Situation du quartier de la gare. Débattre et agir pour avancer

, par Michel Ribay

La situation que connait le secteur de la gare a fait l’objet de nombreuses expressions et cela dans des conditions peu propices à un débat argumenté, serein, ayant quelques chances de déboucher sur un diagnostic partagé, des actions construites, pérennes et soumises à évaluation. Cela est-il en train de changer ?

Interpellations, invectives, injonctions et vitupérations diverses ont nourri les « échanges » sur les réseaux. Une réunion en centre-ville avait en partie reproduit ces impasses sur le sujet.

Une réunion publique organisée à la gare par la municipalité le 21 juillet puis une question posée par une habitante de la gare, ex-élue de la majorité municipale défaite en mars 2026, à laquelle le maire a répondu lors du lancement dispositif « Quart d’heure citoyen » le 24 septembre dernier ont permis l’expression plus claires, plus lisibles des « positions » en présence. Le député de la circonscription, Stéphane Peu a de son côté interpellé le préfet avec une lettre rendue publique sur son compte Facebook.

Le Blog de Saint-Denis a contribué pour sa part à ce débat avec un entretien publié le 8 juillet dernier, la publication de la lettre ouverte le 9 octobre et encore aujourd’hui. C’est son rôle depuis son lancement en juin 2021. Il n’y a rien à craindre de l’expression de la pluralité des opinions, du débat.

C’est pourquoi nous avons déploré, entre autres, les limites imposées, le cadre restrictif, contraint de la formule retenue jusqu’à ce jour pour le « quart d’heure citoyen ». Des dispositifs du même type adoptés dans d’autres collectivités permettent une expression plus importante des différents acteurs.

Concernant la lettre publiée ce jour, de notre point de vue, elle appelle les remarques suivantes.

D’abord, on peut se féliciter des exigences qui y sont exprimées d’emblée : « Nous partageons plusieurs de ses exigences : l’accès aux soins, l’accompagnement des personnes en difficulté, des toilettes publiques et une mobilisation coordonnée des institutions. La précarité et les addictions appellent des réponses humaines et durables. »

C’est la première fois, – et la situation à la gare est loin d’être nouvelle – que de telles exigences sont formulées, beaucoup, ces dernières années, s’étant contentés de revendications d’ordre strictement sécuritaires. C’était aussi l’approche de la majorité sortante et mise en œuvre constamment. Cette approche univoque n’est plus appliquée depuis maintenant près de neuf mois.

La lettre ouverte parue le 9 octobre a eu le mérite d’ouvrir un autre champ que la stricte réponse sécuritaire, la convergence des exigences permettra-t-elle un travail réunissant tous les acteurs qui se sont positionnés en ce sens, associations, collectifs, amicales, puissance publique ? C’est souhaitable, nécessaire même pour avancer.

Avancer, car la situation que connait le secteur ne peut perdurer en l’état. Les deux lettres emploient aussi le même mot : abandon.

La première dans son titre même : « Gare de Saint-Denis, place du 8 mai 45, centre-ville : sortir de l’abandon, exiger des réponses de solidarité et de santé publique ».

La seconde évoquant « un profond sentiment d’abandon » car, écrivent-ils, si « Les difficultés existaient auparavant. »… « depuis avril 2026, nous observons une nette dégradation de nos conditions de vie et de travail dans le quartier. »

Avancer nécessite l’intervention, l’engagement et la présence de la puissance publique sur le terrain, sur l’ensemble des champs d’action et des attentes face à la situation. L’apport de son soutien, de ses ressources, de ses agents, de ses compétences.

Sans intervention de la puissance publique, les perspectives de régulation d’activités, d’accompagnement des personnes (préparation culinaire diverses, biffins) qui échappent à des réseaux organisés (cigarettes de contrebande, contrefaçon, produits similaires proposés à la vente…) n’en seront que plus difficiles à mettre en œuvre, fragilisées.

Les conditions de fréquentation et des usages d’un espace public accessible à tous et son respect ne sont pas négociables. Les impacts environnementaux de la situation que connait le quartier – sur le canal et par conséquent sur la Seine – sont aussi loin d’être négligeables.

Pour avancer il ne peut être fait l’économie d’une orientation clairement et publiquement exposée, d’un plan d’actions diversifiées, adossé à un calendrier et suivi par l’ensemble des acteurs.

L’inaction nourrit le repli, la déception, la colère. Et mènerait, en se prolongeant, à un échec collectif.

PS : La municipalité annonce une déambulation le 5 novembre à la gare à 17h30. La date suscite beaucoup d’interrogations qui s’expriment sur les réseaux car c’est le jour de l’appel à la grève nationale lancé par les organisations syndicales.