Lire Les premiers résultats de l’enquête lancée par la FCPE. La cantine gratuite, ça coûte un bras
Des dysfonctionnements reconnus...
Dans un courrier du 8/05/25 adressé à la FCPE en réponse à une demande d’audience avec les familles (qu’elle n’accorde pas), Mme Temel reconnaît pourtant les faits [1] : « Malgré ces actions, il reste encore 20% des familles qui reçoivent des pénalités. » et promet « Une mobilisation des services pour corriger les bugs informatiques et améliorer l’interface de réservation. »
Même en les euphémisant, les éléments dénoncés par les parents sont donc actés :
– pénalisations massives (Mme Temel avait dit 23 % en conseil municipal, c’est devenu 20 % depuis la campagne des parents, selon les chiffres obtenus par la FCPE il s’agirait d’une moyenne mensuelle de 23%) ;
– bugs qui entraînent de nombreuses pénalités ;
– logiciel mal fait et contre-intuitif qui induit en erreur de nombreux parents.
… mais les parents mis en accusation
C’est pourtant toujours au bout du compte la bonne foi des parents qui est mise en cause :
– De manière spectaculaire au conseil municipal d’avril, lorsque plusieurs mères sont prises à partie.
– Dans les médias, lorsque Mme Temel assène au journaliste du Parisien le 2 mai 2025 : « La gratuité ça n’a jamais signifié : je viens quand je veux ou je ne viens pas ». (Ça n’a jamais non plus signifié : 1/4 des parents payent, certains beaucoup plus cher que lorsque la cantine était payante.)
– Au quotidien, lorsque les familles tentent des recours qui sont rejetés alors que leur bonne foi est manifeste.
Des preuves de bonne foi ignorées
Que penser de ces familles qui, prudentes, ont pris soin de prendre des captures d’écran de leur inscription, et dont le recours est rejeté parce qu’il ne s’agit jamais du bon écran ? Rejeter leur recours revient à dire que ces familles ont fait exprès de prendre le mauvais écran pour ne pas finaliser leur inscription. Mais quel intérêt ? Quel intérêt peut avoir un parent de simuler une procédure d’inscription à la cantine gratuite (donc qui ne lui coûte rien) pour finalement ne pas s’inscrire (donc payer des pénalités) ? Qu’il s’agisse d’un bug ou d’une erreur dans la procédure, il est évident que la famille est de bonne foi, et que donc sa pénalité devrait être annulée.
De même pour ces familles qui ont finalisé leur inscription, qui ont reçu un mél de confirmation, et qui pourtant se retrouvent pénalisées. Le lien qui figure dans le mél ne fonctionne plus (il semble avoir une durée de vie limitée), donc il ne servira à rien au moment du recours. Et ce mél de confirmation ne comprend pas les dates de réservation. Mais là encore, comment remettre en cause la bonne foi du parent qui a effectué la procédure ? Qu’avait-il à gagner ?
Selon le service enfance, ni le mél de confirmation d’inscription ni la copie d’écran ne constituent une preuve et les recours sont rejetés. Il semble donc impossible de prouver son inscription lors d’une procédure par Internet.
Une famille clouée au pilori
Le cas de la famille S. constitue une illustration spectaculaire du manque de considération des élus pour les parents. La mauvaise foi de parents relève du dogme.
Mme Temel et M. Hanotin ont semble-t-il focalisé sur cette famille parce qu’elle a osé tenter un recours par le biais du député, son recours devant le service enfance n’ayant pas abouti. La famille avait été soumise à 3 mois de pénalités pour environ 500 €, pour 2 enfants qui vont à la cantine avec leur propre repas car ils sont allergiques, suite à une erreur (reconnue par la famille) au moment de la désinscription sur le site de la ville (il fallait valider la désinscription en cliquant sur le bouton « inscrire », la logique avait échappé aux parents).
Mise en cause en plein conseil municipal par Mme Temel, la mère, en tant qu’enseignante et représentante de parents [2], n’avait selon elle pas le droit à l’erreur.
Son tort ? Demander la gratuité… de la cantine « gratuite »
Mise en cause encore plus violemment par M. Hanotin en réponse au courrier de soutien du député M. Peu, elle s’est trouvée accusée de témoigner d’une « volonté manifeste d’instrumentalisation et d’attaque de la politique de la cantine gratuite ». Rien que ça. Parce qu’elle demandait… la gratuité de la cantine pour ses enfants. Discrédit ultime de tous ceux qui osent se plaindre : ce sont des opposants. Les parents qui demandaient avec la FCPE du chauffage pour leurs enfants cet hiver en étaient aussi.
Bonne foi de la famille déniée… et finalement prouvée
M. Hanotin accusait de surcroît la famille de ne pas avoir renouvelé les PAI (Le Projet d’Accueil Individualisé définit les adaptations apportées à la scolarité de l’enfant ou de l’adolescent : régimes alimentaires, aménagements d’horaires, dispenses de certaines activités et activités de substitution.) des enfants : « recherches faites auprès du centre médical [la famille] n’a pas renouvelé le PAI », affirme-t-il un peu vite, et sans avoir manifestement recherché grand-chose.
En effet, 2 semaines après ce courrier bien peu digne du premier magistrat de notre ville, le PAI est retrouvé… C’est le directeur de l’école qui avait omis de le transmettre. Et la municipalité, par la voix de Mme Temel, est contrainte de rétropédaler. Après avoir cloué au pilori cette famille. Aucune excuse ne lui sera présentée.
Et si les parents étaient a priori de bonne foi ?
Alors, si nos élus pariaient plutôt sur la bonne foi des parents que sur leur mauvaise foi systématique ? Cela serait cohérent avec les dysfonctionnements qu’eux-mêmes reconnaissent, et il n’y aurait certainement pas 1/4 des parents pénalisés.
Aucun parent n’a intérêt à payer des pénalités, tous souhaitent bénéficier de la cantine gratuite, dont nos élus pourront se féliciter lorsqu’elle le sera vraiment. Les erreurs des parents sont avant tout la marque des imperfections du système de réservation, elles sont donc de la responsabilité de la Ville.
Et si ces élus (rêvons un peu) écoutaient les parents, travaillaient avec eux à améliorer le système de réservation, le rendre plus fiable, plus lisible, plus juste ? Afin d’en finir avec ce qui était censé éviter le gaspillage alimentaire et est devenu une machine à pénaliser.


