« C’est bien, on va gagner du temps » se réjouit Mathieu Hanotin. C’est ainsi lors du dernier point concernant les affaires dite « générales » que le maire a fait part de sa satisfaction à pouvoir conclure au plus vite le conseil municipal.
L’affaire abordée pouvait apparaitre anodine. Le titre à l’apparence technique « Ajustement du tableau des effectifs » ne laissait pas supposer une intervention politique de l’élue pierrefittoise Sonia Bennacer qui a donné lecture d’un rapport en défense de la politique Jeunesse menée à Pierrefitte depuis 2008 et 2020 à Saint-Denis et de la gratuité de la restauration scolaire.
Mensonge…
Un rapport dont l’objectif était de justifier les dernières mesures prises concernant l’organisation du service jeunesse, Sonia Bennacer n’hésitant pas à affirmer que celles-ci relevaient « d’un travail collectif de fond », « un projet qui n’est pas le fruit d’une décision verticale mais celui d’une démarche associant agents, direction, partenaires, organisations syndicales et élus ».
Les agents mobilisées et les organisations syndicales, toutes opposées à ces mesures apprécieront l’énorme mensonge proféré par Sonia Bennacer en charge du dialogue social qui sait pourtant que celles-ci ont été prises et annoncées avant même toute présentation en Comité Social Territorial. Des agents de la jeunesse présents sur les bancs du public et auxquels le maire a refusé toute expression auraient pu faire part de leur point de vue.
… mépris et stratégie d’évitement des responsabilités
Sonia Bennacer, fraichement élue de la commune nouvelle, n’ayant aucune connaissance de la politique jeunesse menée à Saint-Denis, n’avait qu’une mission : lire un rapport dont elle ignore tout du contexte. Mathieu Hanotin aurait répondu. L’affaire était bouclée.
Un tel niveau de mépris de tous les acteurs opposés unanimement aux décisions prises dernièrement en dit long sur la conception du dialogue social de la part de la majorité municipale et dont Sonia Bennacer a la charge.
L’intervention de Sonia Bennacer avait un intérêt interne, double et éminemment politique, celui de protéger Katy Bontinck, élue en charge du service Adolescence et bien grandir, esquivant par la même les responsabilités de sa délégation depuis 2020 ainsi que celles de Leyla Temel, en charge de la restauration scolaire, confrontée de son côté à une protestation croissante de nombreuses familles soumises à des pénalités liées à la « cantine gratuite ». Des pénalités très précisément documentées par la FCPE dans le cadre d’une enquête menée auprès des familles. Leyla Temel, par précaution, s’était déjà dispensée d’avoir à affronter le sujet, puisqu’elle n’était pas présente à ce conseil. La question écrite du groupe Saint-Denis à gauche prévue en fin de conseil n’a pas été abordée.
Entre protection des agents et débat tabou sur le management ?
Bakary Soukouna, premier inscrit pour y répondre n’a pu poursuivre son intervention, son micro ayant été coupé par Mathieu Hanotin au motif d’un rappel à l’ordre du règlement intérieur du conseil, le nom du directeur du service jeunesse ayant été cité par l’élu d’opposition.
Si la protection des agents est un élément essentiel dont le maire est garant, il n’en demeure pas moins qu’une crise que connait un service municipal peut relever de problématiques liées à un mode de management. On l’a déjà vu précédemment ailleurs, ici ou là. Cela a fait et fait toujours l’objet d’interpellation du maire, de la direction générale par des organisations syndicales. Pour certaines toujours sans réponse.
Le conseil municipal doit-il s’interdire d’en débattre, voire même de simplement y faire référence ? Au risque d’ailleurs de laisser le sujet se déployer sur les réseaux ? Sans cadre, sans prendre finalement en compte qu’en dernière analyse quelque soit la responsabilités des uns et des autres, ce sont les élus, le maire en premier lieu qui est politiquement responsable.
Si le débat semble difficile en conseil municipal, des procédures existent, elles sont prévues dans le règlement intérieur du Conseil municipal : une commission d’information et d’évaluation ( [1])
permettant de « procéder à l’évaluation d’un service communal », cadre paritaire, normé, où la représentation politique est diverse, l’administration représentée, et dans lequel le management d’un service peut être interrogé, évalué. La demande peut en être faite par l’opposition, la majorité municipale fera-t-elle dans ce cas le choix de s’y soustraire, de l’éviter ? Des enquêtes administratives peuvent par ailleurs être instruites.
Le rappel à l’ordre étant fait, Bakary Soukouna avait toute légitimité à poursuivre son intervention, ce que Mathieu Hanotin a arbitrairement refusé, outrepassant son pouvoir en matière de « police de l’assemblée ». Une fois de plus. Avec morgue, cynisme et condescendance à l’égard de l’opposition qui proteste et refuse de prendre la parole en exigeant que Bakary Soukouna puisse poursuivre. « C’est bien, on va gagner du temps » lance Mathieu Hanotin. L’opposition – dans son ensemble – quitte le conseil municipal.
Horloge pour les élus, pointeuse pour les agents
Les élus disposent d’un temps limité pour leur intervention. Dernièrement, Mathieu Hanotin a fait installer un compteur qui égrène seconde après seconde le temps d’intervention. C’est une nouveauté. Du jamais vu à Saint-Denis. Il faut dire que compter et décompter semble être sa marque de fabrique, il a aussi innové avec l’introduction d’une pointeuse à Plaine Commune. C’est dire l’esprit comptable qui anime cet homme.
Disposant d’un temps limité, les élus n’ont guère le temps de recontextualiser systématiquement ce qui les conduit à poser telle ou telle question. L’exemple le plus grossier en a été donné avec la réponse faite aux questions de Sophie Rigard sur trois événements qui ont impliqué la police municipale.
Il s’avère pourtant que Sophie Rigard a clairement indiqué dans son propos : « Si je n’ai pas de doute sur le professionnalisme de la majorité des agents, les trois interventions exposées ce soir, et pour lesquelles les habitants exigent des réponses précises, devraient vous inciter, Mme Badufle, à ne pas généraliser et à tempérer les adjectifs. », cette dernière ayant qualifié le professionnalisme des agents « d’exemplaire ».
Mathieu Hanotin n’en a cure, tout à son objectif d’éviter de répondre au sujet soulevé (qu’en est-il du professionnalisme consistant à se servir d’un véhicule comme arme, le 30 mars, au Franc-Moisin ? Par là même de la formation des agents, entre autres des capacités de la police municipale de gérer des situations d’extrême complexité ? ), et accuse l’élue d’opposition de « choisir son camp », celui « des voyous » !
Des raccourcis caricaturaux, grossiers et insultants ont ainsi constitué le fil conducteur des propos tenus par Mathieu Hanotin tout au long de ses « réponses ».
Le chien et le nazi
Un agent frappe au visage un habitant dans la nuit du 6 mai à La Plaine. Et alors ? est-il presque à deux doigts de répondre. Un agent enfreint la loi, le code de déontologie. Rien, pas un mot. Le coup porté est ainsi validé. Un autre agent s’oppose à la captation video de l’intervention, enfreignant ainsi la loi. Pas un mot. Rien. Ou plutôt des mots bien choisis pour parler des personnes contrôlées ce soir là : « la meute », « un agitateur déjà condamné ». Si ce n’est du Retailleau, c’est du Darmanin ou vice et versa.
L’évacuation, l’expulsion de la Maltournée. Un mensonge pour Mathieu Hanotin. Une intervention de « nettoyage » dit-il. On se frotte les yeux, on regarde à nouveau la video qui a circulé. On y voit la police municipale. On cherche en vain quelques gilets orange des services de la propreté de Plaine Commune. Rien. Le bleu domine.
Les propos du maire sont faux. Mathieu Hanotin ment ou n’est pas correctement informé. C’est l’un ou l’autre ou les deux. Il y avait bien des femmes ce jour là sur place dans leurs tentes, ce que nous confirment des membres du Collectif. Il est d’ailleurs bien normal en pleine journée que tout le monde ne soit pas là. Certaines vaquent à leurs démarches pour des papiers, font des courses, sont en accueil de jour, d’autres sont à Paris VIII.
Gazeuse de lacrymogène et LBD font office de balais de nettoyage ! Les tentes, des affaires personnelles sont démontées, embarquées privant les personnes à la rue de leurs abris précaires, d’une solution d’attente d’une issue plus pérenne. Il s’agit bien d’une évacuation, d’une expulsion. La question de l’illégalité de cette intervention reste entière.
Sophie Rigard a t-elle eu un mot pour un agent ce jour là mordu par un chien ? lâche ce soir là Mathieu Hanotin, élément dont personne n’a entendu parlé depuis une semaine. Un chien, dit-il, lancé sur un agent par une personne du « Collectif ». L’occasion est trop belle. Sans hésitation il enchaine : un chien lâché par « vos amis, Madame Rigard » !
Cerise sur le pudding mensonger le plus indigeste, Sophie Rigard est accusée par le maire de n’avoir pas dénoncé (qui est au courant de cela ?!) le ou les abrutis qui, suite à l’expulsion à Paris VIII, ont qualifié le président de l’université de nazi, cela la disqualifierait pour poser toute question ?! On touche le fond et Mathieu Hanotin « s’en délecte ».
Chaque élu devrait, avant de poser des questions au conseil municipal, s’inquiéter de savoir si par hasard un agent de la police municipale a été mordu par un chien entre deux conseils ? Tout conseiller municipal ne devrait pas ignorer ce dont tout le monde parle en ville, dans la ligne 13, dans tous les bureaux, les ateliers et jusqu’aux diners en ville : le président de l’université a été traité de nazi. Comment ça vous n’êtes pas au courant ? On atteint là un niveau de perversion du débat politique à l’opposé de ce qu’on est en doit d’attendre d’un maire à la tête d’une ville de 150 000 habitants.
Deux heures et quelques minutes plus tard, la boucle est bouclée, l’autocrate proclame, satisfait d’en finir, la conclusion du conseil municipal de ces mots : « Il est 23 h 47 ».