a donc été nommée chevalière dans l’ordre de la Légion d’honneur Dominique Faure, elle-même ancienne ministre des Collectivités territoriales et de la Ruralité.
François Rebsamen a lui aussi été au Parti socialiste. Longtemps. Puis macroniste comme Dominique Faure.Tout le monde se connait, s’est fréquenté un jour ou l’autre, dans les congrès, au bureau national, dans les fédés, dans les allées du pouvoir, à l’Assemblée ou ailleurs. Dans des conseils d’administration, des garden party. Du classique. On s’y partage des infos, son 06, les places, le pouvoir, les honneurs.
23 ans de services…
23 ans. On reste perplexe. A quel titre sur le contingent retenu ? Elue depuis 5 ans, c’est peu, très peu.
Rénovation urbaine ? Rien de très significatif, tous les programmes Anru et Npnru sont engagés ici depuis très très longtemps. Quelques millions supplémentaires arrachés dans les négociations ? Pas suffisant pour prétendre à cet honneur républicain. Pas non plus d’enthousiasme des citoyens quand on sait l’opposition quasi unanime des locataires de l’ilot 8 Basilique au projet de rénovation urbaine que porte Katy Bontinck qui prône la résidentialisation et la priorité donnée à la rénovation de la galerie commerciale plutôt qu’à celle des logements.
Lutte contre l’habitat insalubre. Le renforcement du service ne peut suffire à justifier cela. Les derniers outils législatifs renforcés sur le sujet portent les noms de Mathieu Hanotin et de Michèle Lutz, maire de Mulhouse. A n’en pas douter, Katy Bontinck y a contribué. On la croit, on la sait plus rigoureuse, travailleuse que le Maire. Mais bon, est-ce suffisant ? Cela fait-il 23 ans de services ? Assurément non.
Faut-il y envisager, y ajouter un autre contingent qui, au vu du parcours professionnel de Katy Bontinck, aurait plus de sens et justifierait cet honneur ?
La santé, la famille, les personnes âgées, la jeunesse
Le contingent du Ministère du travail, de la santé, des solidarités et des familles peut être au regard de son parcours ?
De 2002 à 2004, Katy Bontinck est adjointe de direction au sein d’une clinique de soins de suite et de réadaptation du groupe Korian. Ce groupe a changé de nom dans la foulée du scandale qui a touché le groupe Orpea. Korian, aujourd’hui Clariane est comme DomusVie un des acteurs privés exploitant des EHPAD.
De 2004 à 2009 elle est chargée de mission au sein de la direction santé et autonomie filière Domicile au sein de la Croix-Rouge.
En 2012, elle devient déléguée nationale domicile, en charge du plan de restructuration, de modernisation et de développement de l’offre de service aide et soins à domicile de la Croix Rouge Française.
Puis elle rejoint en mai 2014, le cabinet (nommée très tardivement en novembre 2014) de Laurence Rossignol, Secrétaire d’Etat chargée de la famille, des personnes âgées et de l’autonomie du gouvernement Valls, en charge des dossiers relatifs aux services et aux dispositifs d’accompagnement à domicile pour les familles et les personnes âgées ainsi que la préparation de la loi d’adaptation de la société au vieillissement.
Deux ans après, en 2016 elle intègre l’Education nationale pour la quitter en 2020, où élue et en disponibilité, elle devient 1ère adjointe.
14+4 = 18
C’est donc de 14 ans, de 2002 à 2016 qu’elle peut, à juste titre, se prévaloir d’une expérience, d’une connaissance, voire d’une expertise dans un secteur où elle a obtenu un Master 2 en gestion sanitaire et médico-sociale accompagnée d’une formation généraliste en tant que diplômée de l’Institut d’études politiques de Bordeaux.
Ce serait donc principalement à ce titre que sa nomination ferait sens. Pour autant, 14 ans ne font pas 23 et on en déduit qu’il faut se livrer à des additions pour faire, comme disent les anciens, la rue Michel.
Des compétences, une expertise qui au regard du contexte dans lequel elle se sont exercées ces dernières années interrogent.
N’oublions pas que son secteur de compétences retourne, comme la dénomination du secrétariat d’Etat auquel elle a été rattachée, de la Famille, les personnes âgées et l’autonomie.
On reste donc surpris ici de la suppression de la Maison des parents, de ludothèques comme lieu intergénérationnel ou des difficultés créées pour le déplacement des personnes âgées de quartiers en quartiers, pour rejoindre le centre-ville entrainant de fait une dégradation de leur autonomie.
Il faut donc chercher ailleurs. 4 ans de professorat dans les écoles pèsent peu, à défaut nous aurions des dizaines voire des centaines de milliers de chevaliers et officiers de la Légion d’honneur issus de l’Education nationale. Et nous ne trouvons pas d’apport significatif, novateur et reconnu de Katy Bonctinck au plus beau métier du monde.
14 et 4 nous font 18. Plus 5 ans de mandat, nous voilà à 23.
Du mandat en cours retenons les délégations qu’elle exerce. Elle les cite avec des dénominations approximatives mais valorisantes : réductions des inégalités territoriales de santé, accès au logement digne, rénovation urbaine des quartiers prioritaires, émancipation des jeunes...
Au titre de la santé. Rien de particulier. Le nombre de Centre Municipaux de Santé est resté stable depuis 2008. Le budget aussi. Lors du mandat 2008-2014, ma collègue et amie Virginie Le Torrec gérait un budget quasi équivalent. Deux auditions, l’une au Sénat en 2014 par la commission des affaires sociales sur l’aide à domicile, l’autre à l’Assemblée nationale en 2025 sur l’organisation du système de santé et les difficultés d’accès aux soins, ne permettent pas de parler d’une expertise qui serait hors pair. La santé c’est aussi porter un regard attentif sur le personnel de la collectivité. Au regard de la souffrance au travail qui s’est exprimée dans de nombreux services, comment justifier un tel honneur.
Accès au logement digne et rénovation urbaine. Nous en avons déjà parlé. Rien d’exceptionnel, de probant, justifiant un tel hommage. Des moyens supplémentaires affectés à la Mission Habitat Indigne (MHI) qu’il faut saluer et redisons le, l’élaboration et le suivi de l’évolution législative sur l’habitat dégradé ne peuvent suffire.
Emancipation des jeunes. Au regard de la situation au sein de la direction Jeunesse, des tensions, des dernières directives données et de tous les événements dramatiques présentés par elle-même comme intimement liés à la politique menée par la municipalité nous nous dispenserons de commenter plus avant.
Alors ? De très nombreux élus, salariés de tous secteurs, syndicalistes, lanceurs d’alertes, bénévoles et acteurs du mouvements associatif, jeunes ou moins jeunes, ont, ont eu des parcours autrement plus étoffés.
La Légion d’honneur, pour qui adhère à l’idéal républicain, ce n’est pas rien. Pour qui adhère à l’idée de République sociale comme l’écrit Katy Bontinck, c’est beaucoup.
En mériter les honneurs, se les voir attribuer, les porter ne devraient souffrir aucune interrogation, perplexité et s’imposer d’emblée à tous. Comme une évidence qui force l’unanimité. Une forme de quitus démocratique donné à celles et ceux qui les reçoivent.
D’évidence nous n’y sommes pas. Dommage pour elle. Dommage pour la République.
PS : On lira avec intérêt sur un sujet connexe l’article de Mediapart intitulé « Légion d’honneur et clientélisme : le cas d’école Gérald Darmanin ».
C’est sur le contingent du ministre de l’intérieur Gérald Darmanin que Mathieu Hanotin avait été nommé chevalier, non pas de l’ordre national de la Légion d’honneur mais de celui du Mérite en février 2021 pour 20 ans de services.
Concernant la République, la République sociale on lira ou relira, avec un grand bonheur les 598 pages – c’est les vacances – de L’Eglantine et le muguet de Danièle Sallenave, un des plus beaux, sinon le plus beau, le plus émouvant, le plus incarné et passionnant des ouvrages sur l’idéal républicain. Superbe !