Sommaire
– Réservation-pénalisation : un système toxique contre la gratuité
– Une mobilisation exemplaire des parents
– 2025-2026 : la cantine enfin gratuite… pour l’année électorale ?
Rapport de Mme Temel pour le conseil municipal du 18/12/25 : suspension des pénalités pour 2025-2026 !
– Tarifs du périscolaire : le calme avant la tempête
– Nouveau calcul du quotient familial : effets inflationnistes
– Réservation-pénalisation : bientôt les centres de loisirs
En 2021, la gratuité est mise en place pour les petites sections et les moyennes sections de maternelle. En 2022, elle est élargie aux grandes sections, aux CP et aux CE1. Les 3 derniers niveaux, CE2, CM1 et CM2 sont concernés en 2023. Avec l’absorption de Pierrefitte en 2025, ce sont les enfants de CE2, CM1 et CM2 qui bénéficient de la gratuité.
Les parents ne voient pas tous d’un bon œil cette gratuité : d’une part parce que le quotient familial le plus bas aboutissait déjà à une quasi-gratuité (0,15 € le repas), et d’autre part parce qu’ils craignent une dégradation de la qualité des repas. Les élus cependant affirment vouloir poursuivre et approfondir la démarche qualité engagée par leurs prédécesseurs. C’est la question des quantités servies qui se révèle plus polémique, et qui se trouve au coeur de la lutte contre le gaspillage alimentaire mise en œuvre par la ville, comme l’avaient révélé des agents de la ville.
Réservation-pénalisation : un système toxique contre la gratuité
Mais ce que les parents n’avaient pas anticipé, c’était la toxicité du système de réservation-pénalisation mis en place par la Ville, qui aboutira à une réalité bien loin de la gratuité. Dès la rentrée 2022 et les années suivantes, pourtant, les représentants de parents se rendent compte de nombreuses difficultés et alertent les élus en conseils d’école. À la rentrée 2025, la FCPE Saint-Denis demande des chiffres : Mme Temel accepte... mais ne les transmettra jamais. Anecdote : elle reconnaît du bout des lèvres s’être elle-même trouvée en infraction.
Puis des rumeurs se multiplient au cours de cette année, qui d’abord paraissent fantaisistes : parents endettés, saisies sur salaires, commandements d’huissier… Et c’est Mme Temel qui involontairement révèle le pot aux roses en conseil municipal le 3/04/25 : 23 % des parents auraient été pénalisés en 2023-2024. En croisant des documents ayant fuité et des révélations involontaires des services administratifs, on aboutit à des chiffres encore plus élevés : les 23 % sont à entendre par mois, et non par an, et rien qu’en janvier 2025 40 % des enfants ont été soumis à des pénalités.
La seconde mâchoire du piège, c’est une instance de recours contrainte à l’inflexibilité, et refusant régulièrement les demandes de recours pour les faire disparaître des statistiques. La bonne foi des parents, même lorsqu’elle est évidente, est systématiquement niée. Cette logique est finalement reconnue comme structurelle par la DGA enfance en audience. Elle assène : sans modification des consignes votée en conseil municipal, le service des recours continuera sur la même voie. À ce jour, si un règlement des cantines a été adopté, aucune modification des critères de recours n’a été établie.
Une mobilisation exemplaire des parents
La FCPE lance l’offensive le 28/04 avec un communiqué très documenté dont s’emparent largement les médias, et d’abord le Blog de Saint-Denis.
Avec 50 familles pénalisées, de toutes catégories sociales, les parents se mobilisent d’avril à juin. Les élus refusent obstinément de les recevoir et sortent l’artillerie lourde : désinformation, mépris obstiné affiché en plein conseil municipal devant la détresse des parents (voir la vidéo plus haut [1]), temporisation… tout en reconnaissant du bout du clavier les dysfonctionnements et leurs conséquences.
2025-2026 : la cantine enfin gratuite… pour l’année électorale ?
Confrontés à un mouvement qui s’installe dans la durée, sous la pression des parents et des médias, prisonniers de leurs contradictions, et les élections municipales approchant, finalement les élus cèdent sur 2 points :
- En conseil municipal le 3/07/25 sont adoptés un règlement de la cantine (il n’y en avait pas jusque-là) et le retrait de la partie fixe de la pénalité, 2 €, qui conduisait à multiplier par 14 le pris du repas pour le quotient familial plancher (2,15 € au lieu de 0,15 €) ; souvent les familles les plus en difficulté face au système de réservation-pénalisation ;
- Au conseil municipal le 18/12/25, Mme Temel fera voter la suspension des pénalités pour toute l’année scolaire 2025-2026.
Mais attention, « suspension » n’est pas « suppression » ! Et le calendrier électoral n’est certainement pas pour rien dans cette décision après des années d’inertie. Cette reconnaissance du dysfonctionnement du système ne s’accompagne d’ailleurs pas d’un abandon des procédures contre les parents pénalisés l’année dernière. Et si la Ville accepte finalement ainsi le moratoire demandé par les parents depuis avril dernier, la revendication de ces derniers a changé, au long d’une mobilisation qui leur a fait prendre conscience de la perversion et de l’inutilité du système.
Car le système de réservation-pénalisation ne sert à rien, et en particulier pas à éviter le gaspillage alimentaire, puisque les repas sont commandés par un algorithme basé sur les habitudes de fréquentation de la cantine… comme avant la « gratuité ». Cela a été révélé aux parents par des agents eux-mêmes, et confirmé lors d’une réunion de travail à la mairie. Ce qui n’empêche pas Mme Temel de continuer à utiliser cet argument.
Ce que les parents veulent maintenant, c’est la suppression du système de réservation-pénalisation, revendication adoptée par les conseils locaux de la FCPE en assemblée générale le 15 novembre 2025.
« Presque 1/3 des repas ne sont pas réservés, on peut donc penser que la réservation de la cantine ne sert pas à éviter le gaspillage alimentaire. Les services nous confirment effectivement ce que nous avions appris par les agents : c’est un algorithme basé sur la fréquentation passée de la cantine qui évalue le nombre de repas livrés dans les cantines. »
Tarifs du périscolaire : le calme avant la tempête
Car l’approche des élections a des vertus apaisantes sur l’humeur inflationniste de nos élus. Dans la foulée de l’absorption de Pierrefitte par Saint-Denis, Mme Temel préparait benoîtement, en janvier 2025, ce qu’elle appellait une « harmonisation » des tarifs. Un rapport préparatoire au conseil municipal du 30/01/25 fuite, les parents s’en saisissent et sortent la calculette : jusqu’à 103 % d’augmentation selon les activités pour les Dionysiens, 21 % pour le quotient familial plancher sur les vacances et le mercredi…
Le rétropédalage est immédiat : la mairie annonce que ce document pourtant bien réel, finalisé et transmis aux conseillers municipaux n’était qu’un document de travail et ne sera pas présenté en conseil municipal…
En effet, suite aux vives réactions des parents fin janvier, les élus ont préféré laisser la patate chaude de côté jusqu’aux élections. Le conseil municipal du 3/04/2025 repousse l’harmonisation et maintient provisoirement une double tarification selon le lieu d’habitation, Pierrefitte ou Saint-Denis, pour l’année 2025-2026.
Nouveau calcul du quotient familial : effets inflationnistes
Et cependant, une petite bombe à retardement est bien votée, qui produira tous ses effets à la rentrée 2025. La modification du mode de calcul du quotient familial, dont les élus affirment qu’il sera vertueux. Invérifiable. Là encore, en l’absence de chiffres que la mairie refuse de transmettre aux parents, ces derniers sont supposés les croire sur parole, ce qu’ils sont de moins en moins enclins à admettre. D’autant qu’à la rentrée 2025, de nombreux parents dénoncent l’augmentation conséquente, du simple au double dans certains cas, de la tarification du périscolaire (il est encore difficile de saisir l’ampleur réelle du phénomène).
Réservation-pénalisation : bientôt les centres de loisirs
Une autre bombe à retardement se dissimule dans les résolutions du conseil municipal d’avril : la mise en place d’un système de réservation-pénalisation des accueils de loisirs pendant les vacances est acté pour les vacances de la Toussaint, concernant le volet réservation, et les vacances d’hiver pour le début de la pénalisation. Un calendrier pour le moins étonnant, introduire des pénalités juste avant les élections…
En réalité, cette mise en place a été suspendue, sans pourtant d’autre résolution en conseil municipal. Mieux, les élus nient publiquement cette décision, écrite noir sur blanc ! Il est extrêmement déstabilisant d’être confronté à une parole politique aussi peu fiable : entre les accusations publiquement lancées contre les critiques (« opposant », « fake news ») et les contre-vérités voire les mensonges assénés fréquemment, le échanges peuvent ressembler davantage à un débat télévisé sur Cnews qu’au cadre démocratique sincère auquel on pourrait prétendre quels que soient les désaccords.
Quoi qu’il en soit, les priorités du prochain mandat, repoussées d’un an grâce à la mobilisation des parents et à la proximité des élections, ne seront pas une surprise : la note sera douloureuse. Les élus aiment, pour justifier leurs réformes impopulaires, s’abriter derrière les pratiques des autres communes. Gageons que les augmentations de tarifs seront justifiées par des tarifs piochés à droite à gauche.
Et si les élus, plutôt que regarder ailleurs, apprenaient à connaître la population de leur ville, et à réfléchir à ses besoins plutôt qu’à leurs ambitions ? Mais pour cela, il faudrait d’abord écouter.


