En centre-ville. C’est l’ouverture – en grandes pompes, avec video du maire déambulant dans les rayons – de Lidl en début d’année qui a marqué la rue de la République ces derniers mois. L’enseigne du groupe allemand créé en 1930, a construit un empire présent dans près de 30 pays avec plus de 1600 magasins et 45 000 salariés en France (chiffres de 2021).
Une offre discount avec des opportunités de trouver des produits de qualité à des prix intéressants mais qu’on ne retrouvera pas forcément. C’est bien le côté aléatoire du discount.
Autre ouverture hors alimentaire, toujours sous la coupe d’un groupe outre-Rhin, Snipes qui pour l’instant, de sources autorisées, remplit sinon ses objectifs, mais réalise le chiffres d’affaires nécessaire (on taira le chiffre) pour faire face à ses charges, sur un secteur déjà très pourvu en toute proximité de produits équivalents sans compter l’offre quasi pléthorique de streetwear et sneakers rue de la République ou Gabriel Péri.
Depuis c’est Primaprix, groupe espagnol, essentiellement implanté dans la péninsule ibérique qui s’est installé à deux pas du Franprix, rue de la République. Le concept de Primaprix est celui de l’outlet, bien connu dans le monde du textile, de l’habillement. Vendre des surplus, des stocks issus exclusivement de marques.
Ce qu’indique le groupe sur son site : « Les grandes marques internationales ont souvent des excédents de stock dans leurs entrepôts, des restes de promotions (Noël, été, événements, etc.), des lancements de nouveaux produits, ou des articles dont le prix varie considérablement d’un pays à l’autre.
Chez PrimaPrix, nous parcourons l’Europe à la recherche de ces opportunités pour que vous puissiez en profiter à des prix qui vous conviennent.
Nous avons ouvert notre premier magasin à Madrid en 2015. Puis le premier en France en 2022.
Dix ans plus tard, avec 260 magasins et 2 000 collaborateurs, nous continuons des lancements de nouveaux produits, ou des articles dont le prix varie considérablement d’un pays à l’autre. »
Des prix serrés sur les marques en parcourant l’Europe. Les premiers magasins ont ouvert en 2022, dont l’un à Montreuil.
Dans la galerie commerciale, restée plusieurs mois sans enseigne apparente, c’est une tout autre entreprise elle aussi dans le discount. Créée fin 2023, Primeur Saulger, dont le siège social est à Claye Souilly en Seine-et-Marne, a ouvert son premier magasin, entre le marché et Carrefour.
Et de trois donc. Et de quatre même après l’ouverture du hangar de AB Distribution, rue Gabriel Péri à deux pas du marché. Sans parler d’Action.
De son côté, Carrefour n’est plus depuis juin dernier un magasin Carrefour au sens strict du terme. C’est depuis un franchisé comme l’est depuis un bon moment celui de Stains. D’après nos informations, ce seraient les mêmes exploitants. Première conséquence pour les consommateurs, des changements dans la gamme de produits, le rayon boucherie semble bien être tiré vers le bas, moins de choix, des références disparues et une politique dite « à flux tendu » dixit la direction du magasin qui a supprimé des rayons les rabais à 30% voire plus pour des produits approchant J-1 comme date de commercialisation.
Une gamme resserrée côté fruits et légumes puisque le rayon « bio » se réduit aujourd’hui à peau de chagrin.
Entre inflation et stagnation des salaires, les enseignes petites et grandes sont poussés à ajuster leurs offres, et à mener la guerre des prix qui semble conduire à descendre en gamme, réduire les références même si certains affichent comme particularité de ne vendre que des produits de marques (PrimaPrix).
Dans la majorité des cas le consommateur dionysien, peu fortuné, c’est le moins qu’on puisse dire avec un nombre de foyers très élevé en dessous du seuil de pauvreté, peut tirer profit de la situation mais il lui reste à comparer vraiment les prix tant les annonces de modération des uns ou des autres ne sont pas toujours au rendez-vous.
Ainsi, on achètera tel produit chez Lidl, tel autre chez Carrefour, une visite chez AB Distribution (nous en parlions ici en avril 2024) permettra de compléter les produits acquis chez PrimaPrix selon les arrivages. Sans compter le marché bien entendu mardi, vendredi et dimanche et le samedi pour le non alimentaire.
L’offre s’est donc étoffée dans un rayon d’à peine 300 mètres (Lidl, Primaprix, Primeur Saulger, AB Distribution) à faire pâlir d’envie certains quartiers en mal d’offres commerciales.
Cela autorise-t-il à parler comme la majorité municipale le fait d’une « dynamique de revitalisation commerciale » ?
« Une belle réussite pour notre centre-ville et une étape de plus dans la dynamique de revitalisation commerciale que nous portons.
Après Snipes, Lidl, Intermarché (à Pleyel), la boulangerie Basilique, Le Majaz, et bientôt un glacier rue de la République, c’est une nouvelle enseigne de qualité qui vient renforcer l’attractivité de notre ville.
À celles et ceux qui qualifient cette offre de "bas de gamme", je rappelle simplement que Primaprix fait partie des marques préférées des Français. Accessible, utile, attendue : elle répond aux besoins concrets des Dionysiens.
Saint-Denis avance, et notre tissu commercial se diversifie pour tous les goûts et tous les budgets. » écrit sur sa page Facebook, l’adjoint au commerce, Rabia Berraï.
C’est de bonne guerre en terme de communication. La réalité, plus prosaïque, inciterait plutôt à dire que ces arrivées s’insèrent dans un mouvement général qui depuis 2018, a vu émerger 104 magasins discount supplémentaires en Île-de-France, soit une hausse de 12% (chiffres issus d’une étude de la Chambre de Commerce et d’Industrie (CCI) d’Île-de-France). La région en compte près de 1000, portés par la demande croissante des consommateurs pour des produits du quotidien à petit prix. Et les villes à fort pouvoir d’achat ni échappent pas puisque PrimaPrix s’est implanté début 2025 à Levallois-Perret, après Asnières et Boulogne.
De là, à dire que l’ouverture de PrimaPrix « vient renforcer l’attractivité de notre ville. », on tord fortement le bâton. Peu de chances que cela soit un critère pour les nouveaux arrivants, pour une famille qui fuyant les prix parisiens à la location ou à l’achat tire de cette nouveauté un argument de poids.
« Saint-Denis ? Pourquoi hésiter chérie, il y a même un PrimaPrix ! »
Seule certitude que révèle l’étude de la CCI : « En 2023, les dépenses des cadres dans ces magasins (Discount, NDLR) ont bondi de 30%, selon le baromètre des paiements du groupe bancaire BPCE (Caisse d’épargne, Banque Populaire entre autres. NDLR).
De là aussi à dire que « notre tissu commercial se diversifie pour tous les goûts et tous les budgets. », le pas est (trop vite) franchi. On devrait se contenter de ne retenir que l’aspect « budget ».
Un contexte mouvant, des résultats contrastés
Ça ouvre…
A Pleyel, après plus de 5 ans d’un imbroglio technico-juridique, la cellule commerciale conçue par la majorité précédente adressée à la fois sur le boulevard Ornano et le boulevard Anatole France a ouvert. C’est Intermarché qui l’exploite. Une bonne nouvelle.
Au marché, c’est L’atelier du Saumon qui tient maintenant un stand. Cela n’a pas été facile, et malgré les difficultés rencontrées par l’exploitant, le traitement pour le moins rugueux qu’il avait subi de la part de la police municipale, fort de son bon droit, il a fini par obtenir une réponse favorable pour un stand au marché. Une offre de qualité déjà reconnue et primée.
ça ferme…, ça réouvre.
Moins réjouissant, plusieurs fermetures ces derniers mois. Le boucher, Alicia, rue Auguste Poullain, toujours présent au marché a mis la clef sous la porte. Un clientèle trop rare en regard de charges trop élevées. La French bière, rue Gabriel Péri, a aussi fermé mais vient de réouvrir sous la même enseigne. La gamme de prix des bières s’étageant de 2,80 euros jusqu’à 7,10 euros permettra-t-elle de tenir dans la durée ?
ça se maintient…
Le restaurant Majaz souffre encore des travaux attenant à la place Jean Jaurès et à ceux en cours touchant le Campanile. Peu de visibilité, peu monde semble-t-il, des prix assez soutenus, il devrait à terme profiter de sa situation et du passage important devant sa devanture. Entretemps, le propriétaire a, dit-on, les moyens financiers de tenir.
ça cartonne…
Une réussite, toujours très fréquentée, la boulangerie La Basilique cartonne. On vous en avait parlé ici avec le portrait de son patron, Nilogoh.
ça souffre beaucoup.
On ne peut en dire autant des commerces très durement affectés par les travaux du parc Marcel Cachin. Recul, effondrement du chiffres d’affaires. La municipalité n’entend pas apporter le moindre soutien financier. Les commerces ont bien du mal à vivre hors des polarités commerciales, ce secteur avait des points d’appuis diversifiés non négligeables (La Poste, bar-restaurant, fleuriste, boulangerie, pharmacie), l’ensemble y est donc fragilisé.
Du côté des perspectives. On parle de l’arrivée de nouvelles grandes enseignes ; le bio ferait son retour (une boutique La vie Claire existait il y a plus de 35 ans rue Gabriel Péri) et d’une offre culturelle à La Plaine. La politique commerciale est un long chemin pavé d’embuches de toute sortes, un cheminement très fragile qui n’autorisent ni de bomber le torse, ni les jugements systématiques à l’emporte pièce.
Wait and see donc. En attendant, une chose est sûre : le refus de toute aide, de tout accompagnement, – confirmé par l’adjoint au maire Laurent Monnet, lors d’une rencontre sur site début septembre – aux commerçants du secteur Marcel Cachin impactés par les longs travaux d’ampleur (le planning a de plus dérapé) demeure incompréhensible et indéfendable.
Politiquement, commercialement.
PS : une mention spéciale au restaurant A la Louche qui a ouvert en début d’année rue de la Boulangerie à côté de Marguerite et Charlie. Tous ceux qui y ont déjeuné ou dîné vantent la qualité des produits et l’inventivité du chef, Julien Attal (photo de Une). On n’y est pas encore allé. A rectifier, comme l’assaisonnement en cuisine…, et au plus vite.
Rectificatif. concernant l’offre en bio, notre énumération comportait un regrettable oubli : la présence de Greenmarket avec une activité sur trois sites, un stand au marché, une boutique face à Carrefour et celle initiale boulevard Jules Guesde en face de la boulangerie Le blé d’or.


