Commune nouvelle. Ça ne s’arrange pas dans les services. Brutalité managériale, refus d’enquête demandée par les organisations syndicales et contournement de la loi vont de concert

, par Michel Ribay

Le 2 décembre dernier nous rendions compte dans un article de la politique menée en matière de « gestion du personnel » depuis l’arrivée en responsabilité de Mathieu Hanotin. Les effets s’en font toujours sentir au fil des ans. Souffrance au travail, turn-over, désorganisation des services, perte de réactivité auxquels s’ajoutent un management brutal, des procédures disciplinaires et le contournement illégal d’une instance paritaire, le Comité Social Territorial.

L’externalisation de missions, les réorganisations successives de services, la « polycompétence » imposée et la suppression de jours de congés, ont conduit, écrivions nous en décembre 2024 à une grande souffrance au travail pour les agents de la ville. Un état des lieux extrêmement inquiétant que confirmait déjà un audit réalisé en 2023 dont nous avions publié des extraits.
S’agissant de la situation des services, à titre d’exemple parmi d’autres nous indiquions qu’à la Direction des Bâtiments et de l’Architecture (DBA), les directions et réorganisations se succédaient depuis juin 2020 et que le nombre de personnes attachées au service s’était effondré. A mi-mandat, en mars 2023 sur 32 postes, 19 postes étaient vacants.

Nous écrivions par ailleurs : « la situation au sein de ce service n’est sans doute pas étrangère aux difficultés rencontrés par les équipes sur le terrain pour faire face à de graves désordres qu’illustre l’actualité concernant l’école maternelle du Rouillon. L’importance du patrimoine en terme d’équipements municipaux exigent des effectifs à la hauteur des besoins en terme de maintenance, suivi et réactivité aux impondérables.
Une désorganisation qui s’est aussi installée au fur et à mesure des réorganisations des services (elles se sont succédés à la DBA) enclenchées à chaque arrivée de nouveaux directeurs qui entendent marquer de leur empreinte leur prise de poste. Ainsi, des méthodes de travail à peine stabilisées peuvent être défaites, remises en cause à tout moment. Un phénomène qui répété génère et accentue la souffrance au travail, érode la confiance des agents et mine le sens des missions. »

Le départ du directeur de la DBA est annoncé

Arrivé au moment de l’incendie du centre administratif début juillet 2023, moins de deux après c’est son départ. Les travaux du centre semblent avancer à un rythme peu soutenu, selon les informations recueillis dans les services. Le rez-de-chaussée et le 1er étage ne sont toujours pas en mesure de recevoir personnel et public. Que se passe-t-il ?

Une nouvelle direction va-t-elle elle aussi procéder à une nième réorganisation du service ? A quoi doit-on imputer un tel turnover de direction dans ce service ? Qui en porte la responsabilité ? Autant de questions légitimes qu’agents de la collectivité et Dionysiens peuvent se poser.

Regroupement des agents et Flex-office

Dans les étages du centre administratif, avec le regroupement d’agents venus de Pierrefitte, en particulier à la DRH, on manque de place. Dans le même temps, et sans le dire avec la mise en place du télétravail qui s’est accéléré et amplifié avec la crise du Covid, la tentation de se diriger vers la suppression de bureau individuel et l’instauration de flex-office menace. Une nouvelle dégradation des conditions de travail est donc crainte. Manque de place pour les uns, quant à d’autres est suggérée l’idée d’intégrer des locaux à Pierrefitte. Il va sans dire que ça ne se bouscule pas au portillon. Pendant ce temps d’autres agents s’interrogent sur la remise à neuf d’un imposant bâtiment à Pierrefitte qui accueillait des agents pierrefittois.

Brutalité managériale et contournement de la loi

Dans un autre article nous rendions compte de la situation que connait une autre direction, celle de l’adolescence et du bien grandir. Là aussi, la situation ne semble pas prendre le chemin de l’apaisement. Des procédures disciplinaires dont la validité des motifs sont fortement contestés sont enclenchées. Des agents – les coordonnateurs d’antenne jeunesse – sont eux convoqués, individuellement, à qui on annonce, via une réorganisation, la suppression de leurs postes.

Outre la brutalité du procédé à l’égard des agents, cela est fait au mépris de toute consultation du Comité Social Territorial que la loi a pourtant rendu obligatoire avant toute modification dans l’organisation (suppression ou création de postes).

La situation au sein du service avait par ailleurs conduit à une demande d’une enquête de la F3SCT [1] en janvier dernier qui s’est heurtée à un refus pur et simple de la direction générale des services puis à nouveau en date du 17 mars la demande d’un recours à une expertise certifiée, des démarches portées et soutenues par plusieurs organisations syndicales. Cette dernière demande adressée au Maire n’a toujours pas reçu de réponse ce 7 avril.

Là aussi c’est un service qui en est à son quatrième directeur de surcroit manifestement en délicatesse avec ses équipes, comme cela a été le cas tout un temps à la direction de la prévention. Les syndicats n’avaient pourtant pas manqué d’alerter sur ces deux situations.

Un quatrième directeur donc depuis 2020 dans le service de l’adolescence et du bien grandir qui a connu cependant de longues périodes sans direction. Ce que nous avions indiqué dans un précédent article sans même faire mention d’une personne recrutée pour le poste qui arrivée le matin jetait l’éponge en fin de journée. Pourquoi ?

Droit des agents aux congés bonifiés, pourquoi faut-il se battre pour en bénéficier ?

Le régime des congés bonifiés permet aux agents publics concernés - les agents ultramarins – de bénéficier d’une prise en charge de leurs frais de voyage, pour se rendre sur le lieu de leurs congés.

Durant ce congé, les agents voient leur traitement majoré soit par l’indemnité de cherté de vie dans les départements d’outre-mer, soit par un coefficient de majoration dans les collectivités d’outre-mer.
Les conditions pour y avoir droit sont définies à travers la notion de localisation du centre des intérêts moraux et matériels qui s’apprécie sur la base de critères fixés par la loi qui n’ont pas de caractère exhaustif ni nécessairement cumulatif et plusieurs d’entre eux peuvent se combiner et aucun des critères ne peut être considéré comme obligatoire.

Le principe est donc d’apprécier la vocation de l’agent demandeur à bénéficier du droit à congé bonifié sur la base d’un ensemble d’éléments et non de le refuser en raison de l’absence de tel ou tel critère.

C’est pourtant ce qui se passe, s’est déjà passé au sein de la municipalité, à tel point que le député Stéphane Peu est intervenu l’année passée afin que le droit des agents soit respecté.

Aujourd’hui, c’est bis repetita et tel ou tel agent qui veut bénéficier de ce droit se voit opposer l’absence de tel ou tel document, le manque de critères éligibles ou la nécessité de compléter le dossier, à tel point que certains peuvent se décourager, et renoncer à faire valoir leur droit aux congés bonifiés alors même qu’ils déjà engagé des frais pour ce faire. Un déni donc du droit des agents qui a été dénoncé par le groupe d’opposition Communistes, Insoumis et Citoyens dans leur tribune de ce mois.

Des congés bonifiés qui comme le précise le Guide des congés bonifiés édité par la Direction générale de l’administration et de la fonction publique a vocation à : « prendre, notamment, en compte le coût de la vie dans les collectivités ultramarines ».

Les élues Samia Bensalem Ould Amara et Oriane Filhol font bonne figure mais…

L’attitude rétive, réticente de la municipalité à accorder ce droit est d’autant plus surprenante que dans le même temps, l’adjointe au maire Oriane Filhol en charge de l’accès aux droits, communique sur son Facebook de l’accueil par ses soins, dans le cadre de la quinzaine antiraciste et solidaire, au nom du maire et avec l’adjointe Samia Bensalem Ould Amara en charge des discriminations, de l’association Sonjé qui a organisé : « un après-midi passionnant et extrêmement pertinent… sur la question de la vie chère en Outre-mer » écrit-elle !

« Un grand succès, la salle était comble, preuve des problèmes et préoccupations mais aussi des mobilisations militantes ! » rajoute-t-elle.

La municipalité communique et censure sur Facebook

Le Blog de Saint-Denis pointant dans un commentaire sur le profil Facebook de l’élue cette « dissonance cognitive et politique évidente » entre affichage politique et réalité faite aux agents a vu son commentaire rapidement censuré. Suite à la lecture de notre article Oriane Filhol nous fait savoir ici qu’elle ne censure jamais les commentaires. Dont acte. Nous lui avons répondu.

Comme quoi, écrivions nous, si force est de constater que rien ne s’arrange pour les agents, du côté des élus l’essentiel semble être de faire bonne figure et jeter le voile sur la situation réelle de la collectivité qu’on dirige. Ce constat reste d’actualité, même sans censure de nos commentaires.

PS : La vie chère en outre-mer nous y avions consacré un article début novembre 2024 pour rendre compte à l’initiative du député Stéphane Peu, d’une réunion publique en présence du député martiniquais Marcellin Nadeau et du journaliste Pascal Margueritte, co-auteurs du livre « Nous sommes la nature ».

Notes

[1(La F3SCT est l’instance de concertation ayant pour objet de contribuer à la protection de la santé physique et mentale et de la sécurité des agents dans leur travail)