Article actualisé 9/12/2025 à 14h 50. Les « raisons » de cette destruction. / Les vandales. L’irrespect total du droit moral d’artistes et d’architectes. Mathieu Hanotin poursuit ses destructions

, par La Rédac’

Après les atteintes au travail des paysagistes et architectes Michel Corajoud et Yves Lion sur la couverture de l’autoroute A1 à la Plaine, la destruction de la fontaine des architectes Paul Chemetov et Borja Huidobro place du 8 mai 1945, la destruction de la fresque d’Eloy Torrez au Franc Moisin, sans compter les destructions programmées à l’ilot 8 qui porteront atteinte au travail de Renée Gailhoustet et à laquelle sont opposés les locataires et de nombreux architectes, urbanistes et défenseurs du patrimoine architectural, c’est la fontaine place Jean Jaurès qui a été détruite ces dernières heures.

L’idée de déplacer cette fontaine a-t-elle effleuré leurs esprits ?!

Cette fontaine-sculpture réalisée en 1987 est issue d’une commande publique de fontaines pour 4 villes.

Elle a été réalisée par Horia Damian, un artiste peintre et sculpteur roumain né à Bucarest, le 27 février 1922 et mort le 13 mai 2012 à Paris. Il a fréquenté l’atelier d’André Lhote et a travaillé avec Fernand Léger et avec Auguste Herbin.

Nous reproduisons une gouache réalisée en 1985, qui préfigure la fontaine-sculpture qui vient d’être détruite.

Il a conçu des projets d’art monumental pour différents musée dont le Guggenheim à New York.

Ce sujet a fait l’état d’une délibération au conseil municipal (Affaire 40 du 25 septembre 2025). Nous publions la délibération adoptée et l’annexe accessibles dans webdelib sur le site de la ville. Il s’agit d’un protocole transactionnel entre les ayants droits de l’artiste et la collectivité.

« Les ayants droits (les Consorts Damian) ont adressé le 4 mars 2024 à la Commune et Plaine Commune, via leur conseil, un courrier de mise en demeure aux fins « de prendre toutes dispositions pour le rétablissement de l’intégrité de la sculpture fontaine d’Horia Damian, dans le respect du droit moral de l’artiste ».

Puis Les Consorts Damian ont ensuite introduit sur le fondement du droit moral d’auteur une requête en référé devant le tribunal administratif de Montreuil le 26 mars 2025 aux fins de solliciter la sécurisation et la restauration de la Fontaine.

Dans son ordonnance du 29 avril 2025, le juge des référés du tribunal administratif de Montreuil a rejeté la demande de restauration en l’absence de précision sur la teneur de la restauration sollicitée ; et enjoint la société Plaine Commune et la Commune de prendre les mesures nécessaires pour sécuriser l’emplacement où se trouve la Fontaine, assurer le maintien de l’intégrité́ de la Fontaine durant les travaux de réaménagement du centre-ville de la commune de Saint-Denis, dans un délai d’un mois à compter de la notification du rapport de l’expert désigné́ dans l’affaire 2413089.

Compte-tenu de ce rejet, un protocole à valeur transactionnelle a été conclu entre les ayants droits et la Commune qui stipule :

La Commune s’engage à régler à titre d’indemnité forfaitaire, transactionnelle, globale et définitive la somme de cent mille (100.000,00) euros aux Consorts Damian dans un délai de quarante-cinq (45) jours à compter de la signature du Protocole par les Parties,
 renonce à tous recours et à toute réclamation ou action de quelque nature que ce soit à l’encontre des Consorts Damian, que le recours ou l’action soit fondé(e) sur le Différend et/ou ait pour origine la Fontaine.

Plaine Commune renonce à tous recours et à toute réclamation ou action de quelque nature que ce soit à l’encontre des Consorts Damian, que le recours ou l’action soit fondé(e) sur le Différend et/ou ait pour origine la Fontaine.

Article 3 – Engagements et concessions des Consorts Damian
Sans aucune reconnaissance du bien-fondé des moyens et arguments opposés par la Commune au titre des faits, causes ou événements en relation avec le Différend, et sous réserve du strict respect des concessions et engagements respectivement pris aux présentes par la Commune et Plaine Commune, les consorts Damian :
 reconnaissent que l’indemnité forfaitaire susvisée, sous réserve d’encaissement, couvre l’ensemble des postes de réclamation des Consorts Damian nés du Différend et/ou ayant pour origine la Fontaine ;
 acceptent que la Commune et/ou Plaine Commune (et/ou tout tiers agissant pour le compte de ces dernières) dépose une demande de permis de démolir ou de permis d’aménager valant démolition de la Fontaine, et procède à sa destruction pure et simple ;
 reconnaissent et acceptent que la Commune et/ou Plaine Commune (et/ou tout tiers agissant pour le compte de ces dernières) pourra disposer des déblais de la Fontaine comme il le souhaite, notamment pour le réemploi pour le compte de la Commune et/ou de Plaine Commune, ou pour les donner à des associations ou autres structures de réemploi, et ce sans à avoir à en informer ou à en justifier auprès des Consorts Damian renoncent à tous recours et à toute réclamation ou action de quelque nature à l’encontre de la Commune et/ou de Plaine Commune, que le recours ou l’action soit fondé(e) sur Différend et/ou ait pour origine la Fontaine. »

Voilà ce qui a conduit à la destruction pure et simple de cette fontaine.

100 000 euros d’argent public de dédommagement plutôt que de l’argent public consacré à sa préservation, sa restauration, son déplacement. Il n’y avait sans doute pas la place dans une commune qui s’étend de la Porte de la Chapelle à la commune de Sarcelles.

Reste la destruction de cette fontaine sans que le recours de quelque partie, citoyen ou autre (sauf les ayants droits) puisse contester cette décision dans le cadre d’un recours contentieux signifié dans les 2 mois qui suivent l’affichage du permis d’aménager modificatif délivré le 24 novembre 2025. Destruction intervenue le 8 décembre.

Les élus n’ont-ils pas été assez attentifs au titre de la délibération « Dépose de la fontaine Damian » lors du conseil municipal du 25 septembre 2025 ?

« Dépose » n’est pas un synonyme de destruction. N’est-ce pas ?

Le respect aurait consisté à déplacer cette œuvre. Rien de plus, rien de moins.

Pour finir le post consternant d’un élu Boris Deroose qui se réjoui de la destruction d’une œuvre d’art :

Valorisation patrimoniale : (sic !) continuons d’avancer !

Du temps où je n’étais pas engagé en politique, simple étudiant déjà dionysien, j’arpentais quotidiennement le centre-ville entre le quartier gare où j’habitais, et le métro basilique, en passant par la rue de la République, la triste place Jean Jaurès… et la fameuse fontaine aux sacs plastiques. 

Cette fontaine, aux bambous vieillis et calquerisés, concentrait en effet régulièrement les déchets alentours la transformant à mes yeux en véritable verrue urbaine.

Dans mon souvenir, c’est l’un des premiers éléments ayant concentré chez moi le dégout d’une mauvaise gestion des espaces publics. 

C’est vous dire ma joie de la voire aujourd’hui détruite dans le cadre de la revalorisation patrimoniale du centre-ville.  

À celles et ceux qui voudraient que rien ne bouge, sachez que cette démolition à été validée de maniere unanime en conseil municipal - c’est dire ! - et s’agissant d’une « oeuvre d’art », les ayant droit ont bien été indemnisés.

Continuons d’avancer !