Handicap. Urbanisme, Patrimoine, Ecologie. Entre nuisances sonores et 5G. Des dossiers mal emmanchés en héritage. Comment en sortir ?

, par Michel Ribay

Le changement de municipalité intervenu le 15 mars, – suivi de l’élection à la présidence de Plaine Commune de Bally Bagayoko le 21 avril – rebat les cartes d’un certain nombre de sujets dépendant pour partie des deux collectivités. Si les seules orientations de la municipalité ou de Plaine Commune ne peuvent suffire à revenir sur des décisions antérieures, elles sont en tout cas, sur certains dossiers, une condition pour y parvenir.

Après la réouverture de l’antenne Jeunesse Péri et de la Maison Jaune, ils restent de nombreux dossiers… à réouvrir. Certains sont à revoir (politique tarifaire pour l’accès aux activités culturelles et sportives), d’autres ont fait l’objet de reniement d’engagement (abandon de la construction de nouveaux bâtiments dans le quartier Confluence le long du canal) ou de contestation citoyenne (implantation d’antennes relais 5 G). Autant de sujets – non exhaustifs –sur lesquels la nouvelle municipalité aura à se positionner dans les temps qui viennent. Les attentes sont grandes, la politique de rupture annoncée a vocation à y répondre.

Handicap. Vers une politique tarifaire inclusive.

« Elle s’appelle Mylène, c’est le prénom d’emprunt qu’on lui donnera ici pour raconter son histoire. Ce n’est pas une grande histoire. Non. Juste une petite histoire qui illustre le décalage entre ce que le maire-président, Mathieu Hanotin et son équipe affichent et les décisions qu’ils prennent et dont l’impact est implacable pour celles et ceux qui les subissent.
Mylène perçoit l’Allocation Adulte Handicapé (AAH). Un revenu très faible qui oblige à compter. Et à compter juste… A faire des choix qui consiste à renoncer à beaucoup de choses.

Pour autant, au-delà de l’essentiel toujours difficile à financer, Mylène, dionysienne, avait fait le choix de participer, depuis l’année dernière, chaque mardi après-midi à un atelier de pratique artistique à l’école d’arts plastiques de la ville, Gustave Courbet. Pour un coût calculé sur le quotient familial. Un choix de Mylène, d’une autre saveur, pour elle même, que ses dépenses contraintes sur lesquelles elle n’a pas totalement la main.

Au cours de l’année, Mylène a quitté le logement privé très dégradé dans lequel elle vivait, pour profiter à terme d’un autre logement plus digne, plus adapté à sa situation. Le logement qui lui permet d’améliorer son quotidien se trouve à La Courneuve.

Ce logement – social – tant attendu améliore la vie quotidienne de Mylène mais menace la poursuite de ses ses activités culturelles. En effet, ce n’est plus du tout les mêmes conditions tarifaires et de plus la grille tarifaire accessible aux habitants de Plaine Commune a disparu.

Mylène est honnête, aussi elle n’a pas caché sa future domiciliation à La Courneuve, même si au moment de son inscription elle était toujours dionysienne car hébergée le temps que les travaux soit achevés dans l’appartement de La Courneuve.

Fini le tarif à 15% du quotient familial accessible aux seuls Dionysiens, elle devrait maintenant s’acquitter de 383 euros. Le tarif pour habitants de Plaine Commune a disparu. Seuls ne subsistent que deux tarifs, celui des Dionysiens (au quotient familial) et un tarif appliqué aux extérieurs [[Le calcul sur le quotient familial a été porté à 17,5% à la rentrée avec un tarif plancher à 70 euros et 298 euros pour l’année 2025-2026 ; anciennement 60 euros et plafond à 255 euros pour les tarifs 2024-2025.].

Mylène inquiète se demande comment elle va pouvoir assumer cette dépense qui passe de 60 à 383 euros, sur quoi sera-t-il rogné pour pouvoir continuer cette activité ? Elle alerte amies, collègues qui lui conseillent de faire part de sa situation au Maire, au président de Plaine Commune, aux élus dont la délégation a un rapport avec sa situation. »

Voilà ce que nous écrivions en décembre 2025 dans le Blog de Saint-Denis, Mylène a écrit au maire-président, Mathieu Hanotin, et à d’autres élus. Elle n’a jamais reçu de réponses.

En janvier 2026, dans le cadre d’un long entretien sur le handicap nous avions interrogé sur ce sujet Samuel Rogeret qui est aujourd’hui adjoint au maire en charge de cette délégation.

Sur la question des tarifs une proposition émergeait de sa part : « Lorsque la seule ressource est l’AAH, l’absence de tarifs adaptés devient un frein direct à la participation sociale. Une proposition simple consisterait à aligner systématiquement l’accès aux activités culturelles et sportives sur les tarifs déjà existants pour les minima sociaux, en les rendant lisibles et automatiques. Cela éviterait des démarches complexes et des situations d’exclusion par défaut. »

C’est sans aucun doute la voie la plus simple à suivre aujourd’hui. Pour Mylène et beaucoup d’autres.

Urbanisme. Construire ou ne pas construire le long du canal à Confluence ?

Le projet de construction de 3 bâtiments en R+5 le long du canal dans le quartier Confluence dans le prolongement de l’antenne Jeunesse, vers le 6B et face au faisceau ferré ait l’objet de contestations répétées.

D’abord, des raisons environnementales et de cadre de vie m’avaient conduit en tant qu’adjoint en charge du quartier, lors du mandat 2014-2020, à décider de ne pas construire sur cette emprise pour trois raisons, une seule d’entre elles d’ailleurs suffisait :
– ne pas exposer de futurs habitants aux nuisances sonores au vu de la proximité du faisceau ferré où transitent 900 trains par jour,
– conserver le maximum de pleine terre et de végétation en préservant une continuité écologique le long du canal entre les bâtiments de la rue de la Confluence et le 6B,
– réserver un espace en toute proximité des habitations pour des usages ludiques.

Autant de considérants auxquels s’ajoutait la demande des habitants des immeubles déjà construits de ne pas leur masquer la vue dégagée sur le canal.

Cet engagement pris auprès des habitants par la municipalité a été remis en cause par Mathieu Hanotin lors de son mandat.

Une vue du quartier Confluence. La flèche rouge désigne l’emprise foncière prévue pour les trois bâtiments.

Un abandon de l’engagement pris auprès des habitants d’autant plus étonnant qu’il est contraire aux travaux d’élaboration du PLUI, comportant une Orientation d’Aménagement et de Programmation (OAP) Environnement et Santé prescrivant de ne pas construire dans des secteurs où les futurs habitants seraient soumis à des nuisances environnementales qu’elles soient atmosphériques et/ou sonores (voies à grande circulation, autoroute, faisceau ferré). Une OAP construite dans le cadre des réunions organisées à Plaine Commune par la délégation à l’écologie urbaine (voir document joint).

Les trois bâtiments prévus à Confluence et en comparaison la distance entre les logements de la cité Paul Eluard et le mur anti-bruit construit. Un pont ferré est particulièrement émetteur de nuisances sonores. Les riverains du Pont de Soissons à La Plaine peuvent en témoigner.
Mur anti-bruit cité Paul Eluard. Les flèches bleues indiquent la longueur du mur. La grande flèche rouge pointe l’échelle des distances.
La continuité écologique le long du canal menacée par le projet de construction.

L’abandon de ce programme initial (sur l’ilot dit B4) était si important qu’il avait fait l’objet d’une demande de confirmation écrite de la part d’un agent immobilier, celle-ci ayant pour but de rassurer un acheteur des bâtiments faisant face au lot B4.

A mi-mandat, le maire, Mathieu Hanotin, avait confirmé, réaffirmé lors d’une réunion le 11 mars 2023 sur le quartier, sa volonté de construire sur cet emplacement.

S’agissant des nuisances sonores qu’auront à subir les futurs habitants, les propos tenus par Mathieu Hanotin lors de cette réunion étaient consternants : « La question des nuisances a été prise en compte et d’ailleurs ces bâtiments protègeront des nuisances sonores le reste du quartier ».  

Il n’y avait pas plus éclairante manière de reconnaître les nuisances que devraient supporter ceux qui vivront face au faisceau ferré (et en particulier du pont ferré) en cas de réalisation des trois bâtiments.

L’image du projet se voulait rassurante : la perspective présentée des bâtiments est soignée, le geste architectural a l’élégance classique, un cycliste passe, trois canards s’égaient dans le canal, ne manque que le bruit des 900 passages de train par jour.

Le projet des trois bâtiments à R+5 le long du canal et face au faisceau ferré.

Aujourd’hui les travaux n’ont pas commencé. Et le projet est toujours contesté pat les habitants du quartier, les plus proches riverains et toujours contestable pour les raisons évoquées plus haut.

Le promoteur Quartus tient-il à conserver ses droits à construire ? Assurément. C’est d’abord cela qui lui importe. Le lieu est secondaire.

Reconstituer ses droits à construire ailleurs devrait permettre de trouver une issue en conformité avec les OAP du PLUi, (ne pas exposer de futurs habitants à des nuisances), les attentes des riverains et de préserver cet espace de pleine terre, déjà arboré, au sein du quartier.

Bifurquer consiste quelquefois à revenir en arrière.

Antennes relais. Déployer la 5G coûte que coûte ?

Après les refus de deux copropriétés de la rue des Ursulines d’implanter des antennes relais 5 G , signifiés au même opérateur, Orange, sur leurs bâtiments et cela malgré les revenus financiers afférents, un autre opérateur de téléphonie mobile, Bouygues Telecom, via une structure intermédiaire, a choisi lui de s’implanter sur le patrimoine d’un bailleur social I3F, rue Emile Connoy, pariant sur le fait que les locataires n’ont pas leur mot à dire.

Bouygues Telecom, lors des premiers déploiements de réseaux de téléphonie mobile avait déjà projeté, en 2007, de s’installer rue Emile Connoy en dissimulant ses intentions sous le nom passe-partout d’"installation technique". Une mobilisation des riverains l’avait contraint à renoncer, tout comme Orange.

L’autorisation de travaux sur le patrimoine d’I3F (dénommé administrativement certificat de non opposition à une déclaration préalable) a été signée l’été dernier le 29 septembre 2025 par Adrien Delacroix adjoint au maire sortant Mathieu Hanotin.

Les services avaient pourtant proposé d’y faire opposition en arguant de trois considérants (document joint), mais ce courrier n’a jamais été signé, il aurait été pourtant le premier acte permettant de négocier avec la société intermédiaire a minima sur l’insertion paysagère du projet. Même pas !

On peut en comprendre les raisons politiques dans cet article qui retrace les orientations successives de la municipalité et de Plaine Commune s’agissant du déploiement de la téléphonie mobile.

S’additionnant à l’opposition de très nombreux riverains à l’implantation d’antennes 5 G, l’Architecte des Bâtiments de France (ABF), lui aussi, avait pourtant émis un avis défavorable au projet, « celui-ci étant de nature à porter atteinte à la conservation ou à la mise en valeur des monuments historiques ».

« L’immeuble concerné par le projet est situé dans le périmètre délimité des abords ou dans le champ de visibilité du ou des monuments historiques listés en annexe. Les articles L. 621-30, L. 621-32 et L. 632-2 du code du patrimoine sont applicables. » précisait leur avis.

L’immeuble se situant en toute proximité du Couvent des Ursulines, l’ABF indiquait qu’il « conviendrait de choisir un autre immeuble pour implanter les antennes relais ».

L’impact visuel des antennes.
Le bâtiment ciblé rue Emile Connoy. En proximité, école maternelle, crèche, centre de protection maternelle et infantile…

Outre cette question de préservation du patrimoine ignorée, de fortes inquiétudes existent compte-tenu de la présence de nombreux "sites sensibles" sur le secteur et cela en l’absence de toute étude sur les possibles effets sanitaires de la 5G. Ecole maternelle, PMI, crèche… Ils sont répertoriés et cartographiés dans cet article.

Plaine Commune, la ville de Saint-Denis ont des contacts étroits et réguliers avec les bailleurs présents sur le territoire, dont I3F. Ce dernier ira-t-il jusqu’à privilégier les rentrées financières – minimes –attendues de cette installation au détriment des riverains, du patrimoine dionysien, voire de son partenariat avec le territoire ?

Plaine Commune et la ville les feront-ils revenir à la raison ?